A. Du\A\,'ffes sépultures, p. 64-6S
LA RELrr.ION CIVILE. 16
le respect et la décence ne pouvaient rentrer dans les cimetières qu'avec la religion elle-même.
C'était bien en effet le remède à employer pour combattre le mal, mais tous ne l'acceptaient pas. Legouvé disait dans les vers lus à l'Institut :
De la religion gardez Thumanîté, Barbares qui des morts bravez la majesté.
Éloignez ces flambeaux, ces ornements, ces prêtres, Dont le faste à la tombe escortait nos ancêtres. Mais appelez du moins autour de nos débris Et la douleur d'un père et les larmes d*un fils. C'est le juste tribut où nos mânes prétendent; C'est le culte du cœur que surtout ils attendent.
Le culte du cœur , toutes les belles phrases, tous les beaux vers et même le drapeau tricolore dont on enveloppait quelquefois les morts, ne suffisaient pas à leur assurer le respect. Les plaintes redoublent sur a le scandale des inhumations ». Quatremère de Quincy, dans son rapport au conseil général de la Seine, tonnait contre le
génie de la Révolution, qui s'attacha kai la destruction de toutes les moralités. Disonsle, s'écriait-il, si Thomme se croit capable de s'affranchir pendant sa vie de la tutelle de la Divinité, l'expérience a appris qu'a* près sa mort ses restes ne peuvent être en sûreté que sous l'inviolable scellé de la religion. Continuer a-t-on toujours à rendre la Révolution complice de toutes les erreurs et de tous les crimes des révolutionnaires ? Et ne devons-nous pas nous occuper d'effacer au plus tôt toutes les flétrissures de la barbarie, tous ces honteux stigmates des crimes et des malheurs qui accompagnèrent ce long interrègne de la Divinité' en France * » .
Devant un tel résultat, les adversaires de la Révolution avaient beau jeu à railkr
i. Rapport cite, p. aa-aS.
le système de religion civile, inventé par elle, et . ils ne s'en privaient pas. « Que veulent-ils donc, écrivait Tabbé de Boulogne, que fassent les vieillards de la fête de la jeunesse^ et les jeunes gens de la fête des vieillards y et les ignorants de la fête du génie^ et les riches de la fête du malheur, et les malheureux d'aucune espèce de fête? » Ce qui'distingué les solennités catholiques de ces « civiques pantalonnades », c'est qu'elles conviennent à l'ignorant comme au savant, à l'enfant comme au vieillard, au pauvre comme au riche, aux heureux comme aux malheureux.
« C'est ici que, sans décoration de théâtre et sans machines d'opéra, on apprend, non à raisonner sur les vertus mais à les aimer, non à discuter sur les devoirs mais à les pratiquer. Et voilà aussi ce que le peuple demande à grands cris des quatre coins de la France. Il veut célébrer les jours du Seigneur et non le jour qu'ont inventé les
philosophes ; il veut le calendrier des saints, . et non le calendrier des plantes et des bêtes; il veut servir la patrie, et ne rien sacrifier sur V autel de la patrie; il veut respecter la loi, et ne rien jurer sur le livre de la loi ; il veut suivre là Constitution, et ne rien vénérer, dans V arche de la Constitution; il veut adorer le bon Dieu^ que seul il peut, aimer et craindre, et non VÉtre suprême, qui n'est rien, pour Thomme, ainsi que Thomme n'est rien pour lui. Il veut enfin la religion catholique et non la religion métaphysique ou la religion politique. Il veut la religion de Jésus-Christ, et non ces misérables pantomimes, ces mascarades philosophiques qui, malgré tous les tambours, n'ont pas pu même réussir à amuser les bonnes. et les enfants * . »
- On ne parle ainsi qu'à des vaincus. Pour