‹ À la recherche d'une religion civileChapitre 25 sur 75 · Dictionnaire philosophique^ mot Dieu · texte numérisé non relu

Dictionnaire philosophique^ mot Dieu

D'UNE RELIGION CIVTLE. 121

Superstition. Il y a l'infini dans les esprits bien faits. » Voltaire semblait avoir tracé d'avaace par ces paroles le plan de religion naturelle que la Révolution devait tenter d'organiser un jour.

Il n'y a pas de religion sans dogmes, « Faut-il dès dogmes et un culte religieux, se demandait La Revellière-Lepeaux. Je crois qu'il est impossible qu'un peuple puisse s'en passer, autrement il se jettera dans les superstition^ les pluâ grossières... .11 y a plus : sans quelque dogme, et sans aucune apparence de culte extérieur, vousnepou- '"™i1p Tjuer dans l'esprit du peuple des agitèrei. '<^e morale, ni la lui faire prati- ^ns lei. lit lui donner un point d'appui positif, 1. togme ou deux qui servent de base à da'.' orale et un culte qui en dirige l'applicaticuLOU, du moins, qui l'y rappelle. Sans cela, 4e peuple se perdra dans le vague de ses idées, et jamais tous ne l'amènerez à la pratiqué fixe et constante de ses devoirs

par les arguties d'une subtile métaphysique. » Est-ce que l'histoire n'est pas là pour attester que ce les passions sont toujours plus fortes que la raison, même chez les gens éclairés. Que doit-ce être chez les hommes que leur position a privés de lu^ mières. Ce serait donc une folie de croire qu'il ne faut pas un autre guide que celui des froids calculs de la raison pour retenir l'homme en société dans les sentiers de la vertu *. » C'était tenir à trois ou quatre années de distance le langage même de Robespierre.

Quels seront les dogmes de la religion naturelle jugés absolument nécessaires? Qui en réglera le nombre et la nature? Rousseau

avait tracé d'avance la marche que devait

(i) La Rëvellîère-Lepeaux, Réflexions sur le culte^

suivre la révolution. « Il y a, dit-il dans le Contrat social, une profession de foi purement civile dont il appartient au souverain de fixer les articles, non pas précisément comme dogmes de religion, mais comme sentiments de sociabilité, sans lesquels il est impossible d'être bon citoyen, sage et fidèle. Sans pouvoir obliger personne à les croire, il peut bannir de l'Etat quiconque ne l^s croit pas. . \ Les dogmes de la religion naturelle doivent être simples, en petit nombre, exécutés avec précision, sans explication ni commentaires. L'existence de la divinité puissante , intelligente , bienfaisante , prévoyante et pourvoyante , la vie à venir, le bonheur des justes, le châtiment des méchants , la sainteté du contrat social et des lois : voilà des dogmes positifs. x> Rousseau ne se demandait pas si ce n'était pas substituer l'intolérance civile à l'intolérance théologique. Il voulait que l'homme rebelle à cette nouvelle religion d'État fût

ce banni, non comme impie, mais comme insociable d . On sait combien la révolution se montra fidèle à ces principes. Les conventionnels ^ en particulier/ furent toujours convaincus deleilr droit de statuer souverainement sur le Credo philosophique de la Constitution, a Vous seuls, leur disait Bôissy-d' Anglas , devez régler la morale de cette religion civile* » Ils la réglèrent, en effet. Le décret du 18 floréal an II (7 mai 1794) fut çnvoyé à toutes les armées de la République, affiché sur les* temples, sur les places publique^ et dans les camps, traduit dans toutes les langues pour apprendre à l'Europe entière que « le peuple français »

reconnaissait « l'existence de l'Etre suprême et'l'immortalité de l'âmè ».

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