MEXICO
Champlain écrivait, il y a deux cent soixante-quinze ans:
“ Tous les contentements que j'avais eus à la vue des choses si agréables de la route, n'étaient que peu de chose au regard de celui que je reçus lorsque je vis cette belle ville de Mechique, que je ne croyais pas si superbement bâtie de beaux temples, pallais et belles maisons.”
Je fus pour le moins aussi agréable.
ment frappé que Samuel de Champlain, et pendant que nous franchissions les
cent
vais le la au e je e je à de
nai-
bleain, les
fortilications provisoires qui ferment l'entrée de la ville et sa garita, je n’eus que le temps de lire ces deux phrases de Gustave Aymard, sur lesquelles j'étais tombé par un curieux hasard :
— L'étranger qui arrive à Mexico au coucher du soleil, par la chaussée de l'Est, une des quatre grandes voies qui conduisent à la cité Aztèque, et qui seule aujourd'hui reste isolée au milieu des eaux du lac de Tezcuco sur lequel elle est construite, éprouve, à la vue de cette ville, une émotion étrange dont il ne peut se rendre compte. L'architecture des édifices, les maisons peintes de couleurs claires, les coupoles sans nombre des églises et des couvents qui couvrent, pour ainsi dire, la capitale tout entière de leurs vastes parasols jaunes, bleus où rouges, dorés par les derniers rayons du soleil à son déclin; la brise tiède et parfumée du soir, qui arrive comme en se
jouant à travers les branches touffues des
arbres, tout concourt à donner à Mexico
un air tout à fait mauresque qui étonne et séduit à la fois. ”
Cette description de l'ancienne capitale de Maximilien ne manque pas de vérité, et ma curiosité était excitée au plus haut point, lor$que nos mules, toutes frémissantes d’impatience, entrèrent au galop dans la vaste cour de l'hôtel Iturbide,
Les claquements formidables du fouet de notre cocher nous annoncèrent que nous étions arrivés dans cette ville de fée, que notre naïve imagination de moutard nous représentait toute bâtie d’or, avec des pavés de saphirs et d’émeraudes.
Rien n'égale la sensation de bien-être que l’on éprouve lorsque l’on quitte une diligence mexicaine, pour mettre le pied dans une chambre bien proprette, où l’on peut secouer la poussière de la route dans un grand bassin d’eau fraîche, étirer ses membres engourdis, chausser une paire de bonnes pantouiHes et fermer l'œil à volonté.
C'était la réflexion que je me faisais, en poussant derrière moi la porte vitrée
du numéro 59, jolie chambrette de l'Hôtel Jlurbide.
Il était déjà huit heures du soir, et en grignottant une cuisse € por:let froid, je me mis à feuilleter un des neu! in-folios de l’œuvre rare et fort iscaerchie par les bibliophiles, que Lord x ‘…gsborough a écrite sur Les antiquités du Mexique, publication princière dans laquelle le noble pair d'Angleterre a englouti toute son immense fortune.
À mesure que les planches magnifiques où sont venus se décalquer les débris de ce que furent jadis les cités populeuses de Cholula, de Ténochtitlan, de Mitla, de Palenqué, de Tlascala, etc. s’'échappaient de mes doigts distraits, pour faire place à d’autres monuments et à d’autres ruines, le passé, grand ct mystérieux, du sol que je foulais maintenant, secouait la poussière des siècles qui s'était affaissée sur lui, et se dressait devant moi comme le spectre d'Hamlet.
Le front appuyé sur mes deux mains, je me mis à faire ce que Volney faisait
sur les ruines de Palmyre : j'essayai de reconstruire pour un instant tout ce passé ténébreux qui était descendu dans l’onbli, en emportant avec lui jusqu'aux traditions les plus simples qui l'avaient illustré.
Alors les questions les plus extraordinaires tourbillonnèrent dans ma pensée,
Comment expliquer cette migration mystérieuse des Toltèques au Mexique vers le septième siècle, chassant devant elle les tribus qui l’habitent, comme les moissons de l'Orient disparaissent devant les courses périodiques des terribles sauterelles du désert, et apportant avec elle des sciences et des arts inconnus jusque-là dans les riches montagnes de l'A.
nahuèc—nom sous lequel était désigné l'empire aztèque—l'architecture, la mécanique, l’agriculture et la civilisation 2
Pourquoi, lorsqu'on s’est habitué à admirer les mœurs douces et polies de cette nation, la voit-on disparaître avec tant de mystère, après quatre siècles de domina-
tion, sans presque laisser de trace derrière
elle ?
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A quelle origine faire remonter ces fières tribus de Chichimèques, d’Alcohuas et d’Aztèques, qui sortent tout à coup des vastes et mornes solitudes du nord, s'installent avec leurs habitudes rudes et austères, avec leurs traditions semblables à celles du peuple de Dieu, sur les foyers encore famants de la race toltèqne et \'4 fondent un puissant empire ?
Lorsque le savant vent percer les mystères de ce passé perdu, il se trouve en face des plns singulières hypothèses, des conclusions les plus contradictoires,
En vain croit-il mettre le doigt sur la solution du problème proposé, en retrouvaut tout entière, dès ses premières investigations, la tradition primitive du déluge tel que le rapporte Moise, avec Tezpi—le Noëé Mexicain —sauvant sa femme et ses enfants dans une grande barque d'animaux et de graines de toutes sortes, puis lâchant, au bout de quelques jours de navigation, un vautour qui oublie sa mission sur les cadavres des géants
noyés, et ne quittant son arche que lorsque le colibri, plus fidèle à son message, est venu lui rapporter un peu de verdure.
En vain reconnait:il Eve sous les traits charmants de la femme serpent, la déesse Cihuacohuatl, qualifiée dans les rites sacrés de la religion aztèque du titre de “ notre Dame et notre Mère.
En vain se découvre-til devant la sereine majesté du Dieu mexicain Theotl — Presque le Théos des Grecs—ce Dieu que le grand-prêtre appelait dans ses Prières : # le Dieu qui donne Ja vie, présent partout, qui connaît toutes les pensées et dispense tous les biens; sans lui l’hormme n'est rien ; dieu invisible, incorporel, seul Dieu d'une perfection parfaite et d’une égale pureté; sous ses ailes, l'homme trouve un sûr abri et le repos,”
En vain s'étonne:til de voir mêlé à toutes ces légendes de l'ancien T'estament, le saint emblème de notre Foi, la Criox sculptée en bas-relief sur les mirs des temples de Palenqué,
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En vain retrouve:til, lors de la conquête, une de nos plus pures croyances, le Baptème, ne s’'administrant, parini leg peuplades dé ces lointaines contrées, qu'après une touchante invocation à la déesse Cihuacohuat] « pour que le péché introduit parmi nous dès le commencement du monde, ñne ‘attache pas à cet enfant, mais que lavé, au contraire, par ces eaux, le nouveau né puisse vivre ot recevoir une nouvelle naissance !”
Toutes ces pieuses traditions, tons ces saints souvenirs d'une foi plus pure, viennent se heurter, se briser et disparaître devant les rites affreux d'une abominable idolâtrie, qui se pratiquaient Par Un million de prêtres dans les quarante mille temples le l'empire mexicain,
Alors ces pages poétiques qu'on dirait détachées de la Bibie, ce Dieu d'une perfection si rapprochée de celle qui est décrite par Saint Jean dans une de ses plus belles pages, cette sainte institution du baptême, cette croix plantée sur une
région inconnue par les mains basanées de quelques modestes apôtres du Christ, s’'effacent devant les yeux terrifiés du penseur, qui n'entend plus que les cris sinistres des victimes humaines que l'on offre de tous côtés à des dieux de pierre, et qui essaie rapidement de chasser tout cet horrible cauchemar de poitrines ouvertes, de cœurs sanglants et de mains fouillint ces chairs toutes palpitantes,.
J'ai vu cette pierre dans la collection d'antiquités mexicaines conservée au musée de Mexico. Lors de la dédicace du grand temple de Huitzilopochtli en 1486, soixante-dix mille captifs y furent immolés. D’après un chroniqueur, ils étaient rangés par file, et leur procession occupait près de deux milles d'étendue, Un voyageur qui a parcouru le Mexique en 1854, M. Just Girard, dit que le chif.
fre des victimes annuellement immolées dans ces contrées était vraiment incroyable, À peine trouve:t-on un historien qui l’évalue à moins de vingt mille.
J'ai apporté avec moi les fragments d’une idole de Huitzilopochtli trouvés au:
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fond d'un #éocati indien—tombeau —ay milieu des rnines d’une ancienne ville aztèque, découverte à quelques kilomètres d’Acatlan, état d'Oajaca, par deux officiers de la colonne dont faisait Partie mon bataillon. Ces fragments, ainsi que quelques débris de poteries Zapotèques sont aujourd’hui dans dans ie musée de PÜniversité Laval.
Comme à côté des plus beaux feuillets des annales d'Athénes, de Carthage, de
Jérusalem, ou de Rome, l'historien ou le
chroniqueur, en voulant péné aVantdans les brouillards qui enveloppent le passé du Mexique, trouve toujours le beau 8PPUYÉ sur l’horrible, l'idéal ace Couplé au réalisme Je plus hideux et le Pins repoussant.
trer trop
Rogardez-le Compulser les roluminen.
ses relations des premiers missionnaires espagnols.
Le voilà qui s'arrête avec bonheur sur k figure donce et paisible du dieu de l'air, de Quetzalcoat}, l'homme blanc— qui, défendant tout sacrifice sanglant,
ne voulait offrir à la divinité que les prémices des fleurs et des moissons, se bouchait les oreilles quand on lui parlait de la guerre, occupait ses loisirs à règler le calendrier Mexicain, ordonnait les
Jeûnes ci les prières, exhortait Les hommes
à la concorde, I] disparut soudainement, lorsqu'il crnt sa mission de Paix accomplie pour aller du côté où “ Je soleil se
lève.”
Déjà le penseur commence à se croire au milieu d’une terre promise, Tout lui sourit, ce ciel pur, cette atmosphère embeaumée de senteurs balsamiques, cette religion presque hébraïque; mais hélas!
il va bientôt voir son beau rêve s'évanouir.
Voici les Aztèques qui arrivent avec leurs fêtes de Sang, et pour en donner une faible idée au lecteur Curieux, je lui cite textucllement un Passage de l'ouvrage de M. Girard, dans lequel il décrit
les solennités qui accompagnaient la fête
de l'Ame du monde :
— “Ce Dieu était représenté sons lé
que les ons, se parlait règlier ait les ommes ement, 1ccomleil se
croire ut lui re em- , cette hélas !
s'éva-
| avec onner Je lui » l'oudécrit a fête
ns [::
traits d’un bean jeune homme, Une ane née avant sa fête — l'année Mexicaïie se Composait de dix-huit MOIS On choisis sait pour remplir le rôle de celte divinité Un Captif d’une beauté Pariaite, Les prêtres lui aPprenaient À joucr son rôle avec la grâce et Ja dignité Convenables, On le couvrait de vêtements magniliques; on lui Prodiguait l’encens et les fleurs dont les Aztèques n'étaient Pas moins amateurs que les Mexicains d'aujourd'hui, Lorsqu'il sortait, il était accompagné d’une Mullitude de serviteurs, et gl S'arrétait dans les rues, !a foule se prosternait devant lui, pour lui rendre home mage comme au représentant de la bonne divinité. Quatre jeunes et belles lilles, portant les noms des principes :s déesses, étaient choisies Pour être ses épouses, Ses jours s'écoulaient dans ja mollesse, dans les festins que Jui offraient leg prin- Cipaux nobles, émpressés à Jui rendre les honneurs dus à un dieu,
“ Mais le jour fatal arrivait ; le terme de ses Courtes splendeurs était proche, On
le dépouillait de ses riches vêtements : il disait adieu à ses belles épouses ; une des barques royales le transportait au-delà du lac dans un temple construit sur ses bords à quatre kilomètres environ de la ville. Tous les habitants de la capitale accouraient alors pour assister au dénouement de la tragédie. A mesure que la procession gravissait les flancs de la pyramide, le pauvre captif déchirait ses guirlandes de fleurs, et brisait les instruments de musique qui avaient charmé les heures de sa trompeuse félicité. Six prêtres l’attendaient au haut de l'édifice.
Ils saisissaient la victime et l’étendaient sur la pierre du sacrifice, bloc de jaspe, convexe dans sa partie supérieure. Cinq prêtres tenaient la tête et les membres du patient, tandis que le sixième, couvert d'un manteau rouge, emblème de son sanglant ministère, ouvrait la poitrine de la victime avec un couteau aigu d'és/ely— obsidienne—substance volcanique presque aussi dure que l'acier, et plongeant la main dans la plaise, il en retirait le cœur palpitant, le présentait au soleil,
its; il ne des elà du
Ar ses de Ja 1pitale u dére que de la uit ses +$ inSharmé
Six difice.
daient jaspe,
Cinq mbres Juvert e son ine de slely—
presigeant ait le
soleil,
objet d’adoration dans tout l'Anahuac, et le jetait aux pieds de Ja divinité à qui le temple était consacré. La triste histoire du prisonnier était offerte en exemple, Par les prêtres, comme le type de la des. tinée humaine, brillante à son début, Maïs trop souvent terminée dans la douleur et l’infortune.”
Encore si le drame sanglant se terminait sur l’horrible pierre, on pourrait lui donner peut-être pour excuse les rites inflexibles d'un culte dia bolique; mais le cœur se soulève à Je dire, le soir, ces Pauvres membres tout déchirés étaient apprêtés de la manière la plus délicate possible, et servis sur des tables fastu.
euses, toutes chargées de poteries chatoyantes, encombrées de breuvages déli.
cieux et entourées de l'élite de la noblesse qui avait reçu une éducation raffinée dans les solitudes du temple,
Puis, au sortir de ces orgies et de ces dîners d’apparat, tous ces graves magistrats, ces illustres sénateurs gorgés de chair humaine, : ‘:.jent au tribunal punir
de mort le meurtre, faire lapider les adultères, rendre esclaves + voleurs, condamner à la peine capitale l’homme qui reculait les bornes de la propriété de son voisin, qui altérait les mesures établies ou qui ne pouvait pas rendre compte des biens de son pupille, Les généraux et les guerriers s’enfermaient dans leurs casernes pour étudier leur tactique, s'y préparant à conquérir bravement un des trois ordres de chevalerie institués par leurs empereurs, ou allaient visiter dans les hôpitaux leurs camarades ou leurs soldats blessés, traités aux frais de l'Etat par des médecins spéciaux, “ beaucoup plus honnètes que ceux de l'Europe — dit naïvement un chroniqueur espagnol, Torquemsa—car ils ne retardent jamais la guérison pour augmenter les honoraires.” Les femmes, la lèvre encore toute vermeiile du sang de la victime, oubliaient l’horrible festin pour se livre:
au merveilleux travai! des mosaïques en plumes d'oiseaux, ei :s enfanis, encore barbouillés de sans: e de bonbons, allaient en rechignant, apprendre pe
der les roleurs, homme été de res étacompte néraux s leurs ue, S'y un des és par er dans 1 leurs > l'Etat \ucoup ‘ope — >agnol, jamais
honoencore ictime,