CHAPITRE LYI
Jusque-là je ne m’étais pas retourné vers la Pandore. Je redoutais le spectacle qu’elle devait présenter ; d’ailleurs je m’occupais trop activement de faire avancer notre radeau pour avoir le temps de regarder autour de moi.
Néanmoins, je fus obligé de relever la tête et de jeter les yeux sur cette horrible scène. Je compris alors pourquoi Ben et ses camarades fuyaient le négrier avec tant d’empressement.
Le feu était arrivé jusqu’au milieu du navire; il dévorait le tronçon du grand mât qu’on y voyait encore, et trouvait dans cette énorme quantité de cordages goudronnés, de vergues et d’enfléchures, un aliment qui augmentait sa puissance et qui rendait ses progrès plus rapides. Mais l’effrayant tableau que présentaient ces langues de feu, dont la pointe léchait déjà les agrès du mât de misaine, n’était rien en comparaison du spectacle déchirant que l’on voyait à la proue du négrier. Sur le guindeau*, les bastingages, les hau-