NÉ POUR FAIRE UN MONSIEUR
Il s'appelait Jérôme Tanguay, et comme C'était un vrai Canadien du pays, ainsi qu'on se plaît à nommer nos francs lu- Tons, pour lui la vie consistait en un mauvais calombourg, auquel il avait voué
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une foi robuste: il s'évertuait, partout où le menait la recherche du pain quotidien, à passer le femps g'aiement.
Scieur de long, orfévre, marin, maçon, charpentier, mesureur de bois, cordonnier, il avait une verve d'avocat, le tact d’un médecin, le cœur d’un curé. Une seule chose manquait pour le rendre complet:
Jérôme n'avait jamais réussi à avoir la gravité d’un notaire,
Cela le chagrinait, Le soir, lorsqu'il revenait chez sa femme Hélène, appuyé mélancoliquement sur la petite table où s'étalait un fricot au lard et des patates fleuries dans le sel, Jérôme ne cessait de répéter qu'il était victime d’un sort jeté à sa mère par un vieux mendiant, et que
sans cela il serait né pour faire un monsieur,
Quoi qu’il en soit, il avait certainement du guignon; jamais malheureux ne fut condamné sur terre à parfaire de plus 870S ouvrages, sans les chercher, sans les demander. S'il se trouvait une rude besogne, c'était son lot, à lui. Quandil
n’y avait plus de farine dans la huche, ni de lard dans le saloir, il se mettait au rouet, raccommodait une horloge,sciait des billots, faisait le solage d’une maison, réparait une batterie de cuisine, ressemelait les vieilles bottes de la paroisse et de ses environs ; puis, l'argent dans sa sacoche de cuir, il retournait flâner au logis, et cela durait tant qu'i. : avait du pain sur la planche, car, avant tout, Jérôme Tanguay était homme à principes, et le travail continuel aurait pu contrarier la terrible mission que la Providence lui avait dé.