CHAPITRE VIII
LA RELIGION ET SON UNirf
La religion est nécessaire :
Voilà ce qui ressort de ce que nous avons dit en dernier lieu sur les devoirs de l’homme envers Dieu.
Car, n’en déplaise à Voltaire et à ses illustres disciples, la religion n’est pas une vieille défroque que les hommes se passent d’une génération à l’autre pour masquer leur ignorance.
C’est, au contraire, une vénérable et divine institution qui moralise les individus, affermit l: société sur ses bases et rattache le ciel à la terre,
Relier l’homme, en effet, à son Dicu, (relision, vient du latin religure, relier), en lui prescrivant certaines obligations vis-à-vis de l'Etre Suprême et en inclinant même sa volonté à les remplir : voilà le rôle sublime de la religion, si Fafouée de nos jours par les esprits forts Ct regardée avec non moins de mépris par les iouisseurs impatients de secouer son joug tutélaire,
De plus, il pent se faire que l’ensemble des bréceptes et des dogmes qu’elle nous impose ait
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été communiqué à l’homme par Dieu lui-même au moyen d’une révélation surnaturelle. Dans ce cas, la religion a:rait dite r/»4ée ct son prestige, au lieu d’avoir à souffrir des railleries de l'incrédulité, ne ferait que s’accroître aux yeux de l’humanité reconnaissante.
Pour le moment, il nous suffit de considérer comme acquise à nos recherches la proposition émise en première ligne de ce chapitre.
Seulement, à peine en possession de cete conclusion si longuement et si laborieusement cherchée, la pauvre raison aux abois se demande où trouver cette religion dont la nécessité s’impose. Car, si elle porte ses regards sur le monde ancien et nouveau, elle demeure stupéfaite.
Qui pourra suivre, en effet, les évolutions de la pensée humaine sur Dieu, ses préceptes et son culte ; depuis les holocaustes des patriarches antédiluviens jusqu’au fétichisme des nèvres de l’Afrique ; depuis la Chine de Confucius, l'Inde de Boudkia, le pays de Mahomet, l’Europe chrétienne, hérétique et schismatique, jusqu’aux extrémités du N ouveau-Monde, où toutes les croyances semblent s’être donné rendez-vous ?
Il faut avouer que la connaissance ou le choix de Ja véritable religion est de prime abord un' peu difficile à obtenir ou à faire par les simples lumières de la raison.
Il vaut mieux, au préalable, établir la proposition suivante : Z! ne peut y avoir qu'une seule véritable religion, soit qu'on lu considère dans sa morule ou dans ses dogmes.
Certains philosophes modernes, au cœur large ct débordant de philanthropie, mus sans doute par de bonnes intentions, ont voulu mettre d’accord les différents cultes qui ont cours ici-bas en leur décernant à tous une égale somme de véracité ou de valeur religieuse. “ Toutes les religions sont également respectables,” disent-ils. Seulement, ces messieurs se réservent le droit de n'en pratiquer aucune et même de railler fort agréablement les esprits faibles qui les professent,
C’est de là probablement que nous est venue l'erreur libérale de la liberté des cultes prise dans son mauvais sens.
À l'encontre de cette tolérante doctrine, je fais ma preuve.
Î] n’y a qu’une seule vraie religion. Pourquoi ? Parce qu'il ne saurait y en avoir plusieurs, dirai-je, au risque de raisonner comme ce pauvre M. Lapalisse,
Sil y avait de nos jours, comme au temps fortuné du paganisme, une tribu entière de dieux immortels peuplant l’olympe et s’accroissant inême par de divines hyménées, nous pourrions admettre un and nombre de cultes différents,