Boissy-d'Anglas; op, ciL, p
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10 germinal. Heureuse coïncidence du printemps de Tannée et du printemps de la vie, nouveau gage pour le succès d'une œuvre où il s'agissait de cultiver les fleurs qui allaient s'épanouir ce au soleil de la liberté ». Nous voyons par un arrêté du Directoire, relatif à cette fête, que ses organisateurs poursuivaient un « but moral » , qu'ils voulaient donner à la jeunesse une « grande idée de ses devoirs ». Ils pensaient qu'en plaçant dans cette solennité : 1® l'exécution de la loi sur l'inscription civique ; S'* l'armement des jeunes citoyens parvenus à l'âge de seize ans ; S'* la distribution des récompenses aux meilleurs élèves des écoles , on obtiendrait ce résultat. D'ailleurs, ces cérémonies» exécutées a devant un autel de la patrie élevé près de la maison commune », étaient toujours accompagnées d'un « discours sur la morale du citoyen* ». Fran-
1. Arrêté du Directoire exécutif,. 9 mars 1796. (Moniteur du 14.)
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çois de Neufchâteau recommandait dans ses circulaires de rendre sensibles , par « le langage si puissant des images et des emblèmes », les vérités dont il s'agissait de déposer le germe dans des âmes « vierges et tendres», tendres surtout. Enfants, parents, tout le monde est tenu de pleurer dans cette solennité que « le sentiment embellit », doiît la vertu fait « le luxe et l'ornement ». — Voyez, jeunes gens, s'écrie François de Neufchâteau, ce voyez les larmes d'attendrissement couler des yeux de vos pè-
res* ».
A la fête de la jeunesse succédait la fête des époux fixée au 10 floréal par la loi du 3 brumaire an IV. C'était la plus belle de
1. Circulaire de François de Neufchâteau. {Recueil, etc., t. II, p. 106-111.)
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toutes, la plus chère à la république, parce que, disait Boissy-d'Anglas, c'était la fête a de l'amour et de la volupté ». Ici encore, le souvenir de la Grèce, qui avait chanté la nature, qui l'avait divinisée dans toutes ses manifestations» surtout dans ses manifestations printanières, obsédait la pensée des législateurs, qui semblaient avoir pris à tâche dô ressusciter le paganisme. Ils avaient choisi pour cette solennité le « voluptueux mois de floréal », voulant que le gazouillement des oiseaux, le parfum des fleurs, la douce température de l'air, fussent en harmonie avec les émotions de l'âme et les sentiments du cœur. C'est un lieu commun à cette époque de chanter le printemps.
Pour le célébrer, les plus farouches montagnards effilent leur langue et invoquent la muse. Il y a sur cette saison de l'année tel discours de Lequinio* qui rappelle le fa-
i. Séance du a juillet 1793. {Moniteur du 7.)
meux passage de Lucrèce, F inspiration en moins. Boissy-d'Anglas aurait voulu avoir le pinceau de TAlbane ou le crayon de Boucher pour tracer les grandes lignes d'une fête qui devait remporter en poésie sur toutes les autres.
Voici ce qu'avait inventé l'imagination des nouveaux pontifes. Je vois un autel de gazon s'élever à quelque distance de la cité sur un tapis de verdure, sous une voûte de feuillage impénétrable « aux feux de l'astre du jour ». Au pied de l'autel, les plus anciens époux du canton président à la cérémonie. Les mariés unis depuis la dernière fête s'avancent en ordre et avec a cette contenance paisible qui exprime le vrai bonheur. Leur front ne brille point de cet éclat séduisant et rapide que donne le plaisir, mais de ce calme tranquille, signe incontestable d'une félicité pure ». Ils sont précédés par les jeunes filles, dont la tenue reflète l'innocence, la gaieté et la pudeur. Elles por-
tent des bouquets de roses et des guirlandes de fleurs. « Leurs danses vives et légères peignent l'allégresse de ce beau jour... Les jeunes gens se pressent autour d'elles, se mêlent à leurs jeux », et font entendre des chants patriotiques. Pour que l'effet moral soit complet, le législateur veut que ce le jeune homme nouvellement épris y paraisse, sous l'égide des mœurs, à côté de sa jeune amante et jouisse déjà par l'espoir des vrais biens qui lui sont promis ». Les époux qui doivent être unis en ce jour s'approchent de l'autel. Ils reçoivent, « des mains augustes de ceux dont la constance et l'amour » leur ont servi de modèle, des couronnes de fleurs et des rameaux de myrte, dont ils ornent « leurs têtes et leur sein ». Ils s'avancent, ils jurent ensemble de remplir toutes les obligations que la nature et la société leur imposent; et des cris de joie, mille fois répétés, consacrent, au nom de la patrie, des serments qui devraient être éternels. Un
vieillard, auquel cinquante ans de vertu et de bonheur donnent le droit de parler dans une fête consacrée à la vertu et au bonheur, se montre sur les degrés de l'autel, entouré de ses enfants et de ses petits-enfants. On fait silence, et il ouvre la bouche pour rappeler aux époux leurs devoirs. Dans sa harangue, il voue au mépris F inconduite, la séduction, la débauche, fruits nécessaires de la monarchie. Comme il n'est pas, lui, dans le cas de ces « rhéteurs du fanatisme a, qui, s'étant voués par état à « un célibat corrupteur » , ne sont pas dignes de parler a de Tamour conjugal », il trouve dans son cœur, source pure et abondante des plus doux sentiments, les accents qui conviennent à la fête « de Thymen ». Enfin, comme à cet âge il lui est permis d'être galant, François de Neufchâteau lui recommande de rendre hommage « au sexe qui donne, charme et console la vie » , lui rappelant ces paroles d'un homme éloquent et vertueux,
Thomas : « Sans les femmes, les deux extrémités de la vie seraient sans secours et le milieu sans plaisir. » Les danses et les jeux recommencent. Les jeunes gens s'exercent à la lutte, à la course, et reçoivent comme prix, de la main des vieillards, des fleurs, un ruban ou un rameau de verdure.
Ils se plaisent à rappeler les combats des hommes qui, les premiers, ont introduit la liberté en France ; ils élèvent « un monument de gazon ou des trophées de verdure » à la mémoire des héros qui ont fondé et honoré la république. Les yeux des spectateurs, après avoir suivi cette ardente jeunesse, peuvent se reposer sur le buste de Rousseau et contempler, au milieu d'un groupe de mères et d'enfants, l'homme qui pratiqua si bien les devoirs d'époux et de père. Les organisateurs de cette fête feront aussi tout leur possible pour présenter au public les images de Cornélie, mère des Gracques, de Porcie, d'Arrie, d'Éponine, etc. Ils inviteront les di-
recteurs de théâtre à faire jouer le Père de FAMILLE, le Préjugé a la mode, le Bourru BIENFAISANT. Çà ct là scFOut drcssés les écriteaux portant ces mots : Respect aux femmes ENCEINTES, l'eSPOIR DE LA PATRIE. Il faudra aussi multiplier les emblèmes : «c Tarbre aux rameaux étendus que la vigne enlace, dont Tombrage tutélaire dispense la fraîcheur sur de jeunes et tendres plantes qui croissent, s'élèvent et couronnent de fleurs ses branches chargées de fruits délicieux, telle est l'image des bienfaits du lien conjugal ». — Puissent ces peintures « sentimentales, s'écrie François de Neufchâteau, ramener aux routes de la vertu ceux qui sont assez malheureux pour s'en écarter ! Puisse l'image du bonheur des époux augmenter celui dont ils jouissent », créer une classe d'hommes sensibles, de pères et de mères de famille ce tendres * » !
\. Voy. Circulaire de François de NeufchAteau^ ai germinal an VII. {Recueil, t. Il, p. i55 et suiv. ; Boissy-d^An-
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Les vieillards avaient aussi leur f<>le, qui se trouvait fixée au 10 fructidor par la loi du 3 brumaire an IV, ou plutôt Ton peut dire qu'ils étaient toujours en fôte. Il n'y avait pas de cérémonie publique où ils n'occupassent les premières places, pas une réunion nombreuse où on ne leur rendit tous les honneurs. On voulut qu'ils eussent leur solennité particulière. Le matin, les vieillards, qui s'étaient distingués « par leur civisme et leurs vertus », recevaient, «dans les temples, les hommages de leurs concito)''en8 »; le soir, ils occupaient, dans les spectacles, une place élevée à côté dos magistrats, (c Je croirais offenser des administrateurs républicains, écrivait le ministre de l'intérieur, Quinette, en leur recommandant l'observation d'une fôte aussi morale.
glas, op. cil., p. 77-81.) — Un arrât(Ç du Directoire (Moni' teur du a4 avril '796) prescrivait auxëpouAes mariëe» depuis peu de paraître à cette fête « vôtues en blanc, parëes de fleurs et de rubans tricolores ».
Le respect de la vieillesse fut toujours une vertu des républiques * . »
Les acteurs de la Révolution qui avaient pris à cœur de donner la vitalité à la morale ne voulurent pas, après avoir suivi Thomme dans les grands jours de son existence, Tabandonner à la tombe. Ils disaient qu'ici encore les prêtres, en apportant des consolations et des espérances à ceux qui étaient frappés d'un deuil de famille, avaient trouvé dans la mort même un nouveau fondement à leur puissance. Boissy-d'Anglas ne pouvait retenir ses larmes au seul souvenir de tel habitant des campagnes, de telle àme (( sensible et tendre », qui apportait « au prêtre rustique du canton » le fruit de ses sueurs, comptant bâter par ses prières lafé-