I.ES MŒURS DU THEATRE EN ANGLETERRE. 2D
paraît tous les soirs devant un public élégant et qui se renouvelle constamment. En deux mois, trente ou quarante mille hommes appartenant aux classes opulentes l'auront vue. A la vérité, elle débute à peine, elle ne fait guère que figurer au dernier rang et n'a pas un mot à dire. Mais qu'elle montre quelque bonne volonté et quelque intelligence, qu'elle soit seulement en état de dire un couplet, et je ne lui donne pas un an pour obtenir de l'avancement. Dès lors, elle n'a qu'à attendre, la chance lui viendra tôt ou tard. Je parle de la chance de faire un beau mariage, un mariage inespéré. A une condition toutefois, c'est quelle sache l'attendre... Je n'ai en vue, notez-le bien, que celle qui sait attendre. »
Et M. Hoilingshead, poursuivant sa démonstration cite des exemples : celui de miss Fortescue, qui a été fiancée deux ans au fils de lord Gairns et à qui les tribunaux ont récemment attribué deux cent cinquante mille francs de dommages-intérêts parce que l'ingrat l'avait abandonnée; celui d'une autre jeune femme des chœurs, qui a épousé, il y a trois semaines un pair du royaume.
« Est-ce à dire que toutes les figurantes puissent en faire autant? reprend-il. Non, sans doute. Mais c'est généralement leur faute, et jjarce qu''elles ne savent pus attendre. Tant pis pour celles qui succombent. Quant à moi, directeur, cela ne me regarde pas. Tout ce que j'ai le droit d'exiger, et je l'exige, c'est que mes pensionnaires se tiennent décemment en scène. Leur conduite privée, hors du théâtre, ne saurait me concerner. S'il arrive qu'elles décochent quelques œillades à l'orchestre,
og A LONDRES.
je ne puis pourtant pas leur faire poser des cadenas aux paupières!... Après tout, ce n'est pas pour un souper de plus ou de moins que le monde ira mieux!... "
M. Hollingshead ajoute qu'il est impitoyable sur la question si controversée de l'entrée dans les coulisses, et la refuse à quiconque n'y est pas appelé par le service du théâtre. A ce propos, il s'explique sur le mashei\ — ce qu'on appelle à Paris un gommeux, h Xew-York un (lude, — ce qu'on a successivement désigné à Londres sous le nom de dandy, de buck, de macaroni. 11 faut savoir que le « masher » passe pour un produit social à peu près exclusivement réservé au Gaiety-Theatre, comme chez nous on le voit principalement aux opérettes et pièces à maillots. M. Hollingshead proteste contre cette attribution.
« Pourquoi toujours associer le « masher » avec mon théâtre? s'écrie-t-il douloureusement. Le « masher » ne m'appartient pas en propre. Tenez pour certain qu'i fréquente toute salle, tout café-concert où il trouve C( qu'il cherche, la beauté plastique, des jupes courtes, d. jolies figures, des jambes bien faites. Le * masher n'est pas un produit du monde moderne.
« Il a existé de tout temps. Jadis il allait au ballet maintenant il vient voir un burlesque; c'est toute la dif lérence. Ce qui le caractérise, c'est qu'il y vient tous le soirs, dix, vingt, trente fois de suite. Et pourquoi pa^ si cela l'amuse?... Qui est le « masher»? C'est assez dil ficile à dire. Tantôt un fils de famille, tantôt un boui sicotier heureux, rarement un countcr-jumper (sautei: de comptoir, calicot) comme on le croit sans raison. Au surplus, je ne le connais guère personnellement, i