C'est le nom qu'on donne en Russie aux femmes de moujik
Le veau tendit l'oreille, écouta, et courul vers la baba; il alla tout droit à elle, et frotta si fort sou museau contre elle, qu'elle en faillit tomber. Et les moujiks furent contents, et la baba et le veau furent contents.
Le filleul marcha plus loin, et pensa :
— Je vois maintenant que le mal se multiplie par le mal. Plus les gens poursuivent le mal, plus ils l'accroissent. On ne doit donc pas détruire le mal par le mal. Et comment le détruire? Je ne sais. C'est bien que le veau ait écouté sa maîtresse : mais s'il ne l'avait pas écoutée, comment le faire venir?
Il réfléchissait, réfléchissait, le tilleul, sans pouvoir trouver de solutiou. Il marcha pins loin.
Il marcha, il marcha et arriva dans un village. Il demanda à la patronne d'une isba de le laisser coucher dans sa maison. Elle y consentit. Il n'y avait personne dans l'isba, que la patronne eu train de nettoyer.
Le lilleul entra, monta sur le poêle *, et se mit à regarder ce que faisait la patronne. Il vit qu'elle lavait toutes les tables et tous les bancs avec des serviettes sales. Elle essuyait la table, et la serviette sale tachait la table. Elle essuyait les taches, et en faisait de nouvelles en essuyant. Elle laissa là la table et se mita essuyer le banc. La même chose se produisit. Elle salissait tout avec les serviettes
1. Les poêles russes sont en briques, assez larges et «l'une chaleur assez tempérée pour qu'on puisse s'étendre dessus commodément.
sales. Une tache essuyée, une autre apparaissait.
Le tilleul regarda, regarda, et dit :
— Qu'est-ce que tu fais donc, patronne?
— Tu ne vois donc pas que je lave pour la fête ? Mais je ne puis pas y arriver. Tout est sale. Je suis exténuée.
— Mais tu devrais d'abord laver la serviette, et alors tu essuierais.
La patronne obéit, et lava ensuite les tables, les bancs : tout devint propre.
Le lendemain matin, le tilleul dit adieu à la patronne et poursuivit sa route. Il marcha, il marcha, et arriva dans une forêt. Il vit des moujiks occupés à façonner des jantes. Le filleul s'approcha, et vit les moujiks tourner; et la jante ne se façonnait pas
— Que Dieu vous aide! dit-il.
— Que le Christ te sauve ! dirent-ils.
Le filleul regarda, et vit que le support,
n'étant pas assujetti, tournait avec la jante. Le filleul regarda et dit :
— Que faites-vous donc, frères ?
— Mais voilà : nous ployons des jantes. Et nous les avons déjà deux fois passées à l'eau bouillante; nous sommes exténués, et le bois ne veut pas ployer.
— Mais vous devriez, frères, assujettir le support : car il tourne en même temps que vous.
Les moujiks obéirent, assujettirent le support, et tout marcha bien.
Le filleul passa une nuit chez eux, et continua sa route. Il marcha toute la journée et toute la nuit. A l'aube, il rencontra des bergers. Il se coucha auprès d'eux, et vit qu'ils étaient en train de faire du feu. Ils prenaient des brindilles sèches, les allumaient, et sans leur donner le temps de prendre, mettaient par-dessus de la broussàille humide. La
broussaille se mit à siffler eu fumant, et éteignit le feu. Les bergers prirent de nouveau du bois sec, l'allumèrent, et remirent de la broussaille bumide; et le feu s'éteignit de nouveau. Longtemps les bergers se démenèrent ainsi, sans pouvoir allumer le feu. Et le filleul dit :
— Ne vous hâtez pas de mettre de la broussaille, mais allumez d'abord bien le feu, donnez-lui le temps de prendre; quand il sera bien enflammé, alors mettez de la broussaille.
Ainsi firent les bergers. Ils laissèrent le feu prendre tout à fait, et mirent ensuite de la broussaille. Le bois llamba et pétilla.
Le filleul resta quelque temps avec eux, et poursuivit sa route. Il se demandait pourquoi il avait vu ces trois choses, il n'y pouvait rien comprendre.
Le filleul marcha, marcha; une journée passa. Il arriva dans une forêt; dans la foret, un ermitage. Le filleul s'approcha et frappa. Une voix de l'intérieur demanda:
— Qui est là?
— Un grand pécheur. Je vais racheter les péchés d'autrui.
Le vieillard sortit et demanda :
— Quels sont ces péchés d'autrui que tu as sur toi?
Le filleul lui raconte tout: et l'ourse avec ses oursons, et le trône dans le salon scellé, et ce que son parrain lui a ordonné, et ce qu'il a vu dans les champs, les moujiks poursuivant le veau et fouillant le blé, et comment le veau est allé de lui-même vers sa maîtresse.
— J'ai compris, dit-il, qu'on ne peut pas
détruire le mal par le mal : mais je ne peux pas comprendre comment il faut le détruire. Apprends-le moi.
Et le vieillard dit:
— Mais dis-moi, qu'as-tu vu encore sur la route ?
Le filleul lui -parle de la baba de l'isba, comment elle nettoyait; des moujiks, comment ils ployaient la jante ; et des bergers, comment ils faisaient du feu.
Le vieillard écoutait. Il retourna dans son ermitage, et en rapporta unehachette ébréchée.
— Viens, dit-il.
Le vieillard s'avança vers une petite clairière, devant l'ermitage, et, montrant un arbre :
— Abats-le, dit-il.
Le filleul abattit l'arbre, qui tomba.
— Fends-le en trois, maintenant.
Le filleul le fendit en trois.
Le vieillard outra de nouveau dans l'ermitage et en rapporta du feu.
— Brûle, dit-il, ces trois morceaux de bois. Le tilleul lit un feu, et les brûla. 11 eu
restait trois charbons.
— Enfouis maintenant les trois charbons dans la terre. Comme cela.
Le filleul enfouit.
— vois-tu la rivière au piedde la montagne ? Vas-y puiser de l'eau dans ta bouche, et arrose. Ce charbon, arrose-le ainsi que tu as appris à la baba; celui-ci, arrose-le ainsi que tu as appris aux charrons, et celui-là, arrosele comme tu as appris aux bergers. Quand tous les trois pousseront, et que de ces charbons sortiront trois pommiers, alors tu sauras comment il faut détruire le mal.
Cela dit, le vieillard rentra dans son ermitage. Le filleul réfléchissait, réfléchissait; il ne pouvait comprendre ce que lui disait le vieil-
lard. Et il se mit à faire comme il lui était ordonné.
Le tilleul s'approcha de la rivière, puisa de l'eau plein sa bouche , arrosa le premier charbon et marcha encore et encore; il lit cent voyages avant que la terre fût assez mouillée autour d'un charbon. Il recommença alors à arroser les deux autres. Le tilleul S3 fatigua; et il avait faim. Il se rendit chez le vieillard pour lui demander à manger. Il ouvrit la porte : le vieillard était mort sur un banc.
Il regarda autour de lui, aperçut des croûtons et mangea. Il trouva une pioche, et se mit à creuser une fosse pour le vieillard. La nuit, il portait l'eau pour arroser, et, clans la journée, il creusait la fosse. Ce ne fut que le troisième jour qu'il acheva la fosse.
Il allait l'enterrer quaûd arrivèrent du village des gens qui apportaient à manger au vieillard. Ils apprirent que le vieillard était mort après avoir béni le filleul. Ils aidèrent le filleul à enterrer le vieillard , laissèrent du pain, promirent d'en apporter encore : puis ils partirent.
Il resta, le filleul, à vivre à la place du vieillard ; il y vécut, se nourrissant de ce que les gens lui apportaient; et il continuait à exécuter les prescriptions du vieillard, puisant de l'eau à la rivière, et arrosant les charbons. Le filleul vécut ainsi une année. Beaucoup de gens commençaient à le visiter. Le bruit se répaudit que dans la forêt demeurait un saint homme qui faisait son salut et arrosait avec sa bouche des morceaux de bois brûlé. On se mit à le visiter, lui demander des conseils et des avis. De riches marchands venaient aussi chez lui et lui apportaient des cadeaux. Le filleul ne
prenait rien pour lui, sauf ce dont il avait besoin; et ce qu'on lui donnait, il le distribuait aux pauvres.
Et le filleul passait bien son temps : la moitié du jour, il portait dans sa bouche de l'eau pour arroser les charbons , et, l'autre moitié, il se reposait et recevait les visiteurs. Et le filleul se mit à croire que c'était ainsi qu'il devait vivre, ainsi qu'il détruirait le mal et rachèterait le péché.
Le filleul vécut delà sorte une seconde année, et il ne passait pas un seul jour sans arroser, et pourtant pas un seul charbon ne poussait. Un jour, étant dans son ermitage, il entendit un cavalier passer en chantant des chansons. Le filleul sortit voir qui était cet homme; il vit un homme jeune et fort. Ses habits étaient beaux, beaux le cheval et la selle. Le filleul l'arrêta et lui demanda qui il était, et où il allait'.
L'homme s'arrêta.
— Je suis un brigand, dit-il,. je vais par les chemins, je tue les gens. Plus je tue, plus gaies sont mes chansons.
Le filleul effrayé pensa :
— Comment chasser le mal de cet homme? Il est facile de parler à ceux qui viennent chez moi se repentir d'eux-mêmes. Mais celui-ci se vante de ses péchés.
Le filleul voulait s'en aller, mais il pensa :
— Comment faire ? Ce brigand va maintenant passer par ici, il effrayera le monde; les gens cesseront de venir chez moi, et je ne pourrai ni leur être utile, ni vivre moi-même.
Et le filleul s'arrêta, et il se mit à dire au brigand :
— Il vient ici chez moi, dit-il, des pécheurs, non pas se vanter de leurs péchés , mais se repentir et se purifier. Repens-toi aussi, si tu crains Dieu; et si tu ne veux pas te repentir,
va-t-en alors d'ici, et ne viens jamais ; ne me trouble pas, et n'effraye pas ceux qui viennent. Et si tu ne m'écoutes pas, Dieu te punira.
Le brigand se mit à rire.
— Je ne crains pas Dieu , dit-il, et toi, je ne t'obéis pas. Tu n'es pas mon maître. Toi, dit-il, tu te nourris de ta piété, et moi, je me nourris de brigandage. Tout le monde doit se nourrir. Enseigne aux babas qui viennent chez toi; moi, je n'ai pas besoin d'être enseigné. Et puisque tu m'as rappelé Dieu, je tuerai demain deux hommes de plus ; je te tuerais aussi tout de suite, mais je ne veux pas me salir les mains ; et dorénavant ne te trouve pas sur mon chemin.
Ayant ainsi menacé, le brigand s'en alla.
Depuis, le filleul craignait le brigand. Mais le brigand ne passait plus, et le lilleul vivait tranquillement.
A LA KECIIËKCIIE DlT HONHEUH
Le filleul passa ainsi encore huit ans ; il commençait à s'ennuyer. Une nuit, il arrosa ses charbons, revint dans son ermitage, il déjeuna et se mit à regarder les sentiers par lesquels devait venir le monde. Et ce jour-là, personnene vint. Le filleul resta seul jusqu'au soir, et se mit à réfléchir sur sa vie. Il se rappela comment le brigand lui avait reproché de ne se nourrir que de sa piété, et qu'il avait promis de tuer deux hommes en plus, pour lui avoir rappelé Dieu. Le filleul resta songeur, et se remémora sa vie passée.
— Ce n'est pas de cotte façon, pensa-t-il, que le vieillard m'avait ordonné de. vivre. Le vieillard m'a donné une pénitence, et moi j'en retire du pain et de la gloire. Et cela me plait tant, que je m'ennuie quand le monde ne vient
LE FILLE l L 43
pas chez moi. Et quand les gens viennent, je n'ai qu'une joie : c'est qu'ils vantent ma sainteté. Ce n'est pas ainsi qu'il faut vivre. Je me suis laissé enivrer par les éloges. Je n'ai pas racheté des péchés, mais j'en ai endossé de nouveaux. Je m'en irai dans la forêt, dans un autre endroit, pour que le monde ne me trouve point. Je vivrai seul, à racheter les vieux péchés; et je n'en endosserai pas de nouveaux.
Ainsi pensa le filleul; il prit un petit sac de croûtons, une pioche, et s'en alla de l'ermitage, pour se creuser un réduit dans un endroit désert.
Le filleul marcha avec le petit sac et la pioche et rencontra le brigand. Le filleul prit peur, voulut s'en aller, mais le brigand le rejoignit.
— Où vas-tu? dit-il.
Le filleul lui dit son projet.
Le brigand s'étonna.
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A LA KKCJIEHCHE DU HONIIKUH
— Mais de quoi vas-tu vivre maintenant, dit-il, quand les gens ne te visiteront plus?
Le filleul n'y avait pas songé auparavant. Mais, quand le brigand l'interrogea, il y songea.
— Mais de ce que Dieu m'enverra, dit-il. Le brigand ne répondit rien et s'en alla.
— Pourquoi donc, pensait le filleul, ne lui ai-je rien dit de son genre de vie? Peut-être se repentira-t-il maintenant; il semble être plus doux et ne menace pas de me tuer.
Le filleul cria de loin au brigand :
— Et tu dois tout de même te repentir, tu n'éviteras pas la vengeance de Dieu.
Le brigand fit faire volte-face à son cheval, tira un couteau de sa ceinture et le leva sur le filleul. Le filleul prit peur et se cacha dans la forêt.
Le brigand ne voulut pas le poursuivre : il l'injuria et partit.
Le filleul s'établit dans un autre endroit. Il
LK FILLEj L i.i
alla le soir arroser les charbons, et il vit qu'un d'eux s'était mis à pousser, el qu'un pommier en était sorti.
Le filleul évita les gens, et se mit à vivre seul. Les croûtons s'épuisèrent.
— Eh bien! pensa-t-il, je vais chercher des racines.
Gomme il allait les chercher, le filleul remarqua sur une branche un petit sac avec des croulons. Le filleul le prit et se mit à s'en nourrir. Aussitôt que les croûtons s'épuisaient, de nouveau il trouvait un autre petit sac sur la même branche.
Et ainsi vécut bien le filleul.
Il vécut delà sorte encore dix ans. Un pommier poussait, et les deux charbons étaient restés
ce qu'ils étaient, des charbons. Un jour le filleul se leva de bonne heure et alla vers la rivière. Il remplit sa bouche d'eau, arrosa le charbon, y retourna une fois, y retourna cent fois, arrosa la terre autour du charbon, se fatigua et s'assit pour se reposer. Il était assis à se reposer, quaud tout à coup il entendit le brigand passer en jurant.
Le tilleul l'entendit et pensa :
— Il faut se cacher derrière l'arbre, car autrement il me tuera pour un rien, et je n'aurai même pas le temps de racheter mes péchés.
Comme il commençait à passer derrière l'arbre, voilà qu'il pensa :
— Sauf de Dieu, ni le mal ni le bien ne me viendront de personne. Et où pourrais-je me cacher de Lui?
Le filleul sortit de derrière l'arbre, et ne se cacha point. Il vit passer le brigand, non pas seul, mais portant avec lui en croupe un
homme, les mains liées, ia bouche bâillonnée. L'homme gémissait et le brigand jurait. Le filleul s'approcha du brigand et se mit devant le cheval. Le brigand dit :
— Tu es encore vivant! Peut-être désirestu la mort?
Et le filleul dit :
— Où mènes-tu cet homme?
— Mais je l'emmène dans la forêt. C'est le iils d'un marchand. 11 ne veut pas me dire où est [caché l'argent [de son père. Je veux le tourmenter jusqu'à ce qu'il me le dise.
Et le brigand voulait poursuivre son chemin.
Le filleul| saisit le cheval par la bride, ne le lâche pas, et demande la délivrance du fils du marchand. Le brigand se fâche contre le filleul, et lève la main sur lui.
— Laisse, dit-il, autrement tu en auras autant. Ta sainteté ne m'en impose pas. .
Le filleul ne s'effraie pas.
— Je ne te crains pas, dit-il, je ne crains que Dieu. Et Dieu ne m'ordonne pas de lâcher. Je ne lâcherai pas.
Le brigand fronça les sourcils, sortit son couteau, coupa les cordes et délivra le fils du marchand.
— Allez-vous-en tous deux, dit-il, et ne vous trouvez pas une autre fois sur mon chemin.
Le fils du marchand sauta à terre et s'enfuit. Le brigand voulut passer, mais le filleul l'arrêta encore et se mit à lui demanderd'abandonner sa mauvaise vie. Le brigand resta immobile, écouta tout, ne répondit rien et partit.
Le lendemain matin, le filleul alla arroser ses charbons. Voici qu'un autre avait poussé: c'était aussi un pommier.
Encore dix ans se passèrent. Un jour le filleul était assis sans rien désirer, sans rien craindre, et le cœur plein de joie. Et il pensait, le filleul :
— Quelle joie, dit-il, ont les hommes?.. Et ils se tourmentent pour rien. Ils devraient vivre et vivre pour la joie !
Et il se rappelait tout le mal des hommes, comme ils se tourmentent parce qu'ils ne connaissent pas Dieu. Et il se mit à les plaindre.
— Je passe mon temps inutilement, pensaitil. Il faudrait aller chez les gens et leur enseigner ce que je sais.
Comme il pensait cela, il entendit venir le brigand. Il le laissa passer. Il pensait :
— A celui-là, il n'y a rien à enseigner : il
ne comprendra pas. Mais il faut lui parler tout de même. C'est un homme aussi.
Il pensa ainsi, et alla à sa rencontre. Aussitôt qu'il aperçut le brigand, il eut pitié de lui. Il courut à lui, saisit son cheval par la bride et l'arrêta.
— Cher frère, dit-il, aie pitié de ton âme! Tu as en toi l'âme de Dieu! Tu te tourmentes, et tu tourmentes les autres, et tu seras tourmenté encore plus. Et Dieu t'aime tant! Quelles joies il t'a réservées ! Ne sois pas ton propre bourreau. Change ta vie.
Le brigand s'assombrit.
— Laisse, dit-il.
Le filleul ne laisse pas, et les larmes lui coulent en abondance. Il pleure.
— Frère, dit-il, aie pilié de toi.
Le brigand lève les yeux sur le filleul. Il le regarde, ille regarde, descend de cheval, tombe
à genoux devant le filleul et se met aussi à pleurer.
— Tu m'as vaincu, dit-il, vieillard. Vingt ans j'ai lutté contre toi. Tu as pris le dessus sur moi. Maintenant je ne suis plus maître de moi. Fais de moi ce que tu veux. Quand tu m'adjuras pour la première fois , je n'en devins que plus méchant. Je me mis à réfléchir sur tes discours seulement alors que je t'ai vu toi-même te passer du monde. Et depuis, je suspendis à la branche des croûtons pour toi.
Et il se souvient, le filleul, que la baba nettoya la table seulement alors qu'elle eût lavé la serviette; — lui, ce fut quand il cessa d'avoir soin de lui-même, quand il purifia son cœur, ce fut alors qu'il put purifier le cœur des autres.
Et le brigand dit :
— Et mon cœur a changé seulement alors
A LA RECHKKCHE M BOMIEIK
que tu as supplié pour le lils du marchand,, el que tu n'as pas craiut la mort.
Et il se rappelle, le filleul, que les charrons ployèrent la jante seulement alors que le support eût été assujetti; — lui, il cessa de craindre la mort, il assujettit sa vie en Dieu, et son cœur insoumis se soumit.
Et le brigand dil :
— Et mon cœur s'est fondu tout à fait en moi seulement alors que tu as eu pitié de moi, et que tu as pleuré sur moi.
Le filleul se réjouit, emmène avec lui le brigand à l'endroit où se trouvaient les deux pommiers et un charbon. Us s'approchent : plus de charbon, et un troisième pommier avait poussé.
Et il se rappelle, le filleul, que le bois humide s'alluma chez les bergers seulement alors qu'ils eurent allumé un grand feu; — lui, son
cœur s'enflamma en lui, et alluma un autre cœur.
Et le filleul se réjouit d'avoir racheté maintenant tous ses péchés.
Il dit tout cela au brigand, et mourut. Le brigand l'enterra, se mit à vivre comme lui ordonna le filleul, et à son tour il enseignait les gens.
La femme lui dii: Seigneur, je vois
que lu es prophète.
Nos pères ont adoré sur cette montagne, et vous dites, vous autres, que le lieu où il faul adorer esta Jérusalem.
Jésus lui dit: Femme, crois-moi, le le temps vient que vous n'adorerez plus le Père ni sur cette montagne, ni à Jérusalem.
Vous adorez ce que vous ne connaissez point; pour nous, nous adorons ce que nous connaissons; car le salut vient des Juifs.
Mais le temps vient, et il est déjà venu, que les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, car le Père demande de tels adorateurs.
(Ev.selon S1 Jetm, eh. IV, verspts I9-23J
Deux vieillards avaient fait vœu d'aller à Jérusalem en pèlerinage. L'un d'eux était un
riche moujik : il s'appelait Elim Tarassitch Schevelev; l'autre, Elysée Bodrov, n'était pas riche.
Efim était un moujik rangé. Il ne buvait pas de vodka, ne fumait pas de tabac et ne prisait pas; il ne jurait jamais : c'était un homme grave et rigide. Il avait déjà été deux fois staroste *. 11 avait une nombreuse famille : deux fils et un petit-fils mariés, et tous demeuraient ensemble. C'était un moujik vigoureux, droit, barbu : à soixante-dix ans, sa barbe commençait à peine à blanchir.
Elysée était un petit vieillard, ni riche ni pauvre. Il s'occupait jadis de charpenterie ; depuis que l'âge élait venu, il restait chez lui et élevait des abeilles. Un de ses fils travaillait au dehors, l'autre à la maison. C'était un bon homme jovial : il prenait de la vodka, prisait du