LE LENDEMAIN
Le retentissement des fêtes de Bergues éveilla dans toute la presse de multiples et lointains échos. Après la presse locale (1) et régionale (2), les grands quotidiens et les illustrés français, ce furent, à l'envi, les journaux du monde entier qui les célébrèrent. Les extraits des discours dépassèrent les tropiques et furent imprimés au delà de l'équateur !
Il faudrait en citer des centaines pour les nommer tous : journaux anglais, allemands, italiens, espagnols, portugais, belges, suisses, russes, américains, coloniaux chantèrent Lamartine en un concert mondial, glorifiant la Flandre française et la charmante cité de Bergues pour avoir évoqué dignement cet harmonieux souvenir.
Par delà le tombeau, Lamartine désigne à tous les artistes la ville qui l'avait élu autrefois, et Bergues reçoit le plus grand lustre de l'honneur qu'elle a su rendre au génie.
(1) Les fêtes durent une grande part de leiir succès à la collaboration zélée du Journal de Bergxies et de son intelligent et dévoué directeur M. Barbez, licencié en droit, secrétaire du Comité.
(2) Le Nord maritime, de Dunkerque, la Dépêche et lÉcho du Nord, de Lille, apportèrent au Comité un efficace et puissant appui.
Les membres du comité ont été magnifiquement récompensés en cherchant à justifier le mot de M. Maurice Barrés qui affirme que les fêtes du 21 septembre « sont pleines du plus beau sens ».
Les poètes ont accordé leur lyre. Nous avons mis, au début de ce volume, les trois sonnets sculpturaux que les fêtes de Bergues ont inspirés à M. J.-L. Vaudoyer. M. Jules Caplain, ancien officier, petit- fils de M. Dubois (1), auquel Lamartine disait : « Les autres hommes ont un cœur dans la poitrine ; moi, j'en ai trouvé cent dans le vôtre », composa à cette occasion un intéressant poème à forme fixe.
Chant royal.
Honneur à toi, Vaincu, grand parmi nos aïeux, Barde sublime et fier, osant en politique Pour la foule tenter l'effort prodigieux De brider par l'honneur et la saine logique Les appétits gloutons qui tuent la Répubhque. Le siècle t'infligea de sanglants désaveux ! Le fertile progrès vient de la discipline, Comme la rose naît de la pâle églantine,
(1) L'étude récente que M. Caplain a consacrée à M. Dubois a été l'un des thèmes principaux de l'admirable itude que M. Maurice Barrés a publiée tout dernièrement chez G. Crès, sous le titre : L'Abdication du Poète.
172 LAMARTINK
Tandis qu'au noir chaos d'un nuage orageux Craque le rouge éclair qui sur nos toits fulmine : En cherchant l'Idéal, tu devins malheureux!
Honneur à toi qui sus, d'un Verbe harmonieux, A tous distribuer ton souffle poétique, La prière à l'enfant, l'extase à l'amoureux. Le frisson à la vierge et l'accent au tragique. Hélas, ton désespoir aussi se communique Lorsque, sur ton couchant sombre et silencieux, Ton lac dans le brouillard à peine se devine. Et qu'à Valneige meurt ton soleil qui décline. Tu ne voulus chanter dans la langue des dieux Que l'Amour et la Paix, de céleste origine : En cherchant l'Idéal, tu devins malheureux !
Honneur à toi, martyr du sens religieux
Qui s'impose à l'esprit, dont l'apologétique
Est pour un cœur aimant besoin impérieux.
Et dont le doute, en butte aux assauts du sceptique,
Dans l'Imitation de Jésus-Christ abdique.
A la foi de ta mère, enfant respectueux,
Tu te soumets enfin : Consolante doctrine.
Phare dans ton cachot dont l'éclat illumine.
Vrai bâton de l'aveugle, appui mystérieux
Qui nous conduit au but auquel Dieu nous destine.
En cherchant l'Idéal, tu devins malheureux.
Honneur à toi, superbe au geste généreux
Qui, l'oreille attentive, écoutant la supplique,
Avais déjà glissé l'or au nécessiteux.
Le conseil avec l'or, à l'auteur famélique.
Ta prodigue bonté, donnant le viatique.
Ne voulut jamais voir dans l'homme un paresseux :
Ton cœur, toujours ouvert au pauvre qui chemine.
Donnait aussi l'aumône à la fausse orpheline.
La quémandeuse main des riches et des gueux Du vol, par le mensonge, était souvent voisine : En cherchant l'Idéal, tu devins malheureux!
En affaires, tu suis un chemin périlleux :
Les vins du Maçonnais, l'effort agronomique,
A Pianozza les défrichements coûteux.
Les sucres dans le Nord, ton œuvre en Amérique,
Les cotons d'Ischia, ta ferme asiatique
Démontrent que ton rêve est trop audacieux.
Malaisément on sort de la simple routine,
Et la combinaison trop souvent se termine
Au grand livre truqué d'un financier véreux !
Un négoce excessif avança ta ruine :
En cherchant l'Idéal, tu devins malheureux !
Envoi :
Contre tes ennemis, surhumain Lamartine,
A ton foyer veillait un ange : Valentine.
Toi mort, le vieux Dubois la protégea contre eux :
Dubois, à qui battaient cent cœurs dans la poitrine,
Et l'Idéal ami que tu rendis heureux.
M. Léon Bocquet, directeur de la revue le Beffroi, envoie un sonnet :