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Aussi, n'est-il pas étonnant que Dieu, qui plane par sa perfection infinie à des hauteurs incommensurables au-dessus des mondes qu’il a créés, et dont nous sommes de misérables atomes, offre à l’esprit humain des vérités inaccessibles, ou de proportions trop vastes.
Bref, le mystère existe et Dieu, à qui rien n’est caché, possède la clef de tous les problèmes qui nous embarrassent.
Certes, il serait téméraire de vouloir lui imposer l’obligation de nous communiquer la science religieuse qui nous manque, mais on admettra aussi sans peine que ce Dieu, qui a créé l’univers et les professeurs de la Sorbonne, qui est à la fois le Seigneur, le maître et le père du reste des humains, puisse, quand il lui plaît, et sans diplôme académique, parler à ses enfants, leur apprendre ce qu’ils ignorent et leur donner de sages préceptes.
Le rationalisme comprend cela, j’en suis sûr, mais, s’il admet le mystère et permet en théorie l’enseignement au bon Dieu, il cherche à se rattrapper sur nous en nous décernant un brevet d’imbécilité en bonne et due forme. D’après lui, notre esprit n’est pas apte à recevoir les divins 2yons de la vérité révélée.
Pourquoi ? Je n’en sais rien. I] y a, paraît-il, une répugnance qui empêche le mystère d’être connu OU Compris, comme il y en a une qui interdit la quadrature au cercle.
Ainsi, c’est entendu, il faut en prendre son parti, quels que soient les efforts du gardien des vérités éternelles pour nous les faire connaître, le dépôt de la révélation restera sans valeur et le mystère continuera d’être ce qu’il a toujours (té, indéchiffrable à tout le monde.
À cette objection la réponse est facile.
Qu’il y ait des vérités tellement profondes sur Dieu,qu’elles soient impénétrables dans leur compréhension aux intelligences créées, nous le voulons bien, et encore sont-elles en bien petit nombre ; mais, advenant la révélation, on ad- Mmettra sans peine que l’homme qui ne les comprend pas puisse savoir avec profit qu’elles «zistent, Prenez, par exemple, les conclusions de la science devenue populaire. Le peuple les.
admet, sur la seule autorité des hommes de science, sans en avoir fait la démonstration. En attendant, ces connaissances qui lui ont été revelées ne laissent pas de lui être très utiles et de faire l’orgueuil des savants qui se considèrent avec une certaine raison, mais trop peu modestement, comme les flambeaux et les bienfaiteurs du genre humain.
La révélation est done possible. Est-elle utile vt nécessaire ?
Le rationalisme y voit un attentat contre l’autonomie de la raison humaine et sa légitime indépendance.
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Croire sans voir, dit-il, ou sans comprendre est un acte déraisonnable et humiliant que Dieu ne saurait nous imposer ; il vaut mieux attendre de la raison elle-même cette vérité qu'elle recherche avec tant d’ardeur. La révélation, disait en substance V. Cousin, n’est rien autre chose que l’acte même de l'intelligence humaine qui découvre la vérité et agrandit le champ de ses Cchnaissances,
Comme on le voit, la révélation, aux yeux des rativnalistes, peu s’approprier la famense devise de Mahomet : “ Crois où meurs ” qui supprime L libre assentiment de l'esprit et le remplace Far la force et la crédit : aveugle. ;
Le rationalisme a tort. Le joug de la foi n’est en aucune façon imposé par la violence. I] est cenforme aux lois de la psychologie qui admet trois voies différentes par lesquelles notre esprit arrive à la vérité : l'évidence, la démonstration ct l’autorité légitime.
Cette autorité peut convenir au témoin véridique, à qui nous accordons tous les jours notre adhésion ; el'e appartient au précepteur, et l’on ne saurait la contester aux milliers de voix qui, d'âge en âge, nous transmettent les enseignements de la tradition.
Comment voudrions-nous la refuser à Dieu qui n’est pas comme nous le simple miroir d’une science d’emprunt, mais l’auteur et la source de toute vérité ?
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Certes, entre l'intelligence incréée qui, dans un seul et même acte, se connaît elle-même, embrasse le domaine infini de ses connaissances, pénètre les moindres parties de l'univers pour en scruter tous les mystères, descend vers l’homme pour lui enseigner des vérités qu’il ignore ; entre ce Dieu, dis-je, et le prophète de l’islamisme qui promène et impose sa doctrine tyrannique, le cimeterre à la main, il y a une différence que le rationalisme ne devrait pas ignorer.
Quoi qu’il en soit,sans nous attarder davantige aux doléances de la libre pensée,nous allons “border résolument la question que nous avons Cntrepris de traiter : Une révélaticn est-elle nécessaire ?
Il va de soi que les véritables mystères, qui sont, de leur nature, inaccessibles à la raison, ne peuvent être connus sans révélation.
Il est également certain que dans l'hypothèse d'un état surnaturel auquel l’homme pourrait
‘être élevé, il lui faudrait, de toute nécessité, la eCnnaissance de la fin de cet éiat, de la volonté de Dieu qui l'y appelle et des moyens qui pouraient l’y conduire.
Aussi, comme il n’est pas encore démontré que nous soyons appelés à une parcille destinée, je me contenterai de prouver que la raissn humaine, aidée de la philosophie, n'ayant pu réussir après des siècles d’expérience à maintenir le
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" genre humain dans les bornes du devoir, à répri-
mer ses vices <t à lui faire rendre à Dieu un culte convenable, la révélation des vérités rationnelles, au moins, est devenue nécessaire.
Il nous suffira de faire appel à l’histoire PCur nous convaincre de la vérité de notre affirmation. En effet, si nous voulons nous donner la peine de recueillir les tristes aveux de l’antiquité grecque et romaine, qni résument le mouvement de la pensée humaine pendant les siècles qui ont précédé le christianisme, nous serons édifiés sur la dégradante immoralité des peuples abandonnés aux seules lumières de la raison.
Un ciel peuplé de dieux adultères, voleurs, ivrogres, incestueux, colères, rancuniers, jaloux, cruels envers les pauvres humains et sanguiraires dans leurs cultes ; “ tel était, dit d'Arras, le type divinisé de la famille que |: ; théogonies d'Homère et d’'Hésiade plaçaient au sommet de l'Olympe, et proposaient à l’adoration des peuples.”
Les mystères ou cérémonies du paganisme étaient dignes en tous points de ces divinités personnifiant tous les vices. Ceux d’Eleusis, de - Bacchus et de la Grande déesse resteront célèbres par leur impudicité révoltante. Saint Auguetin citant Varron, nous donne des fêtes de Bacchus célébrées à Rome durant un mois, une description que je n’ose reproduire, si voilée
qu’elle soit par la plume austère du grand doctour,
“ Le monde entier, dit encore d'Arras, se modèle sur l’image du ciel païen et la terre devient un vaste théâtre d’infamies.”
Les pratiques les plus infâmes de la luxure sont tolérées par la conscience publique ; la philosophie dans Aristote et Epicure leur donna même son approbation, et les poètes leur accordent une place d’honneur dans leurs chants hcencieux.
Pendant ce temps, la superstition s'empare des esprits incrédules ; la dignité humaine est ravalée au rang de la brute dans la personne des esclaves, et la soif du sang dévore les entrailles de tout un peuple devenu le roi de l’univers.
L’athéisme, le polythéisme et le panthéisme se disputent les populations affolées qui, fatiguces des doctrines contradictoires de la philosophie, s’enfoncent de plus en plus dans l’abîme du matérialisme ou du scepticisme.
Cette dégradation morale eut pour effet de partager l’humanité en deux classes bien distinctes: les oppresseurs et les opprimés,les bourrcaux et les victimes. La puissance devenue tyrannique n’avait d’autres règles que le caprice et la passion, et ce fut alors que l’on vit apparaire sur le trône du monde de véritables monstres, Néron, Tibère, C'aracalla, cte., qui semblent
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aVoir atteint et même dépassé les limites de la perversité humaine, tout en ne faisant que personnifier les vices de leur époque.
Les torches humaines des jardins du Vatican; l'incendie de Rome pour amuser les loisirs d’un empereur poète ; le Colisée, ce vaste abattoir des humwain, et combien d’autres faits et d’autres Iuonuments restent comme d’irrécusables témoignages de la. barbarie romaine au milieu de Ja civilisation la plus raffinée !
Ainsi, l'humanité plongée dans les ténèbres ou ballotée au gré de toutes les erreurs ; la. corruption des mœurs publiques devenue en quelque sorte vertueuse ; l’oppression du faible ; l’avilissement de la femme et l’infanticide : l'esclavage inhumain, bestial, qui range au rang de la brute, au profit de quelques milliers de patriciens, des millions de malheureux, eoupables le plus souvent d’avoir défendu leur patrie: voilà quelques-unes des horreurs qui ne donnent Pourtant qu’une faible iuée du monde païen abandonné à ]ni-même. après une expérience de quarante siècles. |
La raison humaine, comme la science de nos jours, a fait banqueroute, ct sur les ruines de ses orgueilleuses espérances, sur les débris de la loi naturelle et sur les derniers vestiges d’une morale expirante, nous aimons, avec Socrate, à nous tourner 1 :rs le ciel et à proclamer la nécessité de la révélation.
CHATITRE X