Seigneur, maître du sol
LE MOUJIK PAKHOM 197
doit être ; et à présent elle lui parait tout autre.
Ainsi vivait Pakhom dans le bonheur. Tout allaitbien. Mais voilà que les moujiks se mirent à faire de fréquentes irruptions dans les blés et les prairies de Pakhom. Il les priait de cesser, eux continuaient. Tantôt les bergers laissaient les vaches entrer dans les prairies, tantôt c'étaient les chevaux qui allaient dans les blés. Et Pakhom les en chassait et pardonnait, et ne voulait pas aller en justice.
Puis il se fâcha, et alla se plaindre au tribunal de baillage. Il savait bien que les moujiks agissaient ainsi, non par mauvaise intention, mais parce qu'ils étaient à l'étroit, et il pensait en lui-même :
— Je ne dois pourtant pas pardonner toujours, autrement on me mangerait tout. IL faut faire un exemple.
Il fit un premier exemple, il fit un second exemple en traduisant en justice un autre moujik. Les moujiks voisins se fâchèrent contre Pakhom. Ils se mirent cette fois à envoyer paître exprès sur sa terre. Une nuit, quelqu'un vint dans le petit bois et coupa une dizaine de tilleuls pour faire des tilles. Comme il traversait la forêt, Pakhom voit quelque chose de blanc, il s'approche et aperçoit par terre des tilleuls écorcés. Il ne restait plus en terre que les souches. S'il n'avait abattu que les arbres de la lisière, s'il en avait au moins épargné un seul ! Mais le brigand avait tout coupé !
Pakhom s'indigna.
— Ah ! pensait-il, si je savais qui a fait cela, je me vengerais !