Fourrure de mouton
cherchait de quoi s'acheter quelques peaux de mouton pour se faire une chouba neuve.
Vers l'automne, il avait ramassé quelque argent; et trois roubles en papier se trouvaient dans le coffre de la baba. On leur devait aussi cinq roubles et vingt kopeks dans le village voisin. Un matin, le cordonnier résolut d'aller acheter les peaux de mouton. II endossa la jaquette en nankin ouaté de la baba, mit par-dessus un caftan de drap, plaça les trois roubles dans sa poche, prit son bâton et partit après avoir déjeuné.
— Je toucherai les cinq roubles du moujik, pensait-il, j'y ajouterai mes trois, et j'achèterai des peaux pour une chouba.
Arrivé au village , il se rendit chez le moujik. 11 n'était pas là : la baba promit d'envoyer son mari avec l'argent dans la semaine, mais elle ne donna rien.
Chez un autre, on lui jura qu'on n'avait
rien pour le payer; on ne lui donna que vingt kopeks pour un ressemelage. Le cordonnier croyait pouvoir acheter les peaux à crédit ; mais le marchand ne voulut pas lui faire crédit.
— Apporte-moi l'argent, dit-il, et alors tu choisiras les marchandises que tu voudras; car nous savons combien il est malaisé de nous faire payer.
Le cordonnier ne fit pas d'affaires ; il ne reçut, avec les vingt kopeks pour un ressemelage, qu'une vieille paire de valenki 1 qu'on lui donna à raccommoder.
Il s'en alla, fort triste, au cabaret, boire ses vingts kopeks, puis se remit en route sans les peaux. Le matin, il avait eu froid tout le long du chemin, mais, après avoir bu, il avait chaud, et sans chouba. Le voilà qui trotte, qui frappe de son bâton le sol glacé; il s'égaie, il fait tournoyer les valenki ; il se disait :