Manuel, p. 34-3 S
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grand Être et apprendre à devenir plus heureux en devenant plus vertueux. » Cette invocation est suivie d'un repos pendant lequel se fait Texamen de conscience. On chante et Ton s'assied pour entendre la lecture faite du haut de la tribune. Le Manuel fait observer que les discours dé morale sont basés sur les « principes de religion, de bienveillance, de tolérance universelle ». Il est facile de voir, en parcourant les quatre volumes de V Année religieuse des théophi-lanthropesy que ce conseil avait été suivi.
On y voit paraître pêle-mêle l'Ancien et le Nouveau Testament, Confucius, Z oroastre, Socrate, Aristote, Cicéron, Ëpictète, le Coran, La Bruyère, Voltaire, Franklin, etc.
Ce simple exposé a pu montrer au lecteur que les théophilànthropes, dans l'organisation de leur culte, n'avaient fait que répondre aux décrets et à l'impulsion de la Révolution. Toutes les fêtes républicaines que nous avons eu occasion de décrire
étaient célébrées par eux, et leurs réunions dans le temple offraient, en particulier, une ressemblance frappante avec les assemblées décadaires. Des deux côtés nous trouvons les mêmes invocations à TÊtre suprême et à la nature, les lectures, les sentences morales appendues aux murs, le rôle de prêtre dévolu au chef de la famille ou aux vieillards. En suivant pas à pas Thomme dans les grandes circonstances de sa vie, en lui rappelant chaque jour, et au besoin par la pratique de Texamen de conscience, qu*il devait travailler à son avancement moral, ils n'avaient fait que répondre à rappel des orateurs qui, du haut de la tribune de la Convention et du Directoire, avaient si âouvent déclaré qu'il fallait briser l'attachement à l'ancien culte en s'inspirant de ses exemples. Nous avons vu la Révolution affirmer l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme, essayer d'organiser une espèce de culte, de sacerdoce, de dimanche
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ciyil, exalter les saints de la république, provoquer enfin des recueils de vertus républicaines pour les offrir en modèle aux générations nouvelles. La tentative des théophilanthropes fut la conséquence logique de ces efforts, elle fut le couronnement des institutions que les différentes Assemblées avaient voulu donner comme fondement à la morale.
C'était le plus sérieux essai d*organisation de religion naturelle qui eût été tenté jusqu'alors. Le problème à résoudre était difficile. Les défenseurs de la religion naturelle veulent un culte, culte intérieur, culte extérieur, culte public. On peut admettre les sentiments d'adoration, d'obéissance et d'amour envers la Divinité, d'admiration pour les attributs infinis du Créateur, de respect pour sa toute-puissance, de recon-
naissance pour sa bonté dans lesquels ils renferment le culte intérieur, bien qu'en dehors de rapports personnels avec Dieu, en dehors d'un échange constant de prières et de grâces, de reconnaissance et de bienfaits, on conçoive difficilement la religion, au sens du mot religare; mais ici la difficulté grandit avec le culte extérieur et public. Le culte public étant celui que les hommes rendent en commun à la Divinité, il s'agit de savoir s'il y aura des temples, un sacerdoce, des fêtes et des cérémonies.
Si vous les rejetez, que restera-t-il alors pour constituer un vrai culte public ? Si vous les acceptez, il est difficile que cet essai de culte public ne vienne pas se heurter à un double écueil : ou à l'imitation des pratiques des religions positives sans la foi qui les inspire, ou à des cérémonies purement civiles qui n'auront rien gardé du caractère religieux. Tel fut le sort de la théophilanthropie. Quelques esprits crurent un instant
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que le problème de la religion naturelle était enfin résolu. « Grâces immortelles soient rendues à la philosophie! écrivait Mercier dans son Nouveau Paris. La raison triomphe. La superstition, la crédulité et toutes les jongleries sacerdotales font place à la religion naturelle. Sa voix persuasive eomme/ice à se faire entendre dans tous les cœurs. Bientôt, cette religion pacifique, dont nous apportons au dedans de nous le germe en naissant, sera la seule dominante.
Telle est celle que professent et qu'enseignent les théophilanthropes... Les vrais amis de Dieu sont les vrais amis des hommes. y> Le peuple, en assistant « au prêche des théophilanthropes, va se retremper dans leur saine morale ». Trompeuses espérances. Les théophilanthropes purent avoir un moment de succès à cause de la protection d'un gouvernement favorable à tout ce qui pouvait servir dans sa main d'arme contre l'ancien culte; mais ils
devaient périr par le ridicule. Vainement prétendaient-ils exclure tout appareil de leurs temples, Grégoire nous apprend que les lecteurs revêtaient « Thabit bleu, une ceinture rose, une robe blanche * ». Après s'être contentés au début d'une religion en chambre, ils ne tardèrent pas à occuper plusieurs églises à Paris et en province^.