‹ À la recherche d'une religion civileChapitre 51 sur 75 · Grégoire, Histoire des sectes religieuses, t. I, p · texte numérisé non relu

Grégoire, Histoire des sectes religieuses, t. I, p

2. La loi du ai février 1795 ayant déclare que les temples n'appartiendraient exclusivement à aucun culte, les thëopfailanthropes occupèrent a Paris, conjointement avec les catholiques, Saint-Jacques du Haut-Pas, Saint- Sulpice^ Sainl-Laurent, Saint-Thomas-d'Aquin, Saint- Étienne-du-Mont, Saint-Médard^ Saint-Roch^ Saint-Germain-PAuxerrois, Saint-Ëustache^ Saint-Gervais, Saint- ?iicolas-des-Champs. Les cérémonies des deux cultes tombant quelquefois le même jour, et les catholiques ayant alors l'habitude de purifier le temple par une aspersion d'eau bénite, cette cohabitation donna quelquefois naissance à des incidents comiques. La journée du 3o prairial an VII, en faisant tomber du pouvoir La Révellière- Lepeaux, porta un coup mortel à la secte. Vers la fin de 1799, trois années après sa naissance, le culte qui s'était pourtant donné le beau titre d'Institut de morale était en pleine décadence et n'avait plus que quatre ^lises. Le la vendémiaire an X (S octobre 1801), un arrêté des consuls défendit aux théophilanthropes de se réunir dans les

C'en était trop. Pour convoquer un peuple à des cérémonies religieuses, il faut que la foi les anime et donne comme un langage à ces rites sacrés. Quand cette foi est absente, il n'y a plus qu'une vaine parade, une représentation vide, indigne d'occuper soit les croyants, soit les incrédules. La théophilanthropie, qui était cependant la conséquence logique des demandes tant de fois exprimées à la tribune des Assemblées,

édifices nationaux. Enfin, un arrêté du préfet de police, daté du 1 1 ventôse an X, interdit formellement c le culte de la religion naturelle dite théophilanthropie > . — Suard {Mélanges f t. III, 79-81) raconte qu'il assista à une séance des théophilanthropes où se trouvaient 3oo personnes qui venaient là pour retrouver l'Être suprême de Robespierre : « Un autel mesquin à l'extrémité de la salle. Au milieu, une chaire. Ceux qui l'ont occupée se sont successivement passé une redingote blanche, ornement sacerdotal. Les prédicateurs ont parlé vaguement de Dieu^ de vertu et de piété intérieure. On a lu quelques pensées de Sénèque. Des aveugles des deux sexes ont mal chanté des hymnes médiocres. Je trouvais tout cela assez plat et, convaincu que le déisme pur qu'il m'a semblé qu'on professait n'était point à la portée de l'auditoire, je me disais qu'il étaii absurde de prétendre fonder une dévotion populaire sur une idée abstraite, »

le véritable couronnement des institutions dont la Révolution voulait faire Tappui de sa morale, périt donc par le ridicule. La Reveillère-Lepeaux, qui s'en était fait le patron, eut à subir mille attaques, et Boulay, en plein conseil des Cinq-Cents, put fulminer contre cette « religion nouvelle dont le burlesque pontificat était dans le Directoire même » .

Page 1