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LE MIRACLE ET LA PROPHÉTIE

Il faut. une révélation, telle a été la conclusion de notre dernier chapitre.

Maintenant, nous sommes à nous demander cemment Dieu va s’y prendre pour nous communiquer ses enseignements et comment surtout nous alions reconnaître notre divin précepteur.

Le mode de la révélation importe peu. Ou Dieu parlera lui-même, ou il enverra ses anges sur la terre, ou bien il va instruire par la, voie de l'inspiration certains hommes qui nous transmeffront ensuite la vérité révélée.

Ce qui importe avant tout, c’est de discerner la véritable révélation au milieu de toutes les impostures religieuses accumulées depuis des siècles,

l’histoire cst 1emplie des prétendus oracles de la divinité qui n’ont été, le plus souvent, que le fruit de cerveaux malades ou d’audacieuses ambitions.

En premier lieu, voyons s’il n’y a pas quelques signes pour reconnaître, dans le cas où ils existe:a‘ent, les interprêtes de Dieu auprès des

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hommes. Car, si le maître de l’univers a daigné abaisser sur nous les regards de sa miséricorde,et s’il a bien voulu nous envoyer quelqu'un pour nous instruire, il faut de toute nécessité qu’il le signale à notre attention et qu’il nous fasse connaître sa mission par des marques extraordinaires et vraiment surnaturelles,

Quelles sont ces marques ou quels sont ces signes qui doivent accompagner la véritable révélation ? |

La libre-pensée, toujours tranchante dans ses sppréciations, déclare que de pareils signes ne sauraient exister. k

À l'encontre de l’incrédulité, nous soutenons, appuyé sur la saine raison, que les notes distinetives de la vérité révélée sont le miracle et la prophétie.

Le miracle, en effet, étant un fait merveilleux qui dépasse évidemment toutes les forces de la nature créée, il résulte qu’un pareil phénomène ne saurait se produire sans nous faire connaître l'intervention divine ; et, venant à l’appui de la doctrine enseignée par un thaumaturge, il devient un témoignage irrécusable de vérité.

Afin de mettre le doîgt sur l'ignorance ou la mauvaise foi dé la libre-pensée, ayons recours à un simple syllogisme :

De tous les actes qui relèvent uniquement de la puissance de Dieu,aucun ne saurait confirmer

le mensonge et l’imposture. Or, le miracle ne Peut se produire que par la seule puissance de Dieu. Done, s’il vient à l’appui de la révélation, il ne peut confirmer que la plus pure vérité.

Ici, je prévois l’objection fondamentale de l'incrédulité qui se prévaut de quelques recoins inexplorés des forces de la nature pour contester la divinité du miracle, raisonnant à peu près de cete façon :

Pour attribuer à Dieu d’une manière certaine les faits réputés miraculeux, il faudrait, de toute nécessité, connaître le point précis que les causes naturelles ne peuvent dépasser dans l'opération de leurs actes, Or, nous ignorons et nous ignorerons probablement toujours l’extrême limite des forces de la nature. Donc, malgré leur apparence surnaturelle, les miracles ne peuvent être réputés divins d’une manière certaine.

L’argument est spécieux et semble formidable ; aussi, va-t-il falloir le démembrer pour en avoir raison, Commençons d’abord par, la majeure, que nous allons soumettre à l’examen du gros bon sens.

“Pour attribuer à Dieu d’une manière certaine les faits miraculeux, il faudrait connaître le point précis que les causes naturelles ne neuvent dépasser dans l’opération de leurs actes.” Pourquoi connaître ce “ point précis ?” Je n’en

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vois pas la nécessité, Pour moi, il me semble que pour attribuer à Dieu d’une manière certaine les faits réputés miraculeux, il suffit d’uno chose :

“Que les forces de la nature ” dans leur ‘ensemble ou individuellement ” NE PUIS- SENT LES PRODUIRE. Or, il n'est pas du tout nécessaire de connaître le “ point précis ” où s’arrêtent les forces de la nature pour savoir où elles ne vont pas. Je ne saurais dire au juste quelle est l'influence de la volonté humaine ct la valeur des ordres qui en émanent ; mais je sais très bien que le soleil qui nous éclaire est tout-à-fait hors de la portée des injonctions de l’homme. Aussi, quand je vois l’astre du jour s'arrêter dans sa course durant quelques heures, à la voix d’un général d’armée pour lui permettre de compléter son triomphe, je me dis : voilà uu fait qui dépasse évidemment les forces de la cause qui en apparence semble le produire, et, comme je ne trouve dans le monde aucune puissance capable d’arrêter ou de suspendre le cours des astres,je suis forcé d'admettre l'intervention divine,

J’ignore également la nature de certains agents naturels qu’on appelle chaleur,électricité, etc., et je suis fort élaäigné de connaître toutes les lois qui régissent le monde physique. Seuicment,je sais qu’on se brûle dans une fournaise

chauffée à blanc et que la mort, qui depuis six mille ans fauche les générations humaines parues sur la terre, n’a pas encore reculé d’un pouce dans ses funèbres conquêtes, Aussi, le fait de troîs jeunes hommes se promenant dans un four à travers les flammes et chantant les louanges du Seigneur, et celui d’un cadavre en putréfaction sortant plein de vie de son tombeau ne sont pas pour moi d’une explication bien difficile. Sans consulter les oracles de la physique ou de la chimie, sans même prendre le conseil des autorités médicales ; je reconnais dans ces phénomènes extraordinaires, qu’on accuse, si l’on veut, ma crédulité, l’accomplissement de la plus ancienne et de la première des lois de la nature : celle qui veut que le monde soit soumis à la souveraine autorité de son auteur,

Cette loi a peut-être échappé aux doctes observations de la science moderne, qui se flatte n‘anmoins de ne rien laisser passer inaperçu. Dans ce cas, je lui suggère de reviser le code draconien qu’elle veut modestement imposer à l'univers et d’y insérer comme en-tête la déclaration suivante :

“Dieu étant par sa nature et par ses actes le souverain absolu de l’univers, la science physiqüe, qui n’est qu’une faible partie du savoir hn- Main, reconnaît que les lois qui président au Evuvernement du monde matériel sont sujettes

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à être abrogées ou suspendues par le divin législatcur, quand il juge à propos de faire des mi. racles.

La prophétie qui découvre les mystères de l’avenir est aussi le signe évident de l’intervention divine.

Dieu seul, en effet, possède le secret des événements futurs qui ne sont en aucune façon contenus dans les causes existantes. Pour lui, le présent, le passé et le futur se confondent en un seul point qu’il enveloppe de son immobile éteiuité. C’est ainsi que l’on peut dire que le temps côtoie les rives éternelles où Dieu possède la plénitude de la vie. Et, si, pour nous qui sommes entraînés par ses ondes fugitives, les faits qui se produisent et qui en marquent la durée ne nous apparaissent que successivement, il n’en est pas ain de Dieu qui promène son regard sur ce fleuve rapide et l’embrasse dans tout son parcours.

Sorti de l’océan sans rivages”pour y retourner, le temps est tout présent aux yeux de Dieu. En définitive, il se meut pour nous, mais il est fixe pour le Créateur de toutes choses.

D'ailleurs, n’allons pas croire que l'Eternel soit le simple spectateur des événements passés, présents et futurs, et qu’il promène un stérile

r-gard sur les faits et les choses que nous dérobe l'avenir, * Dieu est avant tout créateur, et, comme tel, il continue de produire à travers les siècles, par l'entremise des causes secondaires, les milliers d’êtres qui s’empressent de répondre à son apprl e‘ viennent s> placer, d’après l’ordre voulu par lui, dans la période de temps qui leur est assignée.

Non seulement il appelle à l'existence ce qui a l'être et la vie, mais de plus il coopère aux libres actions des hommes, qui se flattent néanmoins de mener à leur gré les événements qui les concernent.

Comment Dieu peut-il agir sur la volonté humaine et lui donner même de vouloir et de perfectionner ce qu’elle veut sans porter atteinte à sa liberté, ennemie de toute contrainte ? C’est le secret du Créateur qui sait proportionner son action toute puissante et universelle à la nature des causes secondaires qu’il a façonnées de ses mains.

Ce qui est certain, c’est que la puissance divine qui soutient les astres dans l’espace, soulève les flots de l’océan, fait croître les plantes ct donne aux animaux le mouvement et la vie,

re s'arrête pas au monde matériel dans sa pro- digieuse fécondité ; elle franchis les limites de la matière animée et, pour maintenir ses prérogatives de cause première et un‘verselle qui lui

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appartiennent à cause de la plénitude de son être, elle envahit le monde spirituel qui s’illumine et s’embrase par sa salutaire influenec, Elle soutient nos facultés mentales,leur imprime le mouvement, les pénètre de sa vertu au moment de l’action, et,-sans assumer leurs défauts où endosser leurs fautes, elle réclame la prorriété souveraine de nos actes dont nous ne sommes que les instruments conscients et libres.

C’est ainsi que, suivant la profonde réflexion de Bossuet, “ l’homme s’agite et Dieu le mène.”

Maintenant, ‘est-il étonnant que Dieu, l’auteur du ‘présent, du passé et de l'avenir, qui mène à son gré les événements et les choses, qui fait et défait les empires, qui donne la victoire aux conquérants et permet parfois l'oppression du faible, qui gouverne en un mot le monde moral aussi bien que le monde physique ; est-il étonnant, dis-je, que Dieu connaisse les mystères de l’avenir ?

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