I . Moniteur du 1 8 dëcembre
LA REUGION CIVILE. 5
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naissant eût pompé la rosée de l'aurore, ilâ promenaient en procession des peuplades entières à travers les campagnes. Là, interposant leur ministère entre le ciel et la terre, étalant aux yeux des cultivateurs le sol dans sa verte parure, la nature dans le premier épanouissement de sa vie renaissante : « C'est (( nous, prêtres, leur disaient-ils, qui avons (( reverdi ces campagnes, c'est nous qui « fécondons ces champs d'une si belle es- « pérance, c'est par nous que vos greniers (( se remplissent. Croyez-nous, respectez- « nous, obéissez-nous, enrichissez-nous.
« Sinon la grêle et le tonnerre, dont nous (( disposons, vous puniront de votre incré- « dulité, de votre désobéissance. » Alors le cultivateur, frappé de la beauté du spectacle, de la richesse des images, croyait, se taisait, obéissait et facilement attribuait à a rimposture des prêtres les miracles de la nature ».
Fabre d'Eglantine évoquait ces souvenirs
dans le rapport qu'il fit à la Convention sur le calendrier républicain * . Puisque l'ancien culte s'était emparé du peuple en couvrant de sa protection les intérêts qui attachent le peuple à la terre, n'était-il pas du devoir de la Révolution de se substituer ici au sacerdoce. Fhiisque les prêtres avaient assigné à chaque jour de l'année la commémoration d'un saint, n'était-il pas digne de la nation de supprimer ce répertoire « du mensonge, delà duperie, du charlatanisme », et, après avoir chassé du calendrier cette foule de canonisés, d'y donner place aux objets dignes, « sinon de son culte, au moins de sa culture » . Voilà l'idée qui donna naissance au calendrier républicain. Les acteurs de la Révolution, après avoir proscrit la religion, sentirent le besoin de remplir le vide laissé par cette religion même dans les habitudes séculaires de la nation. Voyant alors l'atta-
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chement du peuple pour la terre, pour son champ, pour les instruments de son travail, ils pensèrent qu'un calendrier où la vie rurale serait représentée, divinisée en quelque sorte, ferait facilement oublier l'ancien culte et pourrait servir de base à la morale. Dans ce but, sur les trente jours du mois, les quintidis, c'est-à-dire le 5, le 15 et le 25, furent consacrés à un animal domestique , les décadis à un instrument aratoire, les autres jours à des plantes et à des fleurs, a idée touchante, disait Fabre d'Eglantine, qui ne peut qu'attendrir nos nourriciers et leur montrer enfin qu'avec la république est venu le temps où un laboureur est plus estimé que tous les rois de la terre ensemble, et l'agriculture comptée comme le premier des arts de la société civile* ».
1. Les dësîgnations des jours du premier mois^ vendémiaire^ douneront au lecteur l'idée des dénominations nouvelles : i, raisin; 2, safran; 3, châtaigne; 4» colchique; 5, cheval; 6, balsamine; 7^ carotte; 8, amaranthe; 9, panais; 10, cuve; 11^ pomme de terre; 12^ immortelle;
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Le désir de s'emparer par le nouveau calendrier de Timagination de la nation avait fait écarter par la Convention le projet de Romme, qui parut trop abstrait. Néanmoins, au sein de T Assemblée, plus d'un député se montra hostile à Tespèce de langage sensible qu'on voulait donner à l'ère nouvelle. f< Le peuple est toujours porté vers une superstition quelconque, disait Duhem, il cherche toujours à réaliser les idées métaphysiques qu'on lui présente. Prenons garde que le nouveau calendrier ne serve de canevas aux sottises que les prêtres civiques et inciviques pourraient y attacher. Citoyens, n'avez-vous pas vu déjà des prêtres constitutionnels vouloir religionner notre révolution * ? » Malgré cette opposition, l'Assem-
i3^ potiron; 14, rëst^da; i5, âne; 16^ belle-de-nuit ; 17^ citrouille; 18^ sarrasin; 19, tournesol; ao, pressoir; ai, chanvre; aa, pèche; a3^ navet; a4^ amaryllis; a5, bœuf', a6, aubergine; a7, piment; a8, tomate; 39^ orge; 3o tonneau.
\, Moniteur Aw 7 octobre 1793.
blée resta convaincue qu'il faut se servir d'images pour parler au peuple. Il s'agissait de substituer « aux visions de l'ignorance les réalités de la raison, au prestige sacerdotal la vérité de la nature »; il s'agissait, disait Millin, dans V Annuaire du républicain^ de chasser du calendrier les noms des « tyrans, des moines, des brigands et des imbéciles canonisés par Rome ». Pour les empêcher d'y rentrer, il fallait faire pénétrer l'ère nouvelle « dans l'entendement du peuple » , et , dans ce but , frapper son imagination par la vivacité des images, par l'harmonie des appellations. De là, la victoire de Fabre d'Églantine* sur Romme; de là,
1. La nouvelle ère commençait au aa septembre 1792, époque de la fondation de la République. Douze mois parfaitement égaux étaient divisés en trois décades de dix jours chacune, dont le premier était consacré au repos^ ce qui permettait de supprimer le dimanche. Aux noms des saints attachés par Tancien culte à chaque jour de Tannée avait été substituée, nous l'avons vu^ la nomenclature des plantes^ des animaux^ des instruments aratoires. Les cinq derniers jours complémentaires qui terminaient la nou-
lesnomsdevendémiaîpe, brumaire, frimaire, pour désigner les mois d'automne ; nivôse, pluviôse, ventôse, pour l'hiver; germinal, floréal, prairial, pour le printemps ; messidor, thermidor, fructidor, pour l'été. Fabre d'Eglantine, qui apportait rinspiration d'un poète dans l'accomplissement de sa mission, se vanta d'avoir mis à proBt l'harmonie imitative de la langue dans la composition, dans la prosodie des mots et dans le méca-
velleannëe, ciomposëe de douze mois de trente jours chncnn, furent appelas sans-ciilotidr', afin de braver les ariitO' craies, qui, disait Fabre d'Églantine, prétendaient ■ nous avilir par l'expreaaion de sans-cuintte >. Au primir/i des gan»«uloti(les ëtait fix^e la fête de finlelUgence ou i7u génie; au daoïli, la fête du travail; au tridi, la fSie des Mtiom; au qaarfidi, la fEte des rtcomptnseï; au quinlitti, la fête de l'opinion. Tous les quatre ans devait se célébrer la sixième sans-culotide ou la sana-calolitle par excelUnee. En ce jour tous les Français viendraient • cimenter dan» leurs embrassements la fraternité française et jurer au nom de tous, sur l'autel de la patrie, de vivre et de mourir libres et en braves sans-culottes >. {Moniteur du i8 de'cembre 1793.) Le calendrier révolutionnaire fut suivi Jusqu'iiu (''janvier 1806 dans les actes ulficïeli, bien que depuis longtemps déjà il eût été abandonné dans l'usage.
nisme de leurs désinences, de façon à donner aux appellations d'automne un son grave et une mesure moyenne ; à celles d'hiver, uu son lourd et une mesure longue; à celles du printemps, un son gai et une mesure brève; à celles d'été, un son sonore et une mesure longue*. C'était le triomphe des images et, par des images, de la morale républicaine qu'il s'agissait de graver dans le cœur du peuple à force de parler à ses yeux et à ses sens*.