‹ À la recherche d'une religion civileChapitre 44 sur 75 · Voy. Dumesnil, p · texte numérisé non relu

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LA RELIGION CITILE. 13

ie4 A LA RECHERCHE

nouveau-né) qui reçoit le nom de Marat, lui tient ce langage : a Félicitons bien cet enfant d'être né dans un état républicain. Jadis des prêtres voulaient que celui-là qui n'avait pas reçu Teau de purification en raison du premier péché d'Adam , fût exclu du paradis.

Aujourd'hui, libres de préjugés, promettons de rappeler au jeune républicain quelles étaient les vertus de Marat dont il portera le nom, et c'est alors qu'il sera digne des bienfaits de l'Être suprême. »

Gomme la Révolution n'avait pas toujours sous sa main des saints de la taille de Marat, on la vit canoniser des enfants de treize ans, en décrétant l'apothéose de Barra et Viala.

Le ridicule rapport de David sur ces deux ce enfants sublimes » montre le soin apporté par la Convention à exalter ses martyrs. David, présentant dans un même tableau ceux qui avaient versé leur sang pour la Révolution, s'écriait avec enthousiasme :

a Toi, incomparable Marat, montre le pas-

sage que le fer assassin ouvrit à ton âme ; toi, Le Pelletier, découvre ce flanc déchiré par un satellite du dernier de nos tyrans ; toi, Gasparin, montre cette fiole de poison qni porta dans tes veines les glaces de la mort ; toi, vertueux Chalier, montre le glaive qui cinq fois hésita de trancher le fil de tes jours; toi, Bayle, montre le cordon fatal qui couvrit tes yeux des ombres de la nuit ; toi, Beauvais, les meurtrissures qui t'ouvrirent à pas lents les portes du tombeau ; et toi, philosophe courageux, Fabre de l'Hérault, dont l'âme républicaine préféra la mort à une fuite honteuse, montre tes innombrables cicatrices ; vous^ respectables enfants, ô Barra, ô Viala, le sang que vous avez répandu fume encore, il s'élève vers le ciel, il crie vengeance *. »

i • Voy. Rapport de David sur l'apothëose de Barra et Viala, a3 messidor an II. Monit, du uS juillet 1794*

Il ne semblait pas difficile à une cause qui avait suscité de tels dévouements de se présenter au monde avec un cortège imposant de vertus. Il importait de prouver aux réactionnaires que les fameuses vies des saints de l'ancien culte ne pouvaient pas supporter la comparaison avec la vie des républicains. Nous avons déjà entendu parler à satiété de vertu dans ce siècle. Il y a sur ce point un véritable assaut entre les girondins et les montagnards. Buzot, Barbaroux, Pétion se décernent des brevets de vertu. M""* Roland, qui comprend la vertu à la manière de Rousseau, ne voit dans le monde de rôle qui lui convienne « que celui de la Providence » . Tous les révolutionnaires ont appris de Mably, et par Mably de Platon, dont la république est un véritable traité de vertu, que le grand devoir de l'État

est de la faire régner sur la terre. La Convention, en particulier , prit très au sérieux une pareille mission. « La probité, la vertu, disait Grégoire, sont à l'ordre du jour, et cet ordre du jour doit être éternel. » S'il y avait de véritables synonymes dans la langue française, ce serait « monarchie et crime, république et vertu* y>. a Malheur, ajoutait Saint-Just, à ceux qui vivent dans un temps où la vertu baisse les yeux. » Et alors il ne parlait de rien moins que de donner à la vertu, aux bienfaits et au malheur, ce une indemnité sur le domaine public '. j> Robespierre, qui se croyait impeccable,

i . Monileur du 6 juin 1794. — Thuriot avait dit dans la séance du a8 septembre 1798 (Moniteur du 3o) : « L'homme ne sera vraiment libre qu'alors qu'il sera aussi pur qu'au moment où il sortit des mains de la nature... L'homme doit-il être vertueux ? Cela peut-il faire une question ? Quiconque en douterait serait un monstre à étouffer. » — Un livre e'iëmentaire présente au concours avait pris pour épitaphe : a Un vrai républicain n'a pour père et pour fils que les vertus, les mœurs, les lois et son pays. » (Moniteur des 38, 39 novembre 179&.)

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