‹ A LondresChapitre 12 sur 94 · LES MŒURS DU THEATRE EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

LES MŒURS DU THEATRE EN ANGLETERRE

le vois revenir dans ma salle; je finis par me familiariser avec sa figure ; mais j'ignore son nom. Le « masher » est bon public et pas difficile à satisfaire. La plupart du temps, il vient se repaître de la vue d'une jeune personne du corps de ballet, dont il s'est féru. Pourvu qu'il lait au bout de sa lorgnette, il esl- content. Tantôt il va aux loges, tantôt aux fauteuils. Il finit par savoir chaque mot, chaque note de la pièce. Et alors il s'en vante à ses amis, il compte le nombre de fois qu'il est venu ; c'est un sujet de conversation. Il est venu vingt fois; B... trente fois; j'en ai entendu un me déclarer qu'il avait vu Barbe-Bleue soixante-dix fois de suite. ))

Ce qui fait le désespoir du « masher «, parait-il, c'est que M. Hollingshead se refuse à lui louer un fauteuil au mois ou à l'année (singulier scrupule) et surtout à l'admettre dans les coulisses. La raison qu'il donne de cette mesure de police a au moins le mérite de la franchise. C'est que le « masher » perdrait vite ses illusions, et qu'une fois désillusionné il ne reviendrait plus; en tout cas, il ne reviendrait plus aussi souvent, et peutcire il cesserait de payer sa place.

L'infortuné « masher » est donc réduit à attendre sa déesse à la sortie, et M. Hollingshead convient sans ambages qu'il n'y manque guère. « C'est un véritable régiment de gentlemen en pardessus couleur de muraille qui se masse tous les soirs à la porte des artistes, dit-il. Mais, une fois la porte franchie, je n'ai plus à m'occuper de la conduite de ces dames. »

Heureusement ! car nous en apprendrions vraisemblablement de belles !

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Les batailles navales de l'avenir.

Sous ce titre un peu trop étroit, car il est loin de s'appliquer à tous les sujets qu'il embrasse, un des officiers de mer les plus distingués de la Grande-Bretagne, l'amiral sir George Elliot, vient de publier un livre fort curieux '. Curieux d'abord par la liberté d'appréciations qu'il révèle, sur les questions les plus délicates de l'organisation navale, chez un officier général en aclivité de service ; intéressant aussi pour le lecteur français, en ce qu'il répond avec la plus haute compétence à certaines théories qui ont été récemment émises sur le rôle relatif des cuirassés et des torpilleurs.

L'amiral Elliot n'est pas un intransigeant; les conclusions extrêmes n'ont aucun charme pour lui. Il ne se hâte pas de conclure de l'efficacité des torpilleurs à l'inutilité des cuirassés, ou réciproquement. Il croit que l'art de la guerre maritime traverse en ce moment une période de transition, une phase périlleuse entre toutes, où le mal serait précisément d'adopter un système n

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priori quand un si grand nombre de questions vitales ont encore à passer par l'épreuve expérimentale. Il a de ce péril un sentiment très vif, précisément parce que la Grande-Bretagne, puissance navale avant tout, a plus que toute autre sujet de se préoccuper de ces problèmes. Mais il se garde de conclure. Avec une grande modestie, il présente le résultat de ses études comme de simples opinions qu'on peut discuter; il croit presque devoir s'excuser de prendre la parole.

« On a dit, écrit-il dans sa préface, que les officiers de la flotte serviraient mieux en ce moment les intérêts de leur corps s'ils s'abstenaient de toute critique. J'estime, au contraire, pour ma part, que chacun a le devoir d'indiquer son avis : le silence ne peut que nous conduire à des désastres, en perpétuant un état de choses fait pour mettre en péril l'existence même de la nation. Si ce livre a seulement pour résultat de provoquer la discussion sur les questions les plus vitales de notre défense, je me tiendrai pour satisfait. »

Nous passerons rapidement sur les préliminaires du livre et sur les considérations générales qui l'ont dicté à l'auteur. Il croit que, volontairement ou non, le gouvernement britannique va se voir obligé d'augmenter considérablement ses forces navales, et il craint que ce développement ne soit pas basé sur des principes bien définis. Ce qui le frappe dans la flotte anglaise d'aujourd'hui, c'est son caractère hétérogène. Il y trouve une absence complète de classification rationnelle, de plan préconçu dans le choix des types de navires. Il s'inquiète aussi de voir qu'on ne semble jamais prévoir les complications possibles. Ce livre était déjà écrit, dit-il, au

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moment où la guerre avec la Russie a failli éclater. S'il avait fallu une confirmation de mes craintes, je l'aurais trouvée dans les préparatifs jugés nécessaires en vue de ce conflit avec une puissance navale de troisième ordre, et dans les délais estimés inévitables avant que ces préparatifs s'achevassent. Puis il arrive aux questions techniques.

En jugeant la valeur de la protection fournie par l'armure extérieure, il pose en principe qu'il faut toujours se rappeler que si les dimensions des navires de chaque classe sont gouvernées par des considérations tactiques, rien n'empêche de mettre des canons de puissance quelconque sur des navires de proportions restreintes. Le problème à résoudre consiste donc dans la répartition d'un poids donné sur un navire de tirant d'eau limité, et dans l'admission du principe que la vitesse doit être d'autant plus grande que l'armement est moins puissant, de telle sorte que le navire le plus faiblement armé puisse toujours échapper à la capture.

En l'état actuel des moyens offensifs dont disposent les flottes, le sort des batailles navales dépendra surtout de l'état de la mer, de l'espèce et des proportions des forces mises en ligne de part et d'autre, de l'ordre de combat dans lequel elles se présenteront au moment du contact. Jadis la victoire était décidée par le canon : la perte des mâts, ou les avaries de la coque au-dessus de la ligne de flottaison, étaient les principales causes déterminantes d'impuissance et de capture. Désormais, il faudra compter non seulement avec le canon, mais avec l'éperon et la torpille; non seulement avec les obus; mais avec les torpilleurs, qui feront

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partie intégrante de chaque flotte et joueront un rôle très important [most prominent] dans le combat.

La nouvelle tactique navale doit donc faire une différence essentielle entre les engagements généraux d'escadre à escadre et les actions isolées où la manœuvre offrira des ressources spéciales. Il est aussi indispensable de considérer le cas des engagements où les deux adversaires différeront par la composition de leurs forces et la proportion respective des torpilleurs et des cuirassés. Toute tentative de généralisation en pareille matière aboutirait à la confusion des idées.

Considérons donc d'abord le cas de deux flottes d'égale force et d'égale composition. Supposons que le temps soit de nature à permettre les opérations, et suivons la tactique des torpilleurs, puisque, selon toute apparence, ces modernes et formidables engins d'attaque sont destinés à décider le sort des batailles navales de l'avenir.

On est généralement porté à supposer que les bateauxtorpilleurs de 2*^ classe, ceux que l'on embarque sur les grands bâtiments, resteront, en pareil cas, de simples auxiliaires des cuirassés auxquels ils appartiennent, tandis que les torpilleurs de haute mer seuls prendront un rôle indépendant; qu'ils serviront en quelque sorte d'avant-garde au gros des deux flottes ennemies et ouvriront le combat en s'engageant les uns contre les autres. On conclut communément de cette hypothèse que les torpilleurs disposeront des torpilleurs, et, que le champ de bataille une fois déblayé, l'affaire restera entre cuirassés et cuirassés. L'amiral Elliot ne pense pas que cette vue soit juste : il estime qu'au lieu de marcher les uns sur les autres, les torpilleurs de haute mer auront au

contraire pour hul unique de s'éviter mutuellement et de courir sus aux cuirassés ; il va jusqu'à admettre que les canonnières mêmes, spécialement destinées à opérer contre les torpilleurs, seront impuissantes à l'égard de navires courant à la vitesse de vingt nœuds, et se trouveront réduites à n'agir que sur leui's analogues. Ces canonnières ne peuvent point, en effet, arriver à des vitesses comparables à celles des torpilleurs, qui pourront toujours leur échapper. Si l'on considère qu'elles coûtent deux ou trois fois plus cher, on arrive à la conclusion que. pour une somme déterminée, il vaudra toujours mieux renforcer le nombre des torpilleurs que celui des canonnières pour les opérations d'escadre.

L'amiral Elliot n'admet pas non plus qu'un torpilleur lancé à toute vitesse ait grand'chose à craindre du cuirassé sur lequel il court; et il est évident que le danger sera d'autant moindre en pareil cas que le nombre des torpilleurs agissant de concert vers le même but sera plus grand. D'où la conclusion que la supériorité numérique en torpilleurs pourra avoir une influence décisive. L'auteur fait remarquer à ce propos que pour un million de livres sterling la Grande-Bretagne, avec les facilités spéciales dont elle dispose, peut se procurer en douze mois cinquante nouveaux torpilleurs de haute mer, alors qu'avec la même somme elle n'obtiendrait, en cinq ou six ans au minimum, que deux nouveaux cuirassés.

Ces considérations l'amènent à rechercher si les navires de haut bord ne pourraient pas être effectivement protégés contre les torpilleurs, fût-ce en sacrifiant, s'il le faut, un peu de leur vitesse. Aucun des systèmes expérimentés ou proposés jusqu'à ce jour ne le satisfait.

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Les filets de chaînes perpendiculaires, en particulier, sont peu pratiques pour un navire en marche, spécialement pour un navire qui roule; ils sont sujets à se rompre ou à se détacher et à devenir une cause d'avaries pour les hélices. Il faut, pour arrêter les torpilleurs, un obstacle plus permanent et plus rigide. L'amiral Elliot croit avoir trouvé ce moyen de défense dans une armature d'acier à jour qu'il appelle une crinoline, et dont il propose d'entourer les cuirassés jusqu'à la profondeur de cinq mètres au-dessous de la ligne de flottaison.

Cette armature, constituée par des barres d'acier de deux pouces de diamètre, serait fixée à une sorte de sabot de bois ou de fonte, formant autour du cuirassé une ceinture de cinq pieds d'épaisseur. A première vue, ce système ne paraît pas très pratique; l'auteur convient que l'amirauté britannique n'a pas cru devoir prendre son projet en considération. Du reste, l'expérience seule pourrait dire quelle en est la valeur. Elle repose théoriquement sur le fait que l'explosion d'une torpille est d'autant plus désastreuse que son contact est plus complet, et sur la supposition qu'un coussin d'eau interposé entre la torpille et la coque est le meilleur agent de dispersion des forces explosives. L'amiral Elliot admet que sa crinoline réduirait d'un sixième environ la vitesse du cuirassé qui en serait muni; mais il fait valoir que cette armature mobile ne devient nécessaire qu'en temps de guerre, et d'une manière générale il croit qu'il ne faut pas attribuer trop d'importance à la vitesse propre d'un cuirassé. Une des erreurs de l'ingénieur naval de ce temps est même, à ses yeux, de trop s'attacher à réunir dans un même type de navire des conditions

inconciliables, comme la stabilité, la puissance défensive et la vitesse. L'amiral Elliot estime que les cuirassés ont une fonction propre et que les croiseurs rapides en ont une autre; les uns doivent être les compléments des autres et ils doivent se distinguer par des qualités difTérentes; la forteresse flottante n'a pas besoin de la mobilité qui caractérise la cavalerie légère de la mer : en tout cas, elle ne doit pas sacrifier ses facultés défensives à cette mobilité.

Il est encore vrai que la pei'tc de vitesse pourra réduire dans une mesure ['proportionnelle l'efficacilé de l'éperon qui peut être destiné aussi à jouer un rôle important dans la tactique uavale de Tavenir. Mais l'amiral Elliot estime qu'entre deux inconvénients on doit choisir le moindre, et qu'une protection effective contre les torpilles vaut tous les sacrifices. D'autre part, on ue saurait confondre l'emploi du bélier, tel qu'il peut se produire dans la mêlée d'un combat d'escadre, avec ce qu'il devient dans un engagement isolé, où les deux adversaires ont toute liberté de mouvement, où la vitesse reste un facteur de première importance. On admet en général que c'est presque toujours au flanc de l'ennemi que le coup d'éperon sera destiné. L'amiral Elliot pense, au contraire, que, dans une bataille de mer, les chocs d'avant à avant seront nécessairement les plus fréquents : d'où la nécessité de renforcer beaucoup plus que ne le font les constructeurs anglais les parties antérieures de leurs cuirassés, et aussi d'instituer de véritables écoles d'escrime navale, où les officiers de la flotte apprendront à manœuvrer leur navire, dans un corps à corps, comme un maître d'armes manie le fleuret.

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On voit que ces raisonnements, loin d'impliquer l'abandon du cuirassé comme élément principal de défense maritime, ou même de réduire son importance dans la tactique navale de l'avenir, tendent au contraire cà reiiforcer sa puissance défensive, fût-ce aux dépens de sa vitesse et de sa mobilité. L'amiral Elliot indique à ce propos quel est à ses yeux le type idéal de la forteresse flottante: c'est un navire large et trapu, d'un fort tirant d'eau, à compartiments étanclies au-dessus comme audessous d'un pont d'acier placé sous l'eau à cinq pieds de la ligne de flottaison; cuirassé à l'avant et à l'arrière; protégé contre les torpilleurs, comme il est dit ci-dessus, par une « crinoline « d'acier, sauf à l'avant, où des cellules remplies de liège rempliront le même office ; muni de màts-tripodes et d'une quantité de petites voiles; cachant sa machine et sa chaudière sous un pont cuirassé et dans un compartiment distinct, au plus profond d'une coque interne séparée de la « crinoline » par au moins quinze pieds de distance ; armé dans toutes les directions de canons du plus fort calibre, applicables à tous les besoins : — en un mot, un navire aussi stable et aussi protégé que possible, réunissant toutes les conditions du maximum de vitalité associées à la plus grande somme de puissance offensive.

De ces considérations générales et dont toutes les flottes du monde peuvent faire leur profit, l'amiral Elliot passe à d'autres questions plus particulièrement intéressantes pour la Grande-Bretagne. 11 compare la force des diverses marines, dresse le bilan de ce qui manque à l'Angleterre pour reconquérir sa suprématie navale, examine la situation que lui fait le percement de l'isthme

de Suez; puis il revient aux constructions navales, aborde les détails pratiques, touche au recrutement des officiers et à leurs études — en un mot traite tous les problèmes qui se rattachent à un sujet aussi vaste. Nous ne le suivrons pas dans ces discussions par trop techniques, et nous nous contenterons de signaler les curieuses cartes qui servent à mettre en lumière la thèse de l'auteur sur rinsuffîsance présente de la flotte britannique. Une de ces cartes montre la ligne de communication de la Manche au canal de Suez coupée par les escadres françaises, espagnoles, italiennes et turques, sorties de Brest, de Barcelone, de Toulon, de Gagliari, de laSpezzia, de Xaples ou du Bosphore. Une autre montre deux escadres françaises, sorties de Toulon et de Brest, se donnant rendez-vous au lai-ge du Portugal, pour se porter ensemble sur la Manche. La troisième carte nous fait voir les divisions navales de Brest et de Toulon opérant leur jonctionîau sud des Baléares pour se jeter sur Malte. Tous CCS diagrammes — est-il besoin de le dire? — ont uniquement pour but de démontrer à John Bull que s'il ne dépense pas au plus tôt quelques centaines de millions en constructions navales, la France est là, prête à ne faire de lui qu'une bouchée. C'est un genre de tableaux que la presse anglaise semble affectionner depuis quel- <|ues mois. Ces cauchemars britanniques n'auraient qu'un intérêt des plus restreints pour le lecteur français, lequel ne songe pas du tout à venger Trafalgar : c'est pourquoi nous les passons sous silence en retenant seulement du livre de l'amiral EUiol ce qui repose sur des données sérieuses, indépendantes de toute lubie nationale et de toute jalou.sie de voisinage.

LE COMEDIKN SRLON M. IRWtNG.

Le comédien selon M. Ir"wing.

Au cours d'une tournée dramatique qu'il vient d'achever aux Etats-Unis, le plus éminent des acteurs anglais contemporains, M. Henri Irving, a été invité par le recteur et les étudiants de l'Université de Harvard à leur faire une conférence, — une lecture, comm^. on l'a dit là-bas. C'est un honneur en quelque sorte officiel dont les membres de la grande école américaine ne sont pas Xjrodigues, et qui devait sembler particulièrement flatteur à l'artiste anglais dans un pays où une foule de rigoristes à principes n'admettent même pas que les honnêtes gens aillent au théâtre. En cherchant quel sujet il pourrait traiter devant son auditoire, M. Irving a naturellement pensé que le meilleur serait celui qu'il connaissait le mieux. Il a donc parlé du métier dramatique en s'excusant spirituellement de « causer boutique », sur ce que les étudiants de Harvard, selon la tradition des universités anglo-saxonnes, jouent tous les ans en grec une tragédie d'Eschyle ou de Sophocle.

Qu'est-ce que l'art du comédien? s'est d'abord demandé le conférencier. Considéré dans ses formes les plus élevées, celles qu'ont pratiquées un Pioscius, un Garrick, un Talma, c'est l'art d'incarner les créations du poète, de les faire vivre sur la scène avec le dernier degré de réalité et d'actualité. Selon le mot du grand tragédien français, c'est l'union de la grandeur sans pompe au naturel bans trivialité, l'effet de la sensibilité la plus délicate au service de l'intelligence la plus pénétrante. Plus l'acteur vieillit, plus il comprend combien son art est difficile et

complexe. Rien ne le prouve mieux qu'un mot de Macready. Il venait de jouer Hamlet pour la dernière fois de sa vie; le rideau était tombé et le grand comédien pensait avec tristesse que c'était fini, que plus jamais il ne s'incarnerait dans ce rôle où il avait mis — on sait avec quel succès — tout ce qu'il avait de puissance, de souplesse et d'émotion. En ôlant son manteau de velours, il murmurait presque inconsciemment l'adieu d'Horatio : « Bonne nuit, doux prince !... » Et se tournant vers un de ses amis qui se trouvait là: « Ah! dit-il, je crois Lien que je commence à comprendre tout ce qu'il y a de douceur, de tendresse et de noblesse dans ce cher Hamlel ! . . . » Parole bien digne d'un artiste, car le propre de l'artiste est lie ne jamais se contenter de ce qu'il a accompli, de toujours songer à ce qui lui reste à faire, d'aspirer constamment à un idéal supérieur, dùt-il ne jamais l'atteindre.

On dit parfois qu'il vaut mieux lire une pièce de théâtre que la voir jouer. C'est une opinion peu conforme aux goûts du public, s'il faut en juger par le nombre des gens qui vont au théâtre, comparé à celui des gens qui se contentent de lire les pièces. George Eliot a écrit que, pour son compte, elle aimait infiniment mieux voir jouer une des grandes tragédies deShakspeare, même par des acteurs très médiocres, que la lire dans son-cabinet; et quiconque en a fait l'expérience doit être de son avis. Combien de choses que l'imagination même la plus alerte ne peut pas se présenter à la lecture s'offrent simultanément aux yeux parle geste, la physionomie et l'inépuisable expression de la voix humaine! Même un cri mal venu, un mot mal dit, suggèrent des idées que ne donne

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