‹ A la recherche du bonheur; traduit et précédé d'une préfaceChapitre 21 sur 31 · Commissaire de police · texte numérisé non relu

Commissaire de police

Akséaov regarda, vit un couteau taché de sang; c'était de sou sac qu'on l'avait retiré, et la terreur l'envahit.

— Et pourquoi ce sang sur le couteau?

Akscnov voulut répondre, mais il ne pouvait articuler un seul mot.

— Moi... je ne sais pas... moi... un couteau... moi... il n'est pas à moi.

Alors l'ispravnik dit :

— On a trouvé ce matin le marchand égorgé dans son lit. Hors toi , personne n'a pu commettre le crime. L'isba était fermée en dedans,et, dans l'isba, personne que toi. Voilà, de plus, un couteau taché de sang qu'on a trouvé dans ton sac. D'ailleurs, ton crime se lit sur ton visage. Avoue tout de suite comment tu l'as tué, combien d'argent tu as volé.

Aksénov jure Dieu que ce n'est pas lui le coupable; qu'il n'a pas vu le marchand depuis qu'il a pris le thé avec lui, qu'il n'a que son

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propre argent , 8.000 roubles, et que le couteau n'est pas à lui. Mais sa voix s'étranglait, son visage était devenu pâle et il tremblait de peur comme un coupable.

L'ispravnik ayant appelé les soldats, ordonna de le lier et de le placer dans la voiture. Lorsqu'on l'eut mis dans la voiture, les pieds garrottés, Aksénov se signa et pleura. On lui prit tous ses effets avec son argent, et on l'envoya à la prison de la ville voisine. On fit faire une enquête à Vladimir; tous les marchands et habitants déclarèrent qu' Aksénov, quoique ayant aimé dans sa jeunesse à boire et à s'amuser, était un honnête homme. Puis l'affaire se jugea ; on l'accusait d'avoir tué le marchand deRiazan et de lui avoir volé 20.000 roubles.

La femme d'Aksénov était dans la désolation et ne savait que penser. Ses enfants étaient tout petits; l'un d'eux tétait encore. Elle les prit tous avec elle et se rendit clans la ville

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où son mari était emprisonné. D'abord on lui refusa de voir son mari, puis, sur ses instauccs on le lui permit. En l'apercevant dans son costume de la prison, enchaîné, confondu avec des brigands, elle tomba par terre et ne put, de quelque temps, revenir à elle. Puis elle posa ses enfants auprès d'elle, s'assit à côté d'Aksénov, lui rendit compte des affaires du ménage et lui demanda le récit de tout ce qui lui était arrivé. Il lui raconta tout. Et elle dit :

— Comment faire à présent?

— Il faut aller supplier le tzar, répondit-il. Car cela ne se peut pas, que l'innocent soit puni.

Sa femme lui dit alors qu'elle avait adressé une supplique au tzar ; « mais elle ne lui aura pas été transmise, » dit-elle.

Aksénov ne répondit pas et resta accablé.

Et sa femme lui dit :

— Il n'était pas vain, le rêve que je fis, t'en

souviens-tu, quand je te vis avec des cheveux blancs. Te voilà véritablement tout blanchi par le chagrin. Tun'aurais pas dû partir alors. Elle se mit à lui passer la main dans les cheveux, et dit :

— Vania1, cher ami, dis la vérité à ta femme... N'est-ce pas toi qui l'as tué?

Et Àksénov dit :

— Et toi aussi, tu le penses !

Il cacha son visage dans ses mains et pleura.

Un soldat parut; il annonça à la femme et aux enfants qu'il était temps de se retirer. Aksénov dit pour la dernière fois adieu à sa famille.

Quand sa femme fut partie, il repassa dans sonespritla conversation qu'ils venaicntd'avoir. En se rappelant que sa femme y croyait aussi,

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