ENCORE
QUELQUES LETTRES INEDITES
Le mouvement qui a réveillé dans les esprits de la Flandre française le souvenir vivant de Lamartine candidat et député, devait nécessairement faire surgir, de la poudre des tiroirs de famille et des dépôts publics, quelques documents lamartiniens. J'en ai déjà utilisé quelques-uns dans mon livre sur Lamartine et la Flandre. Les fêtes jubilaires de Bergues, en septembre dernier, en ont amené au jour plusieurs autres.
Il faut les faire connaître. Le jour vient, et il n'est pas éloigné, je pense, où Lamartine sera devenu un personnage historique tel, que tout ce qui le concerne devra être révélé et étudié. Les quatre volumes de sa correspondance, ainsi que la librairie Hachette nous les donne dans sa deuxième édition, datent déjà de trente ans et plus ; le nombre des lettres qu'ils contiennent est assurément doublé par celles qui ont été publiées depuis lors dans les journaux, les revues, les livres d'histoire et de critique. Il faudra nécessairement quelque jour procéder à une réédition complète (1).
En vue de cet avenir, voici encore quelques lettres.
(1) Dans cette édition future, le texte intégral des lettres devra être réiahli. Il était naturel qu'un sentiment infiniment respectable eut ménagé dans la première édition des lacunes voulues. Mais le temps est venu de tout dire. (Voir, sur les lacunes et l'intérêt qu'il y a à les conihler, la précieuse brochure de L. Bar- THOU, En marge des Confidences . — Série : Les amis d'Edouard.)
Les deux premières m'ont été gracieusement communiquées par M. Isidore Monteuuis, avoué à Dunkerque ; elles viennent s'ajouter au groupe déjà abondant des lettres adressées au grand artisan des candidatures de Lamartine dans le Nord, M. Jean-Louis De Buyser, de Rexpoede. J'en ai déjà publié quatorze (1). Une quinzième a été publiée par M. Léon Séché, qui n'en a pas identifié le destinataire (2). Nous possédons, avec les deux nouvelles venues, dix-sept lettres de Lamartine à De Buyser.
Ces deux dernières lettres se rapportent à l'élection de 1837. Elles comblent une lacune dans la correspondance avec De Buyser, entre la lettre du 4 janvier 1837 et celle du 30 octobre. Mais elles ne la comblent pas entièrement. Leur texte même suppose l'existence d'autres lettres que nous ne possédons pas.
Je rappelle sommairement que Lamartine, après l'échec de 1831, fut élu député de Bergues en 1833, puis en 1834, et de nouveau enfin en 1837. Cette dernière élection fut triomphale et on la nomma « l'élection modèle ». Elle fut suivie, pour les braves électeurs du Nord, d'une grande amertume. On sait comme leur député, élu en même temps dans les deux circonscriptions de Mâcon ville et campagne, opta finalement pour son pays natal. Il ne manqua pas de gens pour lui
(1) Lamartine et la Flandre (Pion. 3« éd., 1913). p. 370 et suiv. Trois m'avaient été communiquées par M. Louis Bouly de Lesdain, dix par M. Albert Gérard, tous les deux arrière-petits-gendres de M. De Buyser et petits-gendres de Mme Vandercolme et de Mme Bray, ses filles. La parenté de M. Monteuuis, par Mme Bray, est la même.
(2) Les Amis de Lamartine.
reprocher un certain manque de franchise : pourquoi, certain comme il l'était d'être élu à Bergues, s'était-il laissé porter en Saône-et-Loire ? Il n'en était pas aussi sûr que cela! La lettre du 23 juillet en donne la preuve. On voit, en la lisant, qu'à cette date, trois mois avant l'élection, Lamartine n'avait pas reçu encore de son grand électeur De Buyser l'assurance formelle que tout allait bien. Il y avait eu même quelques symptômes fâcheux. Comment, dès lors, Lamartine pouvait-il renoncer tout à fait aux candidatures qui se préparaient malgré lui en Bourgogne? N'eût-il pas risqué de rester, comme on dit, « entre deux selles »?
Voilà la situation que nous révèle la lettre du 23 juillet. Elle nous fait voir aussi que les relations de Lamartine en 1837 avec l'administration préfectorale n'étaient pas mauvaises. Il lui arrivait de recommander des protégés à son préfet, l'aimable et sceptique baron Méchin. Et, en effet, cette année 1837 vit Lamartine, pour la seule fois de sa vie, candidat « agréable ». D'ailleurs il ne compte pas beaucoup sur son crédit. Il sait bien que l'appui momentané de l'administration ne supprime pas l'opposition du groupe hostile que la préfecture avait précédemment suscité contre lui. Ces choses-là arrivent dans tous les temps. Voici la lettre.