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de l'épargne française! Il sut, durant dix années, résister à tous lés désirs, à tous fes emportements — et même à ceux de la pitié. Il était charitable, mais il l'était parcimonieusement, en quelque sorte; et
‘jamais au-delà dés limités qu'il s'était un jour fixées.
Ainsi naquit sans doute la légende de son avarice, qu’il importé de détruire.
Nul ne sut plus exactement ménager son bien et nul n'eut le sentiment plus juste de la valeur et du capital, pas mêmé son illustre beau-père, qui leur avait pourtant consacré quatre gros volumes.
Enfia, il-approcha dù térme qu'il s'était fixé. Six semaines seulement le séparaient de la daté qu'il s'était assignée, lorsque se produisit cette délicieuse péripétie, qui projette sur ce roman domestique un rayon d’héroïsme. Le petit bourgeois de Paris, économe ét prudent, sait ainsi, à certaines heures, s’élever jusqu’à Pépopée.
Un ami vint le voir :
= J'ai besoin de mille francs, sauveéz-moi.
Lafargue donna les mille francs et sacrifia ainsi délibérément la moitié du temps qui-lui réstait.à vivre. Et, trois semaines après, devaänçant ainsi de vingt jours l'heure qu'ils avaient fixée, les déux époux se tuèrent.
On retrouva une lettre, où Paul Lafargue expliquait qu'il ne voulait plus conserver une vie, Où désormais; il n’y aurait plus pour lüi hi quiétude, ni joié. Ainsi ce détracteur du capital ne voulait point survivre à son capital:
Paf une dernière atténtion touchante, il laissait à son jardinier quelques billèts dé cent francs, non, sans doute, pour lui permettre de cultiver son jardin, Ce qui eût été le dernier mot de l’individualisme, mais bien plutôt; semble-t-il, pour rèndre un hommiage discret à la suprême loi se qui institue l'héritage.
Et le parti Socialiste [ui fit des funérailles grandioses,
Telle est l’histoire de Laura et de Paul Lafargue, que leur neveu, le docteur Edgard Longuet nous conte dans le Matin, avec toute la piété qu'il convenait d'apporter à ce récit. :
Je me garderais d’en tirer des conclusions contre le socialisme. Un autre collectiviste éminent a indiqué déjà qu’on pouvait être un apôtre sans être un ascète. Paul Lafargue, qui n’était pas peut-être un ascète, fut au moins un homme simple, puisqu'il sut se contenter de seize mille cent francs de rentes, qui, quoi qu’on dise, ne sont pas le Pérou.
Seulement, lorsque les orateurs de réunions publiques flétrissent la bourgeoisie, nous voudrions qu'ils fissent exception pour des bourgeois comme ceux-là. Ce serait sans doute se montrer trop exigeant que de leur demander à l’occasion un peu d’indulgence pour cet « infâme Capital », sans lequel n’eût pas été possible la merveilleuse et touchante histoire de Laura et de Paul Lafargue, enfants de Karl Marx.
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