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BERGUES

Comme dans un « lointain » de peintre primitif, la petite cité de Bergues, en Flandre, découpe dans la fine lumière d'automne, si favorable aux paysages flamands, son archaïque silhouette, sommée de tours et couronnée par le plus joH beffroi de France. Ses pages de pierre, en une synthèse évocatrice, racontent son histoire : l'égUse, centre de la vie rehgieuse, le beffroi, symbole des vieilles hbertés communales, et, plus haut, la verte colline d'où a jailli au huitième siècle la civilisation qui féconda cette terre conquise sur la mer : le Groenberg et ses tours, vestiges de l'antique abbaye de Saint-Winoc.

Bergues et Saint-Winoc, deux noms jadis fondus en un seul : Winoxberg en flamand, Berghes Saint- Winoc en vieux français, rappelant à la fois le tertre {berg) qui a baptisé la ville — et le saint moine, fondateur d'une abbaye bénédictine, dont Bergues a pu, comme Cluny, célébrer le, millénaire, en l'an 1900, par des fêtes magnifiques.

Au bout de la rue montante et pittoresquement infléchie qui escalade le Groenberg, les deux tours de Saint-Winoc surgissent, robustes et élégantes.

d'un bouquet d'ormes séculaires. Le vent du large caresse leurs épaisses frondaisons et, à l'œil nu, du haut de la minuscule colline, l'on peut distinguer la frange de dunes qui borde la mer du Nord, et même les navires en rade, auxquels les tours de Saint-Winoc servaient jadis d' « amers » pour franchir la passe de Dunkerque.

Les maisons à pignons dentelés, les vieux hôtels nobles, l'éghse Saint-Martin avec ses ferronneries d'art, le musée et ses tableaux précieux, le mont-de-piété et l'hôtel de ville, où se mêlent les styles de Flandre et d'Espagne, l'ancien collège des jésuites, les vestiges de vingt écoles, séminaires et couvents rappellent le temps où Bergues était la ville forte de la Flandre maritime et le siège de sa juridiction (1).

Ses rues tournantes, ses canaux aux vieux ponts de pierre, ses places aux pavés inégaux et sa douce colline s'enclosent en des fortifications dues à Vauban, aux frontons desquelles rayonne encore le soleil de Louis XIV, Leurs bastions de briques roses, à moitié ruinés, se revêtent d'un manteau de chèvrefeuilles et d'églantiers (2).

Tel le haut fleuron de cette couronne murale, le

(1) La population de Bergues même à cette époque n'a jamais dépassé 6 000 habitants ; elle est actuellement réduite à 5 000 habitants .

(2) Une affiche en couleurs, due au talent de M. P. Ladureau de Dunkerque, reproduit avec art les divers aspects et monuments pittoresques de Bergues. — M. L. Demonts, attaché au musée du Louvre, a écrit, pour la Chronique des Arts, une notice sur l'importante collection de tableaux et de dessins conservée au musée de la ville.

vieux beffroi lance d'un jet hardi dans le ciel, depuis le quatorzième siècle, les quatre poivrières en surplomb de son campanile carillonnant. L'antique lion de Flandre, dont la silhouette dorée virevolte dans l'atmosphère blonde du Nord, domine le pays et lui rappelle des souvenirs guerriers.

Durant la nuit, dressée sur la ville endormie, la tour se dessine dans la clarté lunaire, tandis que le guetteur qui l'habite, héritier des « serenos » de la domination espagnole, jette aux quatre aires de vent, en une sourde mélopée, l'annonce mélanco- Hque des heures.

Ainsi que le dit, en quelques lignes pleines de charme, l'un des plus fins observateurs de la Flandre, devenu l'un de ses meilleurs enfants d'adoption « comme Lamartine et, comme lui, conquis par les vertus de la race flamande (1) », c'est là « l'exquise petite ville de Bergues, lieu peut-être le plus antique des souvenirs flamands, Bergues où les aspects pittoresques sont si variés, Bergues gracieuse de près, et gracieusement surannée, romantique et noble de loin, assise au milieu d'une mer de vertes prairies qu'elle domine, enchâssée dans ses vieux remparts, d'où elle émerge avec ses toits rouges, ses tours aiguës, son beffroi, ses grands arbres, Bergues que je voudrais voir rester intacte à tout jamais comme un musée de nos traditions et de nos souvenirs (1) ».

(1) Henry Cochin, Tableaux flamands, p. 14 et 48, Pion, 1908.

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