A HENRY COCHIN
L'un des heureux lamartiniens qui peuvent le mieux dire : « Tu duca, tu signore e tu maestro... »
A Bergues, Lamartine, ayant deux fois vingt ans, A gardé tout l'élan de la jeunesse éclose : Le bien public, voilà pour lui la juste cause Qu'il servira partout, prêt à tous les instants !
Les rêves l'ont conduit aux actes éclatants ; n est républicain, il veut, il cherche, il ose. C'est pour la liberté que son grand vol se pose Et donne de son calme aux drapeaux palpitants.
La raison du génie et la foi du poète
Lui font dompter le mal dont chaque vie est faite :
n est notre héros, vaincu comme vainqueur,
Avec la foule — ou seul — allant où Dieu le mène, Voyons toujours, tout droit, monter plus haut son cœur, Chantant les vers dorés de l'espérance humaine !
M. Louwyck, professeur de rhétorique au collège Albert-le- Grand, à Paris, célèbre Bergues sur le même mode :
Bergues, vaisseau de pierre enlisé dans la plaine Parmi des flots de blés et d'herbages mouvants. Dresse, ainsi que des mâts, dans la brume et les vents Ses quatre tours dont l'âge a rompu les antennes.
Bergues, bon chevalier des époques lointaines Resté debout sur ses remparts aux lacs dormants, Domine, lance au poing, les horizons flamands Pour que la veuve y puisse en paix filer sa laine.
Bergues, sépulcre clos de tant de siècles morts. Voit, d'entre ses pavés, qu'une herbe triste sort Comme aux fentes d'un vieux dallage tumulaire.
Mais toujours, haussant son beffroi comme un hennin, Bergues, reine de Flandre au visage bénin, Jette des carillons à l'aube qui s'éclaire !
Les poètes de terroir ne le cèdent pas aux étrangers, car, outre les vers récités au banquet, tout un volume de poésies intitulé : Ma Flandre (1) a été publié par M. l'abbé de Croocq, professeur au collège Saint-Winoc à Bergues, à l'occasion des fêtes lamartiniennes.
Nous en détachons le morceau suivant :
(1) C. DE Crooco, Ma Flandre, poèmes. Préface de M. Henry Cochin, député du Nord. Bergues, Barbez-Denys, 1913.
LAMARTINE ET LA FLANDRE A M. Henry Cochin.
Comme le vol ailé des notes de cristal Qui glissent en chantant des cloches toutes pleines, Son nom prestigieux a passé sur nos plaines Avec le tintement de son léger métal.
Mais le temps qui dissout dans son creuset brutal Les souvenirs fameux et les gloires lointaines, Le temps l'avait couvert de couleurs incertaines, Ce héros qui trouva chez nous son piédestal.
Il re^^t, il reprend sa vivante merveille
Sous la main secourable et douce qui l'éveille,
Et, des plaines d'Hondschoote aux canaux deBourbourg,
Par un art imprégné de douceur florentine Qui traduit le décor de Flandre avec amour, Triomphe de nouveau l'âme de Lamartine.
L'humble cité de Bergues, indissolublement unie désormais au souvenir de Lamartine, prend son rang parmi ces petites villes d'art vers lesquelles les artistes, épris d'idéal, s'en vont en un pèlerinage d'esthétique se retremper aux sources du passé.
Edouard Galloo.