LAMARTINE ET LA FLANDRE
A Monsieur Henry Cochin, député du Nord, ou mieux, comme Va dit le maître Barrés : « Au grand humaniste succédant au grand poète. »
Lamartine ! Ton nom même est une harmonie Et, comme un son de lyre, évoque ton génie
Fait de noblesse et de douceur.
Ce nom mélodieux, que la Gloire sut rendre Immortel, a vibré jadis dans l'air de Flandre,
Il vibre encor dans notre cœur.
Car tu nous l'apportas. Un rayon de ta gloire Étincelle aux feuillets de notre antique histoire
Et, sur son front altier, La Flandre le posa comme un fleuron de flamme, Et son peuple, en retour, voulut du fond de l'âme
A toi se donner tout entier.
Ne pouvant t'acclamer ainsi que nos ancêtres Dont la foule ardente a passé sous tes fenêtres Nous mettons nos pas dans leurs pas.
La Flandre sait aimer ceux qui sont dignes d'elle Et, quand il s'est donné, le Flamand est fidèle Et ne se reprend pas.
Non, Bergues ne s'est pas soustrait à ton empire, Poète « qui chantais comme l'homme respire ».
Errant plus fastueux qu'un roi, Au fond de l'Orient tu suspendis ta marche Pour sceller avec nous l'alUance, dont l'arche Fut notre vieux beffroi.
Palladium de nos libertés communales,
Ses cloches sonnent aux grands jours de nos annales
Et, quand tu combattis Pour la Flandre, elles ont, aux campagnes prochaines, Chanté ton libre esprit, qui, repoussant les chaînes, Planait « au-dessus des partis ».
Avec l'élu nouveau qui retrouve ta trace, Élu digne de toi, car il est de ta race,
Notre antique cité Qui, Flamande fidèle, en ses amours s'obstine Dans un même triomphe acclame Lamartine, Notre Flandre et la liberté.
Sur ces derniers mots le banquet prend fin, et les convives s'arrachent à regret aux charmes de cette admirable réunion pour regagner leurs demeures à travers la foule en fête et ses cris d'enthousiasme.
Il semble que chacun sorte d'une « cure d'idéaJ » et s'en revienne meilleur, l'âme exaltée et vibrante d'une noble émotion.
L'on peut dire désormais qu'on ne saurait connaître Lamartine tout entier si l'on ignore les discours prononcés à Bergues le 21 septembre 1913.
La gloire du grand poète, loin de sortir diminuée
de cette commémoration politique, y acquiert un nouvel éclat. Comme l'a dit le marquis de Ségur (1) en parlant à l'Académie française du Lamartine et la Flandre, de M. Henry Cochin : « Considérée sous cet aspect nouveau, la grande figure de Lamartine ne perd rien de son charme, de sa noblesse et de sa poésie. L'auteur des Harmonies a traversé, sans ternir l'éclat de ses ailes, les marécages électoraux, côtoyé, sans faire de faux pas, les précipices parlementaires. L'exemple est assez rare parmi les littérateurs de son temps pour qu'il valût la peine de s'y arrêter un moment. »
Le Journal de Genève résume l'impression générale en disant : « Ne faut-il pas remercier Bergues de nous avoir rappelé ce que nous oublions trop souvent et d'avoir commémoré un grand poète qui fut aussi un grand citoyen ? »
(1) Rapport à, l'Académie française sur le prix Vitet, décerné à M. Henry Cochin pour l'ensernble de son œuvre en novembre