‹ À la recherche d'une religion civileChapitre 21 sur 75 · Quinette^ Circulaire du a fructidor an VIL · texte numérisé non relu

Quinette^ Circulaire du a fructidor an VIL

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licite éternelle d'un fils bien-aimé. La république, qui avait aboli toutes les superstitions, ne pouvait avoir recours à de pareils moyens; mais n'était-il pas -possible, en donnant la main à l'antiquité païenne, pardelà dix-huit siècles de christianisme, de rendre touchantes tes cérémonies funèbres.

Comment lire, par exemple, les poètes qui nous font assister aux funérailles d'Anchise, aux jeux qui suivirent la mort de Patrocle; comment entendre les hymnes, les chants do douleur qui retentissaient autour do l'urne où étaient déposées les cendres des héros, sans être pris du désir do transporter dans nos institutions des fêtes qui, à travers deux mille ans, renouvellent dans nos i\mc8 ta mélancolie des souvenirs, les illusions de la tendresse et toutes les ardeurs du patriotisme. Il importait d'autant plus de s'inspirer de ces pensées que, le mépris de la mortétant « la première vertu des républicains », rien n'est plus propre que \o»

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cérémonies funèbres du paganisme à inspirer ce sentiment. La mort n'était pas pour les anciens, comme dans le chrlslianisme, le roi des épouvantements 1 Ils rappelaient, au lieu de la repousser. Son image les acccMiipagnait dans leurs fêtes, leurs banquets, comme au milieu des batailles, oc Ils y trouvaient un encouragement pour la gloire, un aiguillon pour la volupté- » On les vit souvent, la veille d'un combat, consacrer par des jeux funèbres l'immortalité de ceux qui devaient y périr; et les trois cents Spartiates qui allaient mourir aux Thermopyles célébrèrent eux-mêmes leurs propres funérailles.

Les organisateurs des fêtes entendaient bien s'inspirer de ces souvenirs. Ils plaçaient la solennité funèbre au mois de brumaire, époque où la terre voit se faner sa parure et se prépare à entrer dans le sommeil de la mort. Tous les habitants de la commune devaient être convoqués, au jour fixé, dans

l'enceinte destinée aux sépultures. On choisissait un champ spacieux, planté d'arbres, orné des images de la douleur. « La mélancolie se nourrit dans Tombre et se plait parmi les tombeaux. » A peine arrivé au cimetière ,' chacun détourne les ronces, enlève la mousse qui couvre une tombe « vénérée », pour baigner « de ses larmes la pierre modeste, mais sacrée » sous laquelle un être chéri goûte « l'éternel repos de la mort et l'oubli de toutes les peines d . Bientôt retentissent des chants lugubres a tels qu'en invente le génie de Gossec ». On répète des hymnes sacrés en l'honneur de ceux qui ont succombé depuis la dernière solennité. Des inscriptions, portées dans « cette marche triomphale de la mort » , rappellent à tous les assistants les vertus de ceux qui ne sont plus. Par là s'exerce «, la souveraineté de l'opinion », jugement si redouté des Égyptiens et qui inspire au méchant une salutaire terreur.

Tous sont égaux devant ce juge qui s'appelle

le peuple, et la « démocratie delà mort ]> est le (c complëment nécessaire de la démocratie politique ».

La crainte des jugements de Dieu, présentée à Tâme par l'ancien culte, était peut-être autrement efficace que la crainte de Topinion, dé même la pensée des immortelles espérances était autrement consolante que la perspective plus ou moins riante d'être réuni par la mort à la nature. Mais ces grands motifs de la religion chrétienne ne paraissaient plus nécessaires pour agir sur des cœurs devenus tellement sensibles, que la vue d'un cyprès, d'un peu de gazon sur une tombe, suffisait pour les attendrir. Oh! si Boissy-d'Anglas avait pu passer seulement quelques heures danslacontrée où s'était écoulée son enfance, avec quelle hâte il eût couru au champ de la mort! a Avec quelle volupté, disait-il, j'irais pleurer dans ce saint asile du repos et de la vertu; avec quel empressement j'indiquerais moi-môme l'espace où je désirerais

que deux cyprès pussent ombrager bientôt la terre sous laquelle je pourrais goûter enfinie calme que j'ai si peu connu... Combien je serais heureux si l'humble pierre choisie par mes propres soins pouvait être quelquefois baignée des larmes du sentiment et de l'amitié ; si je pouvais espérer qu'un jour la main de quelque être sensible et juste viendrait y graver le témoignage que je n'ai jamais cessé d'aimer mon pays et de vouloir le bien de mes frères. » Mais pourquoi obliger ainsi les cœurs sensibles à aller pleurer au champ de la mort un être qui n'est plus.

Ne serait-il pas plus simple de faire brûler les corps, et, à Pexemple des anciens, d'enfermer dans une urne les cendres pieusement recueillies pour les garder près de son cœur? L'auteur d'un projet qui obtint le prix dans un concours ouvert par l'Institut sur les sépultures, demande ce retour à d'antiques usages. L'époux place l'urne précieuse, qui contient les cendres de l'épouse, dans le

coin le plus poétiqtie du jardin, et lui tient ce langage, qui dut rendre jaloux Boissyd'Anglâs .: « C'est sous ce bosquet que tu embellis si souvent par ta présence, c'est sous ce dais de chèvrefeuille et de lilas où j'ai reçu les serments de l'amour le plus tendre, où tant de fois tu essuyas mes pleurs, ô mon épouse chérie, c'est là que tu reposes. Là, près du gazon tendre qui couvrira légèrement ton corps, je planterai la rose mystérieuse, je sèmerai la violette purpurine et je leur unirai Te lis odorant ^ »

1. Mulot^ p. 43* ^~ Le même auteur (p. 47'^^) trace un curieux projet de marche funéraire. Au départ de la maison^ les assistants reçoivent des fleurs^ des branches d'arbres^ des violettes, des roses, soucis^ pavots, tournesols, amaranthes^ immortelles^ ache, if, pin, cyprès, myrte^ laurier, houx^ peuplier, etc. Un crieur ouvre la marche, -la tête couverte d'un chapeau à larges bords rabattus et entouré d'un crêpe; il agite sa sonnette^ criant à haute voix de distance en distance : Respect aux morts. Viennent ensuite des musiciens qui exécutent des airs lugubres imitant les tons lydiens des cérémonies funèbres dans la Grèce et à Rome^ en attendant qu'un nouveau Simonide ait composé des chants pour la circonstance* t L'officier funéraire » porte un chapeau ombragé de plumes noires ; il tient dans la

Les imaginations en ^uôte de pompes funéraires enfantent les plus bizarres systèmes.

Certains écrivains ne proposent rien moins que de ressusciter a les fastueux monuments de Thèbes, de Memphis et de Rome ». Avant la révolution française, Bernardin de Saint- Pierre avait déjà tracé le plan d'un Elysée * ,

main ud bâton avec ceUe inscription : Nos jours sont mesurés. Autour de son cou est suspendue une mëdaille f entourée d'uD serpent mordant sa queue^ symbole de l'immortalité » . Au cimetière, on fait Tëloge du défunt^ on le descend dans c sa dernière demeure », et l'officier public prononce ces paroles : « La mort t'a séparé de nous; bientôt nous te rejoindrons, suivant que l'ordonnera la nature; que la paix environne tes cendres! Adieu! adieu! répéteront les assistants, qui jetteront dans la tombe les fleurs qu'ils porteront. »

1 . Voy. ce plan d'un Elysée^ XIV* étude de la nature^ édit. Aimé Martin^ t. III^ p. s4o*265. — Dans ses Hannonies de la nature (ibid., t. V, p. iSi), Bernardin de Saint- Pierre^ dans une page qui a plus d'une fois inspiré ces plans, énumère les c arbres pleins d'expression mélancolique » , qu'il faut planter sur les tombes. Avec les ifs, « mettons-y^ dit-il, des v(%étaux toujours verts qui rappellent des vertus immortelles; que les pâles violettes et les douces primevères fleurissent chaque printemps sur les tertres des enfants qui ont aimé leurs pères ; que la pervenche de Jean-Jacques, plus chère aux amants que le myrte amoureux, étale ses

qui devait être placé le long de la Seine, près du pont de Neuilly. Là seraient réunis les arbres du monde entier qui, parleur nature, peuvent s'harmoniser avec le deuil; là seraient apportées les cendres des grands hommes qui auraient servi ou honoré la patrie. Des obélisques, des urnes, des colonnes, des pyramides, des statues, des basreliefs, prêteraient un langage à la douleur ou à la reconnaissance publique. Le projet de Bernardin de Saint-Pierre est repris pendant la Révolution. Il s'agit de créer une

fleurs azurëes sur le tombeau de la beauté toujours fidèle ; que le lierre embrasse le cyprès sur celui des époux unis jusqu'à la mort; que le laurier y caractérise les vertus des guerriers^ Tolivier celui des négociateurs ; enfin, que les pierres gravées d'inscriptions à la louange de tous ceux qui ont bien mérité des hommes y soient ombragées de troènes^ de thuyas, de buis^ de genévriers^ de buissons ardents^ de houx aux graines sombres^ de chèvrefeuilles odorants^ de majestueux sapins. Puissé-je me promener un jour dans cet élysée^ éclairé des rayons de l'aurore, ou des feux du soleil couchant^ ou des pâles clartés de la lune! Puissé-je moi -même être digne d'y avoir un jour un tertre^ entouré de ceux de mes enfants^ surmonté d'une tuile couverte de mousse. »

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vaste nécropole où le peuple viendra entendre Toraison funèbre de citoyens qui auront été dignes de lui. Les emblèmes parlant aux yeux seront multipliés de toutes parts :

les papillons, le fluide sablier , les roses effeuillées, un enfant éteignant une torche, un corps étendu sur un lit de pavots, rappelleront la fuite du temps, l'instabilité de toutes choses ei\es jucunda oblwia çitse que procure la tombe. Qu'on multiplie les images, les inscriptions ; qu'on rivalise avec le sensible auteur de V Enéide :

Hic manus ob patriam pugnando vulnera passi, Quique sacerdotes casti dum vita manebat, . Quique pii vates et PhaBbo digna locuti, Inventas aut qui vitam excoluere par artes^ Quique sui memores alios fecere merendo.

Que dans ce champ de la mort tous les sentiments, tous les regrets, toutes les espérances, s'épanchent en liberté et en plein air. L'épouse y viendra verser des fleurs sur les cendres de l'époux. Le fils,

dans rhaleine parfumée des fleurs qu'il aura plantées sur la tombe de son père, respirera pour ainsi dire Todeur de ses vertus. Les arts seconderont la piété des humains ; communiquant au marbre et au bronze la sensibilité des cœurs, ils les animeront par d'heureux emblèmes, leur feront retracer des traits ou des souvenirs chéris, redire les regrets des enfants, des époux et des pères, <c répéter les soupirs des amants » et les doux accents de la reconnaissance et de Tamitié. C'est ainsi que le culte des morts, que les cérémonies funèbres, seront la source des sentiments les plus tendres comme des plus héroïques, le plus ferme soutien des vertus privées et publiques * .

1, Voy. Boissy-d'Anglas^ op, cit,^ p. 8i-io5. Des »SepuUures, par Amaury Duval^ an IX, couronne par Tlnstîtut. — Discours qui a partage le prix sur ceUe question : Quelles sont les cérémonies à faire pour les funérailles ? par Mulot, ex-lëgislateur, membre du lycée des arts, an IX.

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