‹ À la recherche d'une religion civileChapitre 28 sur 75 · CARACTERE DU NOUVEAU CULTE · texte numérisé non relu

CARACTERE DU NOUVEAU CULTE

Quels étaient les devoirs du nouveau culte ? :

« Le peuple français, disait Saint-Just, re- -

connaît l'Être suprême et l'immortalité de ; l'âme. Le premier jour de tous les mois est

consacré à l'Eternel, Le peuple français ?

voue sa fortune et ses enfants à l'Eternel ^ »

Les fêtes religieuses, ajoutait Robespierre \

dans là loi du 7 mai 1794, ont pour but de <r rappeler Thomme à la pensée de la divinité et à la dignité de son être » . Tout cela est bien vague, et il est difficile de tirer de ces propositions générales une indication précise sur la nature de nos devoirs envers Dieu.

Certains écrivains s'efforçaient d'être plus clairs. « Quels sentiments devons-nous avoir pourTÊtre suprême, j> se demandait l'auteur d'un traité élémentaire de morale couronné par le conseil des Anciens ? « R. Des sentiments de respect et d'amour. — D. Comment faut -il aimer Dieu? R. De tout son cœur et comme des enfants respectueux aiment leur père. — D. Quel est l'hommage le plus flatteur qu'on puisse lui rendre ? /?. C'est de suivre exactement les principes de la loi naturelle * . »

La plupart des organisateurs de la religion naturelle pendant la Révolution excluent

i. Bulard, Instruction élémentaire sur la morale, 1796, în-i3^ 311 p.

la prière de nos devoirs envers TÊtre suprême. Les paroles par lesquelles Rousseau défend de demander à Dieu le pouvoir de bien faire étaient présentes à toutes les inémoires. Dieu t^onnaîfe mieux que moi mes besoins ; il ne peut pas changer Tordre du monde pour satisfaire à mes requêtes. Evitons donc de le tourmenter par nos demandes. « Être des êtres, s'écriait Robespierre en pleine fête de l'Etre suprême, nous n'avons point à t'adresser d'injustes prières.

Tu connais les créatures sorties de tes mains ; leurs besoins n'échappent pas plus à tes regards que leurs plus secrètes pensées * . » C'est toujours la crainte d'importuner le Très-Haut en cherchant à l'émouvoir par la vue de nos misères. La prière adressée à l'Etre suprême peut être un hommage rendu à sa puissance et à sa bonté ; mais tous les pontifes de la religion nouvelle, les théo-

i. Moniteur, du a a prairial an II.

philanthropes eux-mêmes s'attachent à exclure de leur prière tout ce qui aurait le caractère d'une demande • Entendez l'invocation que le théophilanthropè adresse dès le matin à la Divinité : « Père de la nature^ lui dit-il, je bénis tes bienfaits, je te remercie de tes dons. J'admire le bel ordre de choses que tu as établi par ta sagesse et que tu maintiens par ta providence, et je me soumets pour toujours à cet ordre universel. » Il continue sa prière à l'Être suprême en empruntant les expressions mêmes de Rousseau *. N'est-il pas à craindre que le fidèle invité à admirer seulement le bel ordre de l'univers, à considérer d'une façon générale la sagesse et la puissance du Créateur, trouve bien froid un pareil exercice, ne se lasse facilement de cette contemplation purement philosophique, et n'abandonne rapidement un devoir auquel ne le rattache

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