CHAPITRE IV
L'EXISCENCE DE DIEU Peut-on nier l'existence de Dieu et avoir le complet usage de sa raison ?
Cicéron ne le pense pas. “ L'existence de la divinité, dit-il, est d’une évidence telle que je
: regarderais difficilement comme sain d’esprit À l’homme qui la nierait ”.
Le grand orateur romain n’est pas flatteur, comme on voit, pour les défenseurs de l’athéisme.
Platon se montre un peu moins sévère à leur égard, sans cependant leur ménager son indignation qu’il adoucit légèrement, pour leur donner ses Suaves enseignements.
Je n’ai pas à me prononcer sur l’état mental des négateurs de Dieu, je me contentersi de les signaler quelque peu à l'attention du lecteur
avant de réfuter leur monstrueuse erreur.
L’athéisme a certainement existé dans l’antiquité païenne. Le dixième livre de Platon sur les Lois l’atteste clairement, mais à l’état d’er. Ception un peu comme ces phénomènes contre nature qui provoquent parfois notre étonnement
et viennent à point confirmer les lois ordinaires qui régissent lo monde physique.
Mais quand le christianisme répandit ses In mineux enseignements sur le monde, il fit disparaître graduellement la plus ténébreuse der erreurs de l’incrédulité, “et, durant de longe: siècles, dit Mgr Laforet, l’histoire ne présent que de loin en loin quelques athées qui furen! un objet d'horreur pour leurs contemporains ”?
“ L’athéisme n’est point, disait La Bruyère au XVII siècle. Les grands qui en sont le plu soupçonnés, sont trop paresseux pour décide en leur esprit que Dieu n’est pas : leur indolenc: va jusqu’à les rendre froids et indifférents su cet article capital, comme sur la nature de leu fine et sur les conséquences d’une vraie reli gion ; ils ne nient ces choses ni ne les accordent ile n’y pensent pas ”. (1)
Le dix-neuvième siècle si fécond en grande choses, semble avoir donné une impulsion not velle aux aberrations les plus étranges de l’e: prit humain. Non content d’avoir fait renaîtr de ses cendres le panthéisme de Jordano Brun et de Spinosa dans les écrits et enseignements d Victor Cousin, de Pierre Lerous, et de ce ma heureux abbé de Lammenais ; il nous a doi d’une véritable légion de professeurs, d’écrivair
(1) Caractères, Chap. XVI.—Des erprits-forts.
maires 1 feuilletonistes, journalistes, et de prétendus philosophe. jui n’ont pas craint de relever le drases In- peau discrédité de l’athéisme. Tous n’ont pas le dispa- 9 ton tranchant et décisif d’un Proudhon, d’un e des 2 Darwin, d’un Arnold Ruge, d’un Feuerbach ; Jones US Plusieurs même consentent volontiers à laisser 6 into D au maître du monde le bénéfice du doute ; mais furent ls sont unanimes à trouver insuffisantes les ains ”. M Preuves de l’existence de Dieu.
ruyère, Que voulez-vous ? Ces messieurs à cravatc le plus M blanche ont fait un rêve qui ne manque pas décider "d'être alléchant. Ils se sont imaginé qu’en rayant
du nombre des êtres, le créateur et maître absolu le toutes choses, ils allaient prendre sa place,eux
lolence nts sur
Fe u leurs descendants, et devenir, sinon les maî- "A res de l’univers du moins leur propre divinité. ordent, De là leur arrogance vis-à-vis de Dieu. Qu'il #ienne à nous ! semble-il dire, qu’il se prérrandes ne devant l’une de nos sociétés de savants, ou n nou- du il daigne au moins ge soumettre aux épreuves de l’es- décisives d’une analyse, et nous croirons en lui! renaître MR L'expérience, l'expérience ! ” répètent-ils en Bruno Mrhoeur, Voilà l’unique moyen de connaître la ents de vérité.
ce mal-ÆSS En d’autres termes, Dieu ne peut être connu a doté que par les cinq sens. S'il est esprit, tant pis crivains ESSpour lui.
Et votre raison, qu’en faites-vous braves
gens f.. Si cette arme vous est inutile, nous allons la ramasser et nous en servir.
Dieu existe.
C'est l'affirmation que répètent les générations qui se sont succédées sur le globe et qui se reproduit sur des tons variés dans les différentes contrées du monde, C’est la réporse de l’enfant, quand on lui propose le grand problème de son origine. C’est aussi le cri qui s'échappe de la bouche du malheureux, quand il cherche au milieu de ses infortunes un consolateur et un appui.
C’est enfin la parole de suprême espoir que murmure la bouche décolorée du mourant sur le point de rendre le dernier soupir.
Une pareille croyance, qui est le résultat d’une conviction si profonde et qui semble en quelque sorte inhérente à notre nature, ne saurait être basée sur l'erreur.
Humanité, rassure-toi, le Dieu que tu adores, en qui tu espères, n’est pas un personnage imaginaire. Il existe, et si haut qu’il soit dans l'échelle des êtres il n’est pas impossible à notre raison de l’atteindre.
Dieu existe, et voici pourquoi.
Il y a dans le monde où nous vivons une foule de faits assez faciles à constater : par exemple le mouvement de certains corps ; les relations de cause et d'effet ; la contingence des êtres qui
nous entourent ; la plus ou moins grande perfection des choses qui s’étalent sous nos yeux, et enfin l’harmonieux concours des parties de l’univers à une fin commune.
Est-ce admis ?
Eh bien, je demande aux doctes défenseurs de l’athéisme de m'expliquer, sans recourir à l’action divine, ces faits connus de tout le monde.
Ainsi, prenons le mouvement.
Rien n’est plus simple, en apparence, que l’explication scientifique du déplacement des corps : une force survient et la masse s’ébranle.
Ceci s’exprime à grand renfort de formules.
Mais cette force elle-même, qu’on l’appelle Comme on voudra, pesanteur, chaleur ou électricité, qui donc la produit ?
Est-ce une propriété de la matière ; ou bien, reine et dominatrice des choses matérielles, estelle complètement indépendante des objets qu'elle met en mouvement 2...
Une force détachée de tout corps se promenant à travers l’espace, cherchant de la besogne comme un ouvrier en congé ! Ce serait délicieux !
C’est done une propriété de la matière,ou plutôt le résultat d’une action matérielle.
Or, comme cette action ne peut se produire
üns que la matière soit en mouvement, il reste
à expliquer le premier motus où ébranlement de la susdite matière.
Il peut se faire que je sois pessimiste mais je n’ai qu’une médiocre confiance dans les explications des physiciens sur la question en litige. J'aime mieux m'en rapporter à la philosophie qui tranche le différend en faisant intervenir un premier moteur immobile, c’est-à-dire Dieu.
Et n’allons pas croire que la philosophie y aille en aveugle, avec cette naïve crédulité qu’on lui prête parfois ou cette prétentieuse ignorance qui se berce de subtilités et cherche midi à quatorze heures. Non, cette vénérable science em-
ploie de bons gros arguments qui ont tenu jusqu'ici en échec les objections sophistiques de l’incrédulité.
Voici comment elle procède : Il y a, dit-elle, une foule de choses qui se meuvent, s’agitent, se déplacent, sont sujettes au changement et qui, par leurs majestueuses évolutions, renouvellent à chaque instant l’aspect de l’univers.
Or, il est impossible d’expliquer en dernière analyse, le moindre frémissement du plus petit des corps, sans recourir à un premier point d’appui, indépendant lui-même de toute puissance étrangère, en d’autres termes, à un premier moteur immobile qui, sans le recevoir, imprime le mouvement à tout ce qui se meut.
La raison de cette nécessité d’un premier moteur se trouve dans la nature même du mouve tuent qui se produit de telle façon que :“* Tout ce qui se meut est mu par un autre ”. Omne quod movetur ab alio movetur.. J’écarte ici la preuve métaphysique un peu trop abstraite pour ne m'en tenir qu’à l'expérience. Ainsi, la pierre s'ébranle sous l’action du levier qui reçoit son impulsion de la main qui l’emploie. La main elle-même ne fait qu’obéir à la tension des nerfs, et ces derniers sont les fidèles agents de la volonté.
Mais la volonté, qui donc la met en opération ?...
Je pourrais continuer la marche ascendante de mobiles en moteurs que nous avons comtnencée, mais je m’arrête, car je m’ aperçois eu je suis sorti du monde matériel et je ne m’accupe présentement que du mouvement local.
La conséquence de la proposition de l’Ange de lécole est assez facile à prévoir.
Tout mouvement ne peut s'expliquer que par un premier moteur, Autrement, pas de second, de troisième,. .., de dernier moteur, et rien ne bouge.
Or, le premier moteur est nécessairement mobile ou immobile. Dans le premier cas, je me trouve en présence d’un moteur en mouvement qui ne se meut qu’en autant qu’il est mû ; je
ne sais comment éluder le principe métaphysi. que: Omne quod movetur ab «lio monetur, et il me faut recourir à un autre moteur qui luimême ne peut être premier,
Dans le second, tout est bien, et, si dans la Cause puissante qui agite l’univers je trouve an point d'appui convenable aux différents leviars qui soulèvent les mondes, je vois avec plaisir expirer dans son irmnobilité la série des moteurs qui nous menaçaient d’être interminables.
La nécessité d’un premier moteur immobile sa Confirme par l’expérience.
“Vous immobilisez, dit Monsabré, en un de ses points le levier dont vous vous servez pour soulever une masse, vous voulez donner un:
impulsion, et plus l’impulsion est forte, plus vous en affermissez le point de départ ; si donc tout mouvement particulier prend son point d’appui sur une immobilité relative, il faut conclure que le mouvement général s'appuie sur l’immobilité absolue, c’est-à-dire sur l’irréceptibilité totale de toute motion. En d’autres termes,
le premier moteur donne tous les mouvements et n’en reçoit aucun.”
il existe donc un être immobilisé dans sa puissance qui est le centre de tont mouvement, le foyer d’où rayonne une action incessante qui se transmet comme les ondes vivifiantes et lumineuses d’un astre radieux jusqu'aux confins du
monde, et se résout par la marche harmonieuse des astres à travers l’espace, le soulèvement des flots de l’océan et l’étonnante variété des phénomènes de la nature.
Cet être merveilleux qui doit être éternel, puisqu'il est immuable, ne saurait être que Dieu. A Dieu seul, en effet, peut convenir un paeil rôle qui tout en ne dévoilant qu’une partie de ses divins atributs, n’en laisse pas moins entrevoir son infinie et incomparable grandeur.
Enfin, il est indubitable que Dieu existe. Car, parmi les objets qui viennent à notre connaissance, il y a des effets provenant de causes diverses. En les voyant se produire, nous leur assignons à chacun une origine : ceci est l’oeuvre du feu ; cela a été renversé par le vent, etc. Il arrive aussi que nous restons indécis sur la nature de la cause de tel ou tel phénomène.
Quoi qu’il en soit, nous sommes unanimes à reconnaître les œuvres de l’homme. Il ya, en cffet, dans ce qu’il fait un caractère distinctif, une espèce de cachet qui dénote l'intelligence. Par exemple, l'emploi de différents moyens Pour arriver à une fin unique. Ainsi, ces pierres réunies en un même endroit, reliées ensemble par le ciment ; ce bois découpé, fendu, travaillé et ajusté à l’aide du fer qui fut lui-même extrait des entrailles de la terre, et mille autres choses encore que renferment nos demeures ;
tout cela n’indique-t-il pas le souci qu’a l’homme de se mettre à l’abri des intempéries des saisons Ÿ
L'instinct si admirable chez certains animaux fera bien quelque chose dans ke même sens.
Mais aussi quelle différence dans le nombre et la variété des moyen: !
Quoi qu’il en soit, aussi souvent que nous sommes en présence d'objets différents, surtout Frivés de connaissances, concourant au même but, nous disons sans craindre de nous tromper : il a passé ici une cause intelligente ou peu s'en faut.
Or, si je porte mes regards non plus sur un édifice si admirable qu’il soit, mais sur le vaste univers que borne l'infini, je m’aperçois que tous les être. qui le composent, depuis les mondes se promenant dans l’espace jusqu'aux insec- ‘es que désaltère la rosée du matin, concourent Par leurs modes d'action à lui procurer une harmonieuse unité.
Voyez l’humble fleur perdue au fond d’un vallon solitaire : l’astre éblouissant, le roi du jour, lui prête ses chauds rayons ; la brise qui la rafraîchit lui amène aussi des océans lointains le bienfaisant nuage qui doit la désaltérer. En retour, elle donne à l’abeille le miel et le pollen: et charme l’oeil de l’homme tont en répandant Fur son passage le plus suave parfum.
Comment peut-il se faire maintenant que cette innombrable armée d'êtres, en apparence si disparates et pour la plupart privés de raison, se meuvent ainsi tous d’une pièce vers un terms commun, à la conquête de l’ordre universel 2...
Dites, vous qui avez salué l’homme (en voyant sa demeure) n’est-ce pas l’œuvre d’une cause, puissante, universelle et intelligente qui e’appelle Dieu dans toutes les langues ?
Pour écarter l’idée de Dieu, l’athéisme est forcé d’admettre que la matière;aidée du hasard, a fait le monde tel que nous le voyons.
Il n’est pas d’aveugle plus aveugle que celui qui ne veut pas voir, disons-le encore.
Ainsi, il serait absurde de supposer que la matière, aidée du hasard, a construit St-Pierre de Rome, le Louvre, la cathédrale de Chartres ou même la plus misérable chaumière.
Il serait également ridicule de prétendre que la matière, aidée du hasard, a fait un steamer, une locomotive ou une horloge.
Car, enfin, si le hasard est parfois capricieux, et s’il arrive que par lui un rocher ressemble à une forceresse et même à une tête de vieille femme (1), il y a des bornes aux résultats qu’il peut obtenir dans ses jeux fantaisistes.
(1) Comme le rocher de la Grand’mère dans le ccmté de St-Maurice P. Q.
Or, de tous les édifices créés par le génie de l’homme, de toutes les merveilles de son industrie, et de tous les chefs-d’oeuvre dûs à son goût artistique, il n’en est point qui puisse être mis en parallèle avec le dernier des êtres vivants, fût-ce un simple brin d’herbe.
Quelle est donc la statue de Phidias et de Praxitèle qui soit aussi parfaite, que la seule enveloppe du corps humain ? Et cependant, l’intérieur est encore plus merveilleux.
Quel est le palais ou la basilique aussi imposants que le monde, que notre terre verdoyante, hérissée de forêts et de montagnes, seméc de lacs, sillonnée de rivières, couverte aux deux tiers des eaux sombres de l'océan et dominée à des hauteurs incommensurables par la voûte izurée ou scintillante des cieux ?
Si le hasard et la matière ont fait le monde, il faut de toute nécessité qu’ils soient souverainement intelligents et puissants.
Il faut que cette matière soit immobile, nécessaire, incausée, parfaite et intelligente pour jouer le rôle qu’on lui assigne dans le mouvement universel, dans la série des causes, dans l'échelle des êtres. Il faut, en un not, qu’elle soit Dieu lui-même
L’athéisme n’a pas eu la main heureuse en remplaçant Dieu par la matière, puisqu'il rem-
LES PRÉAMBULES DE LA Fol 57
place Dieu par Dieu. Le nom seul est changé.
La matière, du reste, proteste énergiquement Par son imperfection même contie une pareiile substitution. Car, nous le verrons tout À l'heure, Dieu est immatériel.