LA NATURE ET LES ATTRIBUTS DE DIEU
Dieu existe !
Mais, répondent les incrédules de toutes les nuances, cela est bien possible, il serait même fort étrange que rien de réel ne correspondit au nom de la divinité qui se trouve. sur toutes les lèvres. Seulement, une chose nous inquiète : on est loin d’être fixé sur la nature du créateur et maître de toutes choses, Les notions de la divinité à travers les siècles et chez les différents peuples ont été d’une inconcevable variété : matériel et multiple chez les soi-disant Faÿens ; spirituel et unique chez les juifs et les chrétiens ; embrassant dans son être l’univers entier pour se confondre avec lui ou se rapetissant aux limites restreintes d’un crocodile ou
d'un éléphant,voire même d’un serpent ! Dieu a été le jouet de toutes les imaginations, et,comme l’affirme Bossuet, aux yeux des peuples affolés en quête de religion : “ Tout était Dieu excepté Dieu lui-même ! ”
Conclusion : Avant de lui adresser nos hommages, nous désirons savoir ce qu’il faut penser de Dieu.
Allons ! braves gens, votre désir est légitime et, pour peu que vous nous en donniez le temps, nous allons le satisfaire. Seulement, vous me permettrez de négliger les doctrines monstrueuses du panthéisme, qui s’imagine voir Dieu dans l’insccte qui bourdonne aussi bien que dans les plus grandes sphères de la voûte des cieux. Je <onseille tout simplement aux défenseurs de cet athéisme déguisé, de méditer pendant un quart d'heure le principe philosophique : Actiones sunË personarum, cela leur remettra peut-être en mémoire l’incommunicable personnalité divine,
Ici, je regrette d’avoir à conduire le lecteur sur les hauteurs de la théologie naturelle, et surtout de lui mettre sous les yeux les termes un peu abstrait de la scolastique ; mais en théologie comme en chimie, en physique, et, de fait, dans toutes les sciences il y a un langage spécial dont on ne pourrait que difficilement s'éloigner.
LES PRÉAMDULES DE LA Fol 59
D'ailleurs, si l'ascension vous fatigue, passez outre,
J’aborde immédiatement la question, et, me plaçant bien en face du matérialisme, je proclame que Dieu créateur de toutes choses, y compris la matière, est un très pur esprit absolument exempt de toute composition. La matière a certainement son importance dans le commerce et l’industrie, surtout chez certains peuples où le dieu dollar joue un rôle prédominant, Quoi qu’il en soit, le métaphysicien, qui apprécie les choscs par leur nature et non par la somme des jouissances qu’elles donnent aux appétits grossiers, l’a bien vite rejetée du sein de la divinité ; d’abord, à cause de son imperfection, car elle n’est rien‘par elle-même si ce n’est uno certaine possibilité de devenir quelque chose : et ensuite, à cause de sa composition, dans les corps, de parties intégrales ou essentielles. Cette dernière condition de la matière corporelle l’empêche d’être première dans l’ordre de l'existence ; le composé est, en effet, toujours postérieur à ses parties.
Or, Dieu, comme il appert par les preuves de ‘on existence, est tout à fait premier, rien en lui ne vient en second lieu ; autrement il lui faudrait renoncer à son titre de premier moteur universel, qui en fait un acte pur, et de cause
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première, qui exclut de son être tout ce qui est effet.
Conclusion : Dieu est immatériel et, comme il subsiste par lui-même, il doit être spirituel,
Arrière done, innombrable armée d’êtres gracieux cu terribles qui, pendant des siècles, sous formes d'hommes, d'animaux ou de plantes, sous des noms d’astres, de fleuves et de mers, avez recueilli, les suprêmes honneurs de la divinité ! Votre règne dû à l'ignorance et à la dé- Pravation est maintenant fini, au moins dans la partie du monde civilisé.
Le véritable Dieu r’a rien qui vous ressemble, Seuls l’ange et l’homme nous cffrent de lui une imparfaite image par la spiritualité, l’un, de sa nature, l’autre, de son âme et par leurs communes opérations qui se rapportent au vrai et au bien universel.
Cependant, quelle incommensurable distance les sépare l’un et l’autre de la très simple et très parfaite nature divine !
Je ne parle pas de l’âme humaine qui tient le bas de l'échelle dans le monde spirituel et qui, enchaînée à la matière, se traîne péniblement dans le chemin conduisant à la vérité ; je fais surtout allusion à la nature angélique, si parfaite pourtant, et toute resplendissante des lumières de la vérité infuse.
t Les chérubins, en effet, ou les séraphins qui
sont les premiers des esprits célestes à recevoir les rayons éblouissants que projette de son trône le divin Soleil de justice, ne peuvent, toutefois, éviter une terrible distinction qui s'établit entre l1 lumière reçue et leur intelligence illuminée,
Il y a plus, ces merveilles de la création spirituelle, que nous pouvons comparer à de magnifiques globes de cristal qui ne sont radieux que d'un éclat emprunté à l’astre du Jour, n’ont pas même à se glorifier de leur e: -tence indestructible et immortelle,
L’implacable distinction que nous avons obscrvée en elles, entre la puissance et l'opération, revient avec plus de force encore se placer entre lcur essence et leur existence. Car, si, me reporant avant la création, je plonge mon regard dans l’intellect divin, j'y vois leur essence imfrimée, se confondant avec l’essence même de Dieu, quand ces nobles créatures étaient encore l'engées dans les sombres abîmes du néant.
Le Dieu spirituel, qui ravit déjà notre admiration malgré la faible connaissance que nous ‘vons de lui, ne connaît pas ces distinctions re- Posant sur des compositions qui sont à l'extrême limite de la divisibilité.
Il est simple dans son essence et dans son être, Tout ce qui est en lui est lui-même et rien de ce que nous lui attribuons ne saurait se dis-
tinguer de sa nature, qui est à la fois essence et existence, C’est l’acte pur, en un mot, et l’être subsistant par essence.
Amis lecteurs, nous voilà parvenus au point culminant de notre étude sur Dieu. Mais comment soutenir l'éclat éblouissant d’une telle splendeur d’être ? Notre intelligence, accoutumée aux choses mesquines qui nous entourent,se voit obligée de partager l’indivisible nature divine et de lui prêter nos propres perfections en les amplifiant, afin de ne pas être totalement éblouie, aveuglée et frappée d’impuissance par son incomparable grandeur. C’est ainsi que nons allons dire quelques mots des attributs divin.
Les qualités que l’on observe dans les êtres créés sont multiples. Elles semblent tantôt rayonner autour de leur nature pour la modifier sans l’altérer ; et tantôt s'identifier avec elle pour nous la montrer sous différents points de vue dans ses rapports avec le temps, l’espace, le nombre ou l’appétit.
Ce rayonnement complet de l’essence par les notes ou qualités accidentelles se traduit dans les êtres créés par la perfection. Une chose est parfaite, en effet, quand elle a tout le bien qu’elle doit avoir. C’est ce que signifie le mot parfait, c’est-à-dire totalement fait.
Dieu est parfait, puisqu'il est acte pur et qu’il exclut de son être toute puissance, c’est-à-dire
toute possibilité de devenir autre chose. S'il était principe matériel de l'univers, comme le prétendent les matérialistes, nous ne pourrions nous empêcher de reconnaître en Dieu une souveraine imperfection ; mais il est prin sipe actif, cause efficiente de tout ce qui est ; pourrait-il alors ne pas être totalement en acte ou parfait ?
T1 est, du reste, le type de la souveraine perfection dont les êtres plus ou mains parfaits ne sont que les notes affaiblies ou l’incomplète reproduction.
C’est aussi dans sa vertu créatrice que nous retrouvons virtuellement, et d’une manière suréminente, tout ce qui fait la beauté, la vertu on la splendeur de la création.
O Dieu ! je comprends maintenant Ia vérité des paroles du psalmiste : Cœli encrrant gloriam Dei.
Le monde entier n’est qu’un vaste miroir, un livre d’une éloquence surhumaine, où je contemple, inscrite en lettres d’or, votre souveraine ct incomparable perfection. Je devrais me prosterner de suite à vos pieds pour vous rendre mes hommages, mais il me tarde de savoir ce que vous êtes par rapport à mon cœur, ‘fin de pouvoir vous accorder de suite mon amour.
Dieu est souverainement bon, c’est ce que proclame la voix populaire qui qualifie l’être su-
prême du titre de “ Bon Dieu.” C’est aussi ce que nous cnseigne la saine philosophie.
Car en Dieu se trouve le terme de tous les désirs, l’objet souverainement convoité de tous les appétits.
L’humble caillou foulé aux pieds sur la voie publique, les plantes du vallon, l’animal privé de raison, l’homme et l’ange, tous, en poursuivant leur propre perfectionnement, désirent le divin exemplaire qui, en Dieu, représente leur propre nature.
D'où il résulte que Dieu est souverainement désirable, ce qui est le caractère de la bonté. Bonum et appetibile.
Je ne m'étonne plus que le bonheur des chréuens, qui a Dieu pour objet dans le ciel, soit à leurs yeux incomparablement supérieur à toutes les jouissances d’ici-bas, et que, pour l'obtenir, ils s’imposent de si grands sacrifices ; ceci est d'autant plus raisonnable de leur part, que cet être si bon qu’on appelle Dieu n’a rien à redouter des injures du temps.
Car il est éternel.
L’éternité ne saurait se concevoir sans immobilité : C’est la possession parfaite, intermina- $ ble, et toute à la fois, de la vie. (Znterminubilis vite, tota simul et perfecta possessio.)
Or, Dieu est immobile dans con être comme il l’est dans ses actes. Rien en lui ne varie : Tou-
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jours immuable, il voit se dérouler devant ses yeux ce fleuve impétueux, irrésistible, qu’on appelle le temps, où sont entraînées les créatures matérielles sujettes aux changements,
Incréé, du reste, puisqu'il est. première cause, il n’a pas à craindre d’une influence externe une destruction qui répugne à sa nature simple et spirituelle,
Véritablement, il faut bien l'avouer, au grand déplaisir peut-être des incrédules, Dieu est un être à part.
Ccs mcsieurs de la libre-pensée sont iminenses par leur orgueil et leur prétention. Leur science, basée sur l'expérience, est sans contredit la merveille de tous les siècles passés, présents et futurs. Renan n’a pas d’égal et ses disciples seuls, suivant une loi progressive de l’uveuclement humain, pourront le surpasser. Toutefois quand mon esprit se fixe sur Dieu, je sens pälir mon admiration pour ces géants de l'intellisence et je suis forcé de reconnaître qu’ils no sont après tout que néant.
“ Dieu seul est grand,” disait Massillon , en face d’une tombe royale. Dieu seul est infini,
répètent des milliers de créatures sorties de scs mains.
Infini ! Ce mot réveille en notre esprit quelque chose qui le dépasse. Quoi, reculer sans
cesse les limites pour n’arriver jamais à aucun terme !...
Des astronomts, comme Flammarion, ont soutenu l’infinité des espaces sidérales. Ils n’ont pas songé, les malheureux, que l’espace comme le nombre requièrent nécessairement des bornes quand on les applique à quelque chose de réel.
Il n’en est pas ainsi de Dieu ; son être est illimité, puisqu’il est acte pur.
Si l’on examine,en effet, les bornes ordinaires des choses créées, on s'aperçoit qu’elles procèdent de la matière quantitative plus ou moins étendue, ou de la forme spécifique qui reçoit l'être en le limitant. Retranchons la matière, et nous aurons une forme ou nature illimitée en tant que nature ; mais si, par un dernier effort, nous faisons de l’être, l’essence même d’une chose, nous lui enlevons alors ses dernières limites et nous restons avec l'infini ou l’être sans restriction.
C’est bien le cas de Dieu, inutile de le répéter ; on l’appelle pour cela l’infiniment grand, linfiniment puissant, l’infiniment parfait.
Tout en lui est océan sans rivage, puisque tout se confond avec son être véritablement sans limites.
L’immensité de Dieu, qui met l’être divin en regard avec lo lieu,n’est que la conséquence de son omniscience, à laquelle rien n’est caché, et
de son action toute puissante et universelle qui produit, conserve et meut dans leurs opérations, des milliers d’êtres qui peuplent les mondes.
Dieu embrasse l’espace comme le temps sans en être mesuré. Son immensité, comme son éternité, indivisible et immobile, pénètre tout ; elle plane au milieu des astres, soutient l’humbla brin d’herbe, et, quand on l’interroge du fond des enfers ou dans la splendeur des cieux, elle répond : “ Adsum,” me voici.
Maintenant, 6 mon Dieu, nous voilà fixés sur plusieurs de vos divins atiributs, permettez-nous une dernière question : Dites-nous ce que vous être en rapport avec le nombre ?— Dominus Deus noster Deus unus est.
La réponse n’a pas tardé, mais, comme on ne Yous croit pas sur parole, je suis forcé d’apporter à l’appui de votre témoignage les pauvres arguments de la raison.
Dieu est l’être subsistant par essence et il doit avoir, par conséquent, la plénitude de l’être.
Tout ce qui viendrait lui retrancher la moindre parcelle d’entité lui enlèverait sa divinité.
Les créatures qui subsistent en dehors de Dieu lui sont redevables de leur existence, qui n'est que la participation de l'être divin, et Dieu ne cesse pas d’être Dieu parce qu’il est créateur,
68 LES PRÉAMBULES DE La Ful
Mais un autre Dieu, incréé et indépendant dans son être de notre créateur, serait quelque chose que notre Dieu ne serait en aucune façon.
C’est pourquoi il faut : de deux choses l’une, ou n'avoir qu’un Dieu ou n’en admettre aucun. Or, comme la divinité s’affirme de bien des manières et qu’elle nous est, jusqu’à un certain point, connue, nous préférons éconduire poliment de l’olympe les dieux immortels du polytéisme pour conserver à J éovah, seul et unique, l’hcmmage de notre admiration, en attendant que la religion vienne nous prescrire à son sujet d’autres devoirs.
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