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Voy. ce discours en Bûchez, t. XXXI, p. afiS-ago

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la république, la liberté du monde, Tamour de la patrie y la haine des tyrans et des traîtres, là vérité, la justice, la pudeur, la gloire et Timmortalité, Tamitié, la frugalité, le courage, la bonne foi, Théroïsme, le désintéressement, le stoïcisme, T amour, la foi conjugale, l'amour paternel, la tendresse maternelle, la piété filiale, F enfance, la jeunesse, Tàge viril, la vieillesse, le malheur, Tagriculture, l'industrie, les aïeux, la postérité , le bonheur * .

Il ne suffisait pas de tracer un programme

i . L'invocation de Robespierre à ces vertus est suave : a Tu donnera» ton nom sacre à Tune de nos plus belles fêtes, ô toi, fille de la nature, mère du bonheur et de la gloire^ toi seule légitime souveraine du monde, dëtrdnëe par le crime^ toi à qui le peuple français a rendu ton empire, et qui lui donnes en échange une patrie et des mœurs, auguste liberté. Tu partageras nos sacrifices avec ta compagne immortelle^ la douce et sainte égalité. Nous fêterons Vhumanité, Tu obtiendras aussi cet hommage, à toi^ qui jadis unissais les hëros et les sages, toi qui multi-* plies les forces des amis de la patrie, divine amitié^ tu retrouveras chez les Français républicains ta puissance et tes autels, b (Discours du 7 mai i794*)

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OÙ il n'est question que de vertus, il s'agissait de l'appliquer pour que le décret ne restât pas lettre morte. Les esprits enthousiastes, les imaginations fécondes, les coeurs sensibles y travaillaient à l'envi. Le projet de fête à \&pudeur, dressé par le représentant Oroix, fut imprimé par ordre de la Convention. L'auteur de ce chef-d'œuvre faisait dans le préambule une sortie vigoureuse contre ces tyrans couronnés sous le règne desquels on voyait les roses, — il parle des jeunes filles, ■ — « qui auraient été l'honneur du parterre et que le zéphyr aurait longtemps caressées sans les ternir, être décolorées en naissant et moissonnées sans retour ». Il importait donc d'honorer la pudeur; et la fête célébrée dans ce bût, par des jeunes filles habillées de blanc, le front à moitié voilé, une couronne de roses sur la tête, et mêlées à des soldats nationaux, devait aider puissamment ce résultat.

Il faut s'attendre à rencontrer dans toutes

ces inventions un lyrisme déclamatoire, invariablement mêlé aux effusions d'une sensiblerie humanitaire et à de constantes réminiscences de l'antiquité. S'agit-il de célébrer la fête du malheur, Boissy-d' Anglas ne manque pas de rappeler qu'à Rome, lorsqu'un lieu quelconque avait été frappé de la foudre, il était à jamais sacré. Le programme n'eût pas été digne d'un tel sujet s'il n'eût renfermé quelques invocations bien senties. « O malheur, s'écrie Boissy-d' Anglas, je te salue si tu viens seul, dit un proverbe castillan ; mais chaque Français peut dire : malheur, je te salue si tu tombes sur un de mes frères, car tu me donnes l'occasion de remplir le plus saint ministère, celui de réparer ou d'adoucir une des erreurs de la nature. Mais je te salue avec bien plus d'empressement si c'est moi que tu frappes, car alors tu me rends l'objet de la bienfaisance universelle et des consolations de l'amitié. »

L'une des fêtes morales célébrées avec le plus de soin était celle de la recoiïnaissance. La loi du 3 brumaire an IV l'avait consacrée ; un arrêté du 20 floréal iari IV vint lui donner, sous le Directoire, une nouvelle consécration. Elle fournissait Toccasîon au gouvernement d'envoyer aux autorités une amplification sentimentale en guise de circulaire. C'est là que nous entendons Carnot, président du Directoire exécutif, énumérer tous les motifs qui doivent allumer la flamme de la reconnaissance t II n'est pas jusqu'au printemps où, dit*il, la nature semble renaître, où la terre nous promet de nouvelles moissons, qui ne lui serve d'argument pour exciter en nous ce sentiment. Il termine par cette apostrophe touchante : a humanité, que ta pratique est délicieuse et qu'elle est à plaindre, l'âme avide qui ne te connaît pas *. »

i . « Bons fils, nous semons des fleurs sur la vieillesse

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Mkis Carnot et les autres organisateurs de fêtes avaient beau invoquer la muse et se livrer aux descriptions les plus riantes, aux effusions lès plus douces, ils étaient tous surpassés par François de Neufchâteau, dont Tâme sensible savait, pour peindre les fêtes qui nous occupent, trouver des couleurs dignes d'elles. Il faut l'entendre parler des « jouissances délicieuses », qui inondent le cœur de l'homme

de nos pères et leur voix tremblante nous bënit à leur dernière heure. Devenus pères à notre tour, nous préparons, dans l'éducation de nos enfants, le bonheur de nos vieux jours... La sensibilité ne se resserre pas dans le cercle d'une famille, elle va chercher l'indigent sous le chaume, elle verse dans son sein les secours et les conso-^ lations, et déjà payée du bienfait par le sentiment du bienfait même, elle Test encore par la reconnaissance. » — Discours prononcé par le président du Directoire exécutif (Carnot), à la fête de la reconnaissance, célébrée au Champ de Mars, le lo prairial an IV. (Réimpression du Moniteur, t. XXYIII^ p. 298.)

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et y réveillent le sentiment de la reconnaissance, à la seule pensée des êtres qui lui ont donné le jour; de la nourrice qui allaita son enfance, de la tendresse ineffable d'une mère, des sollicitudes d'un père vertueux, des sages leçons de Tinstitutèur qui guida ses premiers pas dans la carrière des sciences, des compagnons de ses jeunes années, devenus ses amis dans Tâge mûr; « de Tépouse modeste et sensible », dont les charmes et la vertu font son bonheur ; des caresses de ses enfants ; enfin, de cette chaîne de bienfaits que la nature, les hommes et la société ont étendue autour de lui. A ces seuls souvenirs qui mettent le a plaisir à côté de la vertu », on verra le Français s'attendrir, verser des larmes délicieuses et pratiquer la reconnaissance, non seulement envers les êtres raisonnables, mais encore envers « les animaux agriculteurs, l'arbre hospitalier, les pénates protecteurs ». Les em-

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blêmes qui, en ce jour de fête, peuvent le mieux exciter le sentiment qu'il s'agit d'é-i veiller dans Tâmé, sont l'enfant qui étend en souriant ses petits bras vers le sein qui l'a nourri, la vigne qui s'enlace avec le chêiie et suspend ses fruits sur son feuillage, les fleurk qui couronnent une source abondante, le fleuve qui rapporte à la mer « les eaux qu'il en a empruntées, l'animal aimable et fidèle qui meurt en léchant la main qui l'a nourri ». Toutes ces images de la nature sont des allégories de la reconnaissance. On pourra y joindre les souvenirs historiques, citer par exemple le lion d' Androclès ; on pourra graver sur le marbre telle maxime d'un sage, telle sentence de Sénèque, tel vers de Voltaire :

Qu'il est beau, qu'il est grand de faire des heureux 1

On pourra enfin jouer des pièces de circonstance, comme V Indigent^ le Bienfait anonyme, etc. C'est par les bienfaits, dit

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François de Neufchâteau, qu'il faut marquer la fête de la reconnaissance; « c'est l'exercice des vertus qui doit l'embellir; les bénédictions des malheureux, voilà sa pompe; les cris du cœur, les larmes de l'attendrissement, voilà son intérêt; la sensibilité, voilà son charme * ».

Il ne faut pas croire que ces magnifiques programmes n'aient pas été mis en pratique. La Convention, le Directoire, redoublèrent d'efforts, pour faire célébrer ces fêtes non seulement à Paris, mais en province. Il est impossible d'ouvrir les histoires locales sans y lire la longue description de ces pompes civiques. Dans les chefslieux de département et d'arrondissement, jusque dans les plus humbles campagnes, les archives conservent à la postérité Téternelle mémoire de la célébration de la Fête des époux, de la Fête de la jeunesse ,

i. Circulaire de François de Neufchâteau, ai floréal an VII, {Recueil cité, t. II, p. aii-ai6.)

de la Fête de la vieillesse^ de la Fête de la reconnaissance *, çtc.

La fête de la Raison, que la Commune de Paris avait imposée à la Convention, et qu'on pourrait rapporter aux fêtes morales , fut célébrée dans toute la France. Nous n'avons point ici à raconter les exploits des hébertistes. Ces mascarades irréligieuses, où des misérables promenaient par dérision, dans Paris et dans toute la France, les emblèmes de l'ancien culte; où des orateurs d'estaminet signifiaient, avec Chaumette, à la Convention qu'il ne fallait a plus d'autres dieux que ceux que la nature nous

4 . c On a encore les procès -verbaux de la fête de la jeunesse céle'brëe à Rabastens le lo germinal \ de la fête des ëpoux, le lo floréal \ de la vieillesse, le lo fructidor; de \2l fêle de la reconnaissance, cëlëbrëe à Montans le lo prairial an IV, etc. » (Élie Rossignol, Histoire de 1^ arrondissement de Gaillac pendant la Révolution, p. 347-^^4*) Pour les fêtes cëlëbrëes dans le département des Pyrënées-Orientales, cf. abbë Torreillcs, Histoire du clergé dans le département des Pyrénées-Orientales pendant la Révolution, p« 480-498, etc.

offre », ces saturnales de Notre-Dame et de tant d'églises de provinfce , où une foule imbécile et dégradée venait se prosterner devant des filles de joie, nous montrent le plein épanouissement d'une morale basée sur le matérialisme et l'athéisme. La raison tant acclamée depuis quatre ans, la raison au nom de laquelle et par laquelle on avait fait table rase du passé , la raison avait pris chair et s'était faite déesse.

M. Aulard, dans son livre sur le Culte de la Raison^ donne comme circonstance atténuante à ces incroyables excès que, du moins, si à Paris on fit appel à des actrices, en province ce furent les familles les plus honorables de la bourgeoisie qui fournirent ces déesses d'un nouveau genre * . Et alors le grand apologiste de la Révolution nous raconte , avec complaisance et sans laisser échapper un mot de reproche , les fêtes de

i . Aulard, le Culte de la Raison et le culte de VÊtre su-

la Raison dans la plus grande partie de la France. Il y a pourtant quelque chose de révoltant dans le spectacle de ces étranges fidèles prosternés devant des idoles humaines. Que Paris, à la mi-carême, promène sur un char boulevardier une reine d'un jour, on le lui pardonne. Mais que dirait-on si Paris s'avisait d'installer cette reine à Notre-Dame , de l'asseoir sur l'autel et de la transformer en déesse ? Ce spectacle , qui laisse froid M. Aulard, irrita Robespierre.

Le terrible dictateur entre en scène, et nous abordons une phase nouvelle de la religion civile organisée par la Révolution.

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