‹ À la recherche d'une religion civileChapitre 15 sur 75 · FETES CIVILES · texte numérisé non relu

FETES CIVILES

La Révolution fut-elle plus heureuse avec ses fêtes civiles ' ? Les fauteurs du , mouvement , qui avaient tous grandi sous l'ancien régime , savaient avec quel succès , quelle puissance le vieux culte s'était emparé de la nation. En 1788 et 1789, dans ces quelques mois de fermentation intellec-

I. L'art, 5 de la loi du 7 mai 179J disait que les fêtes prendraient leur nom i des événements glorieux de notre refolulion (fêles politiques), — des vertus les plus utiles à l'homme (Ktes morales), — des grands bienfaits de la nature [fîtes eiviles). > — Le projet de Lakanal {16 juin :793) parlait de fîtes relatives • aux époques de la snniéti! humaine ■ qu'on peut faire rentrer dans les fêtes cïiili's.

tuelle, d'agitation fébrile, où les meneurs de l'opinion s'efforçaient d'agir sur l'esprit public par des écrits qui se renouvelaient chaque jour, les publicistes , voulant arriver jusqu'au peuple , donnaient de préférence à leurs œuvres des noms empruntés à la religion. C'est ainsi que le Gloria, le Kyrie eleison^ le Te Deunty le De profundis et autres titres mis en tête de ces productions étaient pour elles un passeport qui les faisait circuler plus facilement, et qui^ quelquefois, indiquait d'avance au lecteur la pensée du livre. Durant le cours de la Révolution , les hommes même occupés à frapper l'ancien culte ne pouvaient oublier quel génie conquérant il avait déployé à travers les siècles ; aussi , dans leurs projets d'institutions républicaines , manifestèrent-ils hautement l'intention de s'inspirer de ses exemples.

A la tribune de la Convention, Rabaut- Saint-Étienne montrait le prêtre s'emparant

de rhomme « dans le bas âge, dans Tadolescence, dans l'âge mûr, à l'époque de son mariage, à la naissance de ses enfants, dans ses chagrins, dans ses fautes, dans Tintérieur de sa conscience, dans tous ses actes civils, dans ses maladies et à sa mort », se servant des catéchismes, des processions, des cérémonies, des sermons, des hymnes, des tableaux, de tout ce qui peut frapper l'âme et les sens , pour le pétrir à son gré, pour arriver à lui communiquer des impressions qui ne s'effacent jamais. Cet exemple enflamme le zèle de l'orateur et il rêve pour la république des éducateurs capables d'arriver aux mêmes résultats en pratiquant le même art. « Législateurs habiles, qui nous parlez au nom du ciel, ne saurions-nous pas, s'écrie Rabaut-Saint-Etienne, faire pour la vérité et la liberté ce que vous avez fait pour l'erreur et l'esclavage * ? »

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