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FETES MORALES

A côté des solennités civiles et politiques, la révolution française avait établi d'autres fêtes qui, dans sa pensée, devaient également exercer sur la nation une influence moralisatrice : c'étaient les fêtes morales proprement dites. La loi du 18 floréal an II (7 mai 1794), votée sur la demandé de Robespierre, disait expressément (art. 6) :

a Les fêtes emprunteront leur nom des événements glorieux de notre révolution, des s^ertus les plus utiles à C homme, des plus grands bienfaits de la nature. » Ce sont donc

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les différentes vertus qui vont servir de dénomination aux solennités dont nous parlons.

La vertu! jamais ce mot sacré ne fut plus fréquemment prononcé qu'au temps qui nous occupe. La Révolution semblait vouloir s'approprier la parole de Montesquieu. Jamais époque ne commit plus de crimes et ne parla plus souvent de vertu.

Cette contradiction pourrait paraître incompréhensible, s'il ne s'agissait d'une période où les ruines morales faites dans les consciences égalaient les bouleversements opérés dans l'ordre social et politique. Robespierre, qui avait trouvé moyen de surpasser en cruauté ceux qui l'entouraient, qui avait fatigué la hache du bourreau par le nombre de ses victimes, avait sans cesse le mot de vertu à la bouche. Nous l'avons entendu plus haut énumérer lui-même à la Convention le nombre des vertus qu'il se proposait de faire fleurir sur la terre. Quel malheur que le 9 thermidor l'ait empêché de réaliser

de si beaux projets. Qu'il était beau de l'entendre répéter à la tribune de la Convention : c( Non seulement la vertu est Tàme de là démocratie, mais elle ne peut exister que dans ce gouvernement...; Tàme de la république est la vertu. » Voilà pourquoi, ajoutait-il, la Convention a cédé à une double préoccupation. Il a fallu d'abord combattre les hommes corrompus qui pouvaient jeter la défaveur sur la république, car <( dans le système de la révolution française, ce qui est immoral est impolitique, ce qui est corrupteur est contre-révolutionnaire » • Voilà pourquoi on a envoyé à la mort les hébertistes, les « ultra-révolutionnaires », qui aimaient mieux « user cent bonnets rouges que de faire une bonne action }>.

Après avoir réparé ces scandales publics, il s'est agi d'établir des fêtes propres à inspirer la vertu, a La première règle de notre conduite politique, s'écriait le dictateur, doit être de rapporter nos opérations au

développement de la vertu... Tout ce qui tend à purifier les mœurs, à élever les âmes, doit être établi par vous... Le plus grand écueil peut-être que nous ayons à éviter n^est pas la ferveur du zèle, mais la lassitude du bien et la peur de notre propre courage ^ » Ce langage était applaudi.

Boissy-d^Anglas proclamait à son tour la nécessité de fonder c des fêtes essentiellement morales.. «, la morale et la vertu étant les seules bases inébranlables sur lesquelles un gouvernement puisse être établi ». La loi du 7 mai 1794 donna ample satisfaction à ces désirs. Le lecteur pourra s'apercevoir que sur les trente-six fêtes décrétées par Tarticle 7 et correspondantes aux décadis, le plus grand nombre étaient des fêtes morales. Elles avaient pour but de célébrer l'Être suprême et la nature, le genre humain, le peuple français, les bienfaiteurs de Fhumanité, les martyrs de la liberté et de l'égalité,

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