Deux litres et quart
énorme en constituait l’enjeu. Mais quelle somme, en effet, aurait pu payer ces quelques bouchées de pain?
L’excitation bruyante causée par le jeu et par la quantité de liqueur absorbée depuis le matin dura quelques instants; mais après que le dernier biscuit eut été gagné, chacun retomba dans son affaissement, et le silence régna de nouveau parmi les naufragés.
Quelques-uns. de ces malheureux , torturés par la faim, dévorèrent immédiatement leurs deux biscuits, tandis que les autres, plus prévoyants ou plus forts, n’en mangèrent qu’une portion et gardèrent le reste avec soin pour plus tard.
Au moment où le soleil allait se coucher, une grande agitation régna sur le radeau, et l’espérance se ranima dans tous les cœurs. L’un des hommes qui regardaient à l’horizon s’écria tout à coup : « Une voile ! une voile ! »
Il est impossible de se figurer la joie délirante que ces mots produisirent; chacun se leva en battant des mains et en vociférant des hourras insensés; les uns agitaient leurs chapeaux, les autres dansaient follement; les plus désespérés semblaient renaître à la vie.
Mais s’il était impossible de décrire la joie que ces paroles avaient d’abord produite parmi les naufragés, il l’est encore bien davantage de dé-
peindre la déception poignante de ces malheureux lorsqu’ils se furent assurés que cette nouvelle était fausse.
Aucun vaisseau n’apparaissait à l’horizon , rien ne se voyait à la surface de l’Océan. La voile qui avait été signalée n’existait que pour le malheureux qui l’avait vue dans son délire et dont les cris et les gestes prouvaient assez qu’il avait perdu la raison,