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LES MŒURS DU THEATRE EN ANGLETERRE

qu'on jouait à VAclelphi, quand la reine, allant encore au théâtre, y avait sa loge l'année. Le prince-consort et elle s'en amusaient fort alors, et tout le monde s'en amusait avec eux. Pourquoi ce qui était bon il y a vingt ans ne le serait-il plus aujourd'hui?... »

Le critérium de moralité invoqué là par M. Hollingshead pourra paraître bizarre au lecteur français. Mais il est extrêmement britannique et beaucoup plusjuste au fond qu'on ne pourrait croire, la société anglaise suivant tous les goûts du souverain avec la plus étonnante servilité.

« La grande affaire chez une actrice, poursuit AL Hollingshead, c'est la beauté. Je dirais volontiers qu'elle n'a pas le droit d'aborder la scène si elle ne possède pas une ^olie figure, une taille élégante, une démarche gracieuse, une voix sympathique, et j'ajoute qu'il en est de même des acteurs. Un beau jeune premier a une situation autrement avantageuse et amusante qu'un ministre de M. Gladstone! [sic].

«Parlez-moi d'un nez grec, d'une bouche bien meubléC;, d'une moustache relevée, d'une paire d'yeux en amandes, avec des pieds et des mains qui ne dépassent pas les proportions normales, une chevelure bien peignée (la couleur importe peu, pourvu qu'elle ne soit pas rouge), et surtout — oh! surtout — un bon tailleur!... Voilà un gaillard à qui je donnerai, quand il voudra, trente livres sterling par semaine (sept cent cinquante francs). La cervelle importe peu. L'important, c'est qu'il ait de bonnes manières... »

Hum! Hum!... Voilà qui nous semble bien plus grave encore que les révélations de M. Burnand. Car enfin, ce ne sont pas apparemment les gentlemen de l'orchestre

qui tiennent tant que cela à la beauté du jeune premier... Serait-il vraiment possible que les « grandes et honnestes dames » du Royaume-Uni fussent accessibles aux attractions de cet ordre? Laissons à M. Hollingshead la responsabilité d'une opinion aussi subversive, et arrivons <à ses vues sur le personnel féminin des tliéâtres. Elles ne manquent pas non plus d'originalité.

Il est d'avis que la carrière dramatique est la meilleure que puisse choisir une jeune fille, quand elle se destine aux joies pures du. mariage. Qu'on ne crie pas au paradoxe. Voici le morceau.

« Je crois pouvoir affirmer, dit M. HoUingshead, et ma longue expérience m'en donne le droit, qu'il n'y a pas au monde une carrière où le succès soit aussi facile. Prenez dans la petite bourgeoisie la première jeune fille venue. Je ne dis pas une jeune fille douée d'une intelligence exceptionnelle ou de talents particuliers; il suffît qu'elle sache lire et écrire et n'oublie pas d'aspirer les Il quand l'usage l'exige. Nous la supposerons seulement en possession d'une physionomie agréable, d'une taille bien prise et d'une voix passable. Ce sont là des avantages communs et qu'on trouvera chez des milliers de jeunes femmes! Mais à quoi leur servent-ils en général? Ou peuvent-elles les exhiber?... Chez elles? C'est à peine si leur famille voit quelques amis, toujours les mêmes. Au bal? Elles n'y vont pas une fois l'an. Dans une ville d'eaux, pendant deux ou trois semaines?... Le pauvre expédient!.,. Il y a vingt chances contre une pour que ces charmes passent inaperçus. Mais plaçons-les sur la scène, en pleine lumière. Notre jeune personne

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