‹ À la recherche d'une religion civileChapitre 4 sur 75 · NOUVEAU · texte numérisé non relu

NOUVEAU

La lutte engagée par la philosophie du dix-huitième siècle contre l'Eglise avait eu pour résultat d'ébranler les croyances dans les hautes classes de la nation.

Beaucoup de députés arrivèrent à la Constituante, à la Législative, à la Convention, avec une foi éteinte et même avec un matérialisme qui avait détruit jusqu'aux prin-

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cipes de la religion naturelle. Le grand orateur de la Constituante, Mirabeau, était matérialiste et athée. Qu'on relise son Essai sur le despotisme et, mieux encore, son abominable pamphlet, Erotika Bihlion^ certaines de ses lettres, on y verra la preuve d'une irréligion tranquille qui s'élève tout au plus jusqu'à un panthéisme confus où Dieu a fait place à la « nature » . Les grands orateurs de la Législative et de la Convention, les girondins, ne valaient pas mieux que Mirabeau au point de vue religieux. Durand de Maillane a pu dire, dans son Histoire de la Coiii^ention nationale^ que « le parti girondin était plus impie même que le parti de Robespierre * » . Les maîtres de la Législative et de la Convention ne faisaient plus à l'ancien culte l'honneur de penser avec Turgot « qu'il est de la sagesse du

1. Voy., sur les sentiments religieux des girondins^ M. Edmond Biré, la Légende des Girondins^ i vol. in-ia.

D'UNE REUGION CIVILE. 9

législateur de présenter une religion à Tincertitude de la plupart des hoiÀmes, afin d'éloigner d'eux l'irréligion et l'indifférence qu'elle donne pour les principes de la morale * ».

fïe nous étonnons pas que des ennemis aussi acharnés du christianisme aient fait bon marché du dogme chrétien. Au fond, ils ne tiennent qu'à la morale, et encore ils ne veulent pas entendre parler de la morale chrétienne. « La morale, disait Lavicomterie à la tribune de la Convention, ne fut jamais dans les recueils poudreux des Puffendorf, des Quesnel, des Grotius, encore moins dans cet amas gothique et barbare de distinctions^ de sophismes, des Thomas, des Augustin, des Jérôme. Ces charlatans, jadis si révérés, ont indignement confondu toutes les notions du juste et de l'injuste , du vice et de la vertu. Ces révérends fous ont rempli

i. Cité par M. le duc de Broglie^ Correspondant du lo décembre 189a.

pendant quinze cents ans l'Europe de leur démence... Mais après quinze siècles de carnage, de larmes et de sang, la philosophie a brisé le sceptre de fer, le poignard du fanatisme dans ses mains parricides, la raison a mis un terme à leur folie ^ »

Oh ! l'action morale exercée par le christianisme à travers les siècles était bien misérable en comparaison de la transformation complète que la Révolution se chargeait d'opérer dans les esprits et dans les cœurs ! Il ne lui suffisait pas d'avoir renversé le trône, envoyé Louis XVI à l'échafaud, fondé la république, jeté à terre toutes les institutions, bouleversé de fond en comble le sol de l'ancienne France; ces prodigieux changements ne touchaient encore qu'à la face extérieure des choses. Son ambition était

1. Moniteur du 14 octobre 1794» — « Je mets^ dit le même orateur, à la place d'une doctrine mystique et mensongère, la raison...*, la raison, la morale, la liberté, Tëgalité, l'humanitë^ la nature : voilà la divinité que j'adore. »

plus haute; elle voulait remuer les âmes, pénétrer jusqu^aux consciences, « faire une révolution dans les têtes », comme elle s'était accomplie <ic dans les conditions et dans le gouvernement » ; elle voulait « faire de la France un peuple nouveau * ». Façonner un peuple nouveau, cette expression revient à chaque page sous la plume des rapporteurs. Les conventionnels avaient appris de Rousseau qu'il est au pouvoir d'un gouvernement de dénaturer V homme ^ de modifier, de changer à son gré ses dispositions natives. La révolution qui, selon le mot de Grégoire, « nous rend à la nature, qui, au physique et au moral, reconstitue, pour ainsi dire, l'espèce humaine ^ » , ne pouvait-elle pas refaire la constitution morale du peuple français comme elle avait refait sa constitution politique. Tel apparut, en effet, le but à

t. Moniteur du tia décembre 179a.

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