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CHAPITRE III

DERNIERES RESISTANCES AU CULTE SECU- LAIRE QUE l'opinion RÉCLAME.

L'opinion publique, si hostile aux tentatives de religion civile poursuivies durant dix ans par la Révolution, réclamait au contraire avec une force croissante, irrésistible, le retour aux antiques croyances et à la morale chrétienne. La révolution irréligieuse allait être Lattue par la révolution religieuse.

Nous n'avons pas à raconter ici l'histoire de cette réaction qui aboutit au relèvement des autels. L'Eglise de France avait suc-

combé parce que la foi avait déserté Tesprit de la nation, et aussi parce qu'elle était riche, parce qu'il y avait des abus, parce que les conditions de son développement temporel à travers T histoire avaient entrelacé sa hiérarchie à toutes les branches de Tarbre politique et social. Elle devait tomber, elle tomba avec* Tantique monarchie, mais elle trouva dans sa chute même le secret de sa résurrection. Les jalousies, les cupidités, les haines qui poursuivaient naguère un clergé prépondérant et privilégié, devaient disparaître avec les causes qui leur servaient de prétexte. Comment s'acharner après des hommes qui avaient sacrifié leur situation à leur conscience, comment refuser son estime à des prêtres qui savaient mourir pour leur foi ? Si la prospérité et le bonheur leur avaient suscité des ennemis, le spectacle de leur misère, la grandeur de leur infortune et Thérolsme de leurs vertus leur reconquirent l'opinion

publique. Le sentiment de la compassion qui, en France surtout; est toujours prompt et secourable au malheur leur ramena tou^ lés cœurs. Pendant que l'Église de France se régénérait ainsi dans son martyre, les classes élevées, qui avant 1789 avaient fait écho aux éclats de * rire des philosophes en montant gaiement à Tassant du trône el de l'autel, s'étaient trouvées tout à coup ensevelies sous leurs décombres. Les débordements, les' souillures d'un siècle corrompu entre tous ' furent liavées dans des flots de. sang. Lésâmes futiles, légères, habituées par une société sceptique et railleuse à ne vivre qu'à la surface, furent profondément remuées par le spectacle d'une révolution qui avait fait éclater l'ancien monde avec des craquements effroyables.

La terreur, là stupéfaction ahurie firent bientôt place à la réflexion, la réflexion au repentir. Dieu rentra par la brèche qu'avaient ouverte la souffrance, le malheur, et

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dans ces cœnrs transfigurés la. religion trouva UQ fondement solide pour reconstituer un nouvel édifice.

Cette révolution dans les idées devait entraîner fatalement avec le temps une révolution dans les lois. La réaction politique et religieuse, qui avait pris son point de départ au 9 thermidor, ne put pas être arrêtée. Vainement Robespierre avait-il laissé après lui des hommes qui, s'étant associés à ses crimes et à tons les décrets de proscription, avaient intérêt & maintenir la persécution et l'anarchie, je ne sais quel sentiment de délivrance, de liberté reconquise, déliait les langues et enhardissait les courages. Le retour à l'ancien culte, déjà entrevu sous la Convention, demandé sous le Directoire, s'impose avec le Consulat. Les conseils généraux' dans

I. Cirons quelques vœiu des conseils généraux : ■ La iriajorit^ des habilants tient au ruite de ses pères presque iiiitant qu'à la vie. a (Ari^e.) — |Calvadosf < Les habi-

rexpressîoo de leurs vœux, les préfets dans leurs correspondance» avec le gouvernement, se faisaient les interprète» du senti-

tants aiment la religion. Ils regrettent les jours de repos consacrés par elle; ils regrettent ces jours où ils adoraient Dieu en commun. Leurs temples étaient pour eux des lieux de rassemblement où les affaires, le besoin de se voir^ de s'aimer, réunissaient toutes les familles et entretenaient la |iaix et l'harmonie. Ils forment hautement le vœu de voir renaître ce temps de bonheur pour eux. » — (Haute-Loire) « La liberté réelle du culte et un exercice avoué par la loi réuniraient les esprits et feraient cesser les dissensions religieuses. On reviendrait aux principes d'une morale qui fait la force du gouvernement. » — (Manche) « La philosophie n'éclaire qu'un bien petit nombre d'hommes, et elle égare les autres; la religion seule peut créer et épurer les mœurs. » — (Orne) « Les prêtres sont paisibles. Les villageois tiennent à la jouissance de leur culte. » — (Pyrénées-Orientales) « . La presque universalité des habitants tient à la religion catholique. » — (Haut-Rhin, Bas-Rhin) « La paix ne se consolidera que lorsque les ministres catholiques auront une existence honorable et assurée. » — (Dordogne, Seine-Inférieure) « Laisser aux habitants une réelle et complète liberté des cultes. » — (Loir-et-Cher) « Les habitants de ce département ne sont point détachés des principes de religion que professaient leurs aïeux. » — (Mont-Blanc; a Faire enseigner une morale pure, attachée à un culte public. » (^oj. Analyse des prochs-verbaux des conseUs généraux ^ an IX.)

La slatislique des préfets nous Sipporiek cette époque les

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ment public en demandant la profession publique, légale, reconnue, protégée du culte séculaire.

mêmes témoïgniiges ; > Le cultivateur est attaché à Min culte, dit le préfet de la Lozère (Voy. Statistique de ce d^parlemeiil, an X, p. 77); les cérémonies religieuses opèrent desréunions nombreuses... La lutte qui existe depuis longtemps entre la loi, l'opinion et la consdence de ifudques hommes, place souvent l'autorité dans un état de perplexité el d'inquiétude. > — Le préfet de la Savoie et du Mont-Blanc (Voy. Statistique de ce département, an IX, p. iiô'iij] : < Je ne puis m'empêcher de terminer p(tr une réflexion qu'arrache aujourd'hui le spectacle douloureux de l'ignorance et de l'iiDmoralité qui régnent dans les campagnes : c'est qu'il n'est que trop prouvé que la crainte seule que peuvent inspirer les lois pénales ne saurait suffire. Elle retient quelquefois le méchant, mais ne lui inspire jamais le sentiment des vertus. > — Le préfet de la Loire- Inférieure écrit â son tour : ■ Imprudents les hominesd'État et les philosophes qui ont abandonné l'intelligence humaine et l'imagination à cette puissance indépendante (la superstition). Plus imprudents encore ceux i|ui dans l'étatactuel oublieraient que les meilleurs gouvernements sont ceux qui ont le plus de respect pour l'humanité, pour ses faiblesses et ses préjugés j qui oublieraient que ce culte est aujourd'hui pour nos contrées, comme il te fut pour l'Europe, un moyen de civilisation; que pendant le temps qu'il fut interrompu, ce n'était chaque jour i|Lie nouveaux miracles, que nouvelles apparitions, que nouveau* objets de terreur, d'adpratlon, de pèlerinage, et

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L'opposition venait des esprits imbus de la philosophie du XVIII* siècle. Le matérialisme et l'athéisme avaient trouvé comme un refuge dans l'Institut nouvellement fondé. Cette vaste création de la loi du 3 brumaire an IV qui, avec ses trois classes des sciences physiques et mathématiques, des sciences morales et politiques, de la

qui provoqueraient encore cette lutte de l'autorité contre l'opinion, où l'autorité ne peut obtenir que des triomphes apparents^ des soumissions hypocrites, tandis que les esprits s'aliènent et que les sentiments du devoir qui font la force des lois s'effacent dans toutes les âmes. » (Voy. Sta» tùtiique pour la Loire-Inférieure, an X^ p. la.) — Voir encore les lettres des préfets de la Manche, de l'Aveyron^ de Jemmapes^ etc. Le préfet de la Mayenne (cité par dom Piolin, t. IV, p. io3) écrivait : « L'ouverture des églises forme un point de réunion pour les habitants qui vivaient commedes sauvages^ ou ne se réunissaient qu'en assemblées secrètes pour exercer leur culte. II faut en convenir, c'est à cette facilité que nous devons la nouvelle civilisation qui se réorganise, l'acceptation des fonctions publiques dans les cotnmunes rurales, qui sans cela n'avaient ni maire^ ni conseil municipal, ni relationsavec le gouvernement. •

LA KKUGlOfI GIVILK. 17

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littérature et des beaux-arts, devait embrasser Fensemble des connaissances humaines, avait accueilli des hommes qui ne brillaient guère par leur orthodoxie philosophique.

Sans parler de Lalande, a doyen des athées », qui appartenait à la division d'astronomie, les sections de philosophie et de morale * comptaient parmi leurs membres Volney, Cabanis, Naigeon, Naigeon ce singe de Diderot, qui s'amusait avant 1789 à saupoudrer d'athéisme les productions de d'Holbach, qui avait semé l'athéisme à pleines mains dans sa collaboration à V Encyclopédie méthodique, qui pendant la révolution envoya une adresse à la Constituante pour demander que le nom de Dieu ne parût pas dans la Déclaration des droits ^, qui dé-

i. Les membres nommes pour la section de philosophie étaient Volney, Garât, Cabanis, Ginguené, Deleyre, Lebreton \ pour la section de morale, Bernardin de Saint-Pierre^ Mercier^ Grégoire, La Re veîUère-Lepeaux , Lakanal, Naigeon .

2. c Dieu, s'écria Mirabeau, est aussi nécessaire k Thomme que la liberté. »

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clamait contre ce ce monstre de Robespierre , » à cause du décret sur TÊtre suprême. C'est cet Institut, ainsi composé dans sa section de philosophie et de morale qui, à peine installé, s'empressa de poser la question suivante comme sujet de prix : Quels sont les moyens de fonder la morale chez un peuple? Ce concours, ouvert en Tan V, n'ayant pas provoqué de mémoire digne d'être couronné, l'Institut remplaça les mots : quels sont les moyens, par ceux-ci :

quelles sont les institutions. Le problème parut encore plus difficile et ne fut pas plus heureusement résolu. L'Institut, sans se décourager, traça un nouveau programme qui pour la troisième fois aboutit à un échec.

Il prit alors le parti de retirer la question*

Nous devons néanmoins à cette circonstance des documents qui nous font bien connaître la situation d'esprit des concurrents et des arbitres à la fin du dernier

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siècle. Les écrivains qui répondaient en 1797 et 1798 à la question posée par l'Institut, n'avaient pas dû oublier que la plupart des juges étaient systématiquement hostiles à tout ouvrage où il serait question de Dieu. Le rapporteur même du concours, Bernardin de Saint-Pierre, put s'en convaincre à ses dépens. Dès sa première apparition à l'Institut, il avait été en butte aux attaques de ses collègues à cause de ses croyances théistes. « Comme les plus accrédités d'entre eux, a-t-il écrit lui-même dans une note rapportée par son biographe; n'avaient pas rougi de se déclarer publiquement athées, je me suis trouvé dans la nécessité de combattre leur système destructeur de toute morale et de toute société. De leur côté, ils ont toujours empêché qu'on n'insérât aucun de mes rapports dans les Mémoires de l'Institut. Le nom de Dieu dans tout ouvrage qui concourait à ses prix était pour eux un signe de réprobation. Enfin l'a-

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théisme, accroissant son audace par ses succès, faisait des prosél3rtes jusque parmi les gens de bien effrayés de leur ruine future, et bannissait de toutes les grandes places de FÉtat ceux des académiciens qui osaient croire publiquement en Dieu. »

^rnardin de Saint-Pierre fit particulièrement Texpérience des sentiments de ses collègues de l'Institut lorsqu'il vint leur lire, le 15 messidor an VI (3 juillet 1798) *, son rapport sur la question qui avait été posée : Quelles sont les institutions les plus propres à fonder la morale d'un peuple? Tous les concurrents l'avaient traitée dans l'esprit de leurs juges. La plupart de ses collègues, dit l'éditeur de ses œuvres, étaient assemblés autour d'un ministre qui avait à sa solde des écrivains mercenaires, chargés de retrancher des poètes latins tout ce qui concernait la Di-

i . Un autre rapport sur le même sujet fut fait par Ginguen^, le 5 janvier 1800.

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vinité, aBn de les rendre classiques pour les écoles républicaines. L'auditoire ainsi composé écouta assez tranquillement l'analyse des mémoires, mais aux premiers mots qu'il prononça sur Dieu, un cri de fureur s'éleva de toutes tes parties de la salle. On lui demanda où il avait vu Dieu, quelle figure il avait; on le menaça de le chasser de l'assemblée, on le provoqua même en duel. Cabanis, emporté par sa colère, s'écria : t Je jure qu'il n'y a pas de Dieu I et je demande que son nom ne soit jamais prononcé dans cette enceinte. — Votre maître Miralieau, lui répondit Bernardin de Saint-Pierre, eût rou^ des paroles que vous venez de prononcer. :• Quittant alors la salle. Bernardin de Saint-Pierre écrivit d'inspiration une déclaration de principes où, rappelant à ses collègues que 1<> nom de l'Être suprême était inscrit en tête de la Constitution et sur le fronton des temples, il demandait à l'Institut de ne pas

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se laisser intimider par une secte athée et de reconnaître « l'existence de Dieu comme la base de toute morale * y>. L'Institut entendit sa lecture, mais ne fit pas droit à sa demande. Le nom de Dieu ne fut pas prononcé et Bernardin de Saint-Pierre, condamné au silence, en fut réduit à faire distribuer son rapport à la porte de la salle des séances.

Le lecteur devine quel devait être l'esprit des ouvrages présentés au concours dans le but de plaire à de tels juges. La première question provoqua seize mémoires, la question modifiée huit seulement. Ce qui frappé tout d'abord dans ces productions, c'est l'attention des auteurs à passer Dieu sous silence dans des livres où il s'agissait pourtant de poser les fondements de la morale.

Est-ce sur un pareil fondement qu'on pou-

1. Voy. sur ces faits, (Muvres de Bernardin de Saint- Pierre, édit. Aimé-Martin, t, I, p. a36-24^» ^^^ rapport est reproduit^ t. VII, p. 371-387.

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vait établir la règle des mœurs ? Est-ce là le dernier mot d'un parti qui pendant dix ans a affiché la prétention de remplacer, de faire oublier la morale chrétienne ? Nous trouvons la preuve de Tembarras des meneurs les plus matérialistes et les plus athées dans Tinsistance de l'Institut à poser la même question : Quelles sont les institutions les plus propres à fonder la morale (Tun peuple? La réponse faite à ce programme par les divers mémoires présentés au concours, montre à nouveau rimpuissance à laquelle aboutissent fatalement les faiseurs de systèmes qui cherchent à fonder la morale ailleurs que sur ses deux bases éternelles : Dieu et Tâme immortelle.

Nous avons exposé les essais, les efforts désespérés de la Révolution. Les derniers

projets provoqués par Tlnstitut vont nous apparaître aussi étranges, aussi ridicules que tous les autres. Lorsqu'on parcourt les divers mémoires à lui adressés dans une circonstance où il ne s'agissait de rien moins que de fonder la morale d'un peuple, on est étonné de la pauvreté des conceptions et de la misère des résultats. L'un croit conquérir à la vertu les générations futures, en établissant un livre de famille qui perpétue le souvenir des fautes des enfants; l'autre veut élever sur les places publiques des colonnes infamantes destinées à montrer les noms des criminels.

Celui-ci demande un journal officiel où seront inscrites les bonnes actions; celui-là fait prononcer dans chaque village l'éloge anniversaire des citoyens qui ont bien mérité de la patrie. Tel autre forme l'enfance aux sentiments de philanthropie en lui faisant cultiver, dans les jours solennels, le jardin du vieillard, de la veuve et de Tor-

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phelin. Toutes les idées étranges que nous avons rencontrées sur notre chemin, dans le cours de la Révolution, reparaissent dans ces mémoires. Un des concurrents, voulant ouvrir le cœur de la nation aux sentiments d'une paternité générale, demande que les mères échangent leurs enfants et les fassent passer de main en main, de maison en maison jusqu'à Tâge de quinze ans. Destutt- Tracy indique cinq moyens infaillibles de faire régner la vertu sur la terre : l'exécution sévère des lois répressives, un budget en équilibre, la défense aux prêtres d'enseigner la morale, la loi du divorce et l'égalité des partages. Un mémoire, que Ginguené trouve supérieur à tous les autres , donne pour appui à la vertu l'égalité des jouissances, « un juste équilibre entre nos besoins et nos facultés... Un peuple aura de la morale quand la convoitise cessera d'être excitée par la trop inégale répartition des jouissances ».

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Tandis que cet auteur fonde la morale sur le bien être et Destutt-Tracy sur le gendarme, J.-B. Say rétablit sur l'économie politique, c Un bon livre d'économie politique doit être, dit-il, le premier livre de morale. » J.-B. Say ne s'en tient pas à cet axiome. Transportant ses projets de réforme morale chez un peuple imaginaire, les 01biens, il y forme un tribunal de l'opinion composé de vieillards qu'il constitue « magistrats de la morale. » La collection des arrêts rendus par ces <c censeurs des mœurs » forment deux séries appelées a l'une, le livre du mérite, l'autre le livre du blâme 2>. Say attache à ces décisions une grande importance. Il pense qu'un jugement rendu en ces termes par le tribunal des vieillards :

n Le peuple d'Olbie honore la vertu et dé* teste le vice, 2> aura une puissance magique pour faire fleurir l'une et étouffer l'autre. Le lecteur, qui retrouve ici l'inévitable cortège de vieillards, s'étonnerait de ne pas voirre-

paraître les jeux, la danse, la course, la lutte. Say va jusqu'à demander pour chaque campagne un ce tournoi en miniature i^; il veut même que les vainqueurs reçoivent leur prix a des mains des jeunes filles, :» pour que celles-ci soupirent après le Retour des fêtes nationales. Les Olbiens, c'est-à-dire les Français, auront enfin des panthéons pour les grands hommes et pour les vertus.

En entrant dans le panthéon de l'amitié, nos yeux s'arrêteront « sur les statues d'Oreste et de Pylade, de Henri et de Sully, de Montaigne et de La Boétie )>. Des inscriptions, des vers bien choisis :

Qu'un ami véritable est une douce chose (La Fontaine), L'amitié d'un grand homme est un bienfait des dieux

(Voltaire),

réveilleront dans l'àme ce ce sentiment délicieux ». Des maximes gravées sur les statues, sur les tombeaux, dans les endroits les plus fréquentés, rappelleront au passant la pensée de ses devoirs, et l'on dira de la France

ce que Platon disait de sa patrie, qu'on pouvait faire un cours de morale en parcourant l'Attique. Il convenait à un économiste de ne pas sacrifier aux sentiments suaves les réalités de la vie. A côté des maximes sentimentales, des pensées plus positives :

ce Aide-toi, le ciel t'aidera (La Fontaine); — On paie le soir les folies du matin (Bacon) ; —Il en coûte plus pour nourrir un vice que pour élever deux enfants ; — N'employez pas votre argent à acheter un repentir (Franklin), » devaient préparer l'homme à la sagesse pratique et au gouvernement de sa vie. Sur ce point les pères s'empresseront d'imiter l'exemple donné par la puissance publique. Des maximes, inscrites sur les murs dans l'intérieur des familles, à force de solliciter le regard de l'enfant, ne tarderon pas à pénétrer des yeux jusqu'à son cœur. Si on ajoute enfin à ce programme de fréquentes représentations dramatiques, le lecteur aura un aperçu complet des institu-

lions sur lesquelles les mémoires présentés aux concours, et en particulier celui de J.- B. Say * , voulaient fonder la morale publique. On a besoin de se rappeler en lisant ces productions qu'elles émanent d'hommes sérieux et dont quelques-uns ont laissé un nom dans l'histoire. On n'en est que plus fondé à se demander si c'était vraiment bien la peine de tant déclamer contre la morale chrétienne, d'enlever même à la morale naturelle ses bases séculaires : Dieu et l'âme immortelle, pour aboutir à un tel naufrage du sens commun. Nous avons beau fouiller de toutes parts avec la curiosité et l'impartialité de l'historien, nous avons beau retourner en tous sens les systèmes qui se présentent, nous roulons toujours dans un cercle fatal où la Révolution, fait passer et repasser

1. Olbicy voy. surtout p. 1-80. *?- Destrutt-Tracy : Mémoire sur cette question : Quels sont les meilleurs moyens de fonder la tnorah d'un peuple? — Bernardin de Saint-Pierre^ Œuvres^ r. VII, p. JSS-SS;.

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deyantiAiiâ ses fêtes aussi vides de conceptions que de spMiateurs, ses jeux, ses danses, ses luttes, ses courses, ses gymnases, ses cérémonies civiques, ses pancartes tmt les murs, ses homélies sentimentales, et tout cela avec réternelle prétention d'asseoir sur ces rêveries la morale d'un peuple. Ah 1 gare aux idéologues! Ils font vraiment la part trop belle au terrible manieur d'hommes qui aura à peine besoin de souffler sur ces chimères pour les faire évanouir.

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