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ministère tory, devait suffire à provoquer une réaction irrésistible de cette même opinion.
« Vous voyez tous ces gens qui demandent un nouveau Crimes Act? me disait l'autre jour un membre du Parlement britannique. Demain, ils n'auront pas assez de pommes cuites pour le ministère qui s'aviserait de les écouter!... »
C'est ce que M. Gladstone a compris depuis deux mois déjà. Peut-être aurait-il attendu volontiers que cette réaction se fût produite, pour reprendre le pouvoir. Mais la question d'Orient était là, prête à se rouvrir, s'il attendait une minute de plus pour énoncer son quosego!... Il a saisi la balle au bond, s'est entendu avec M. Chamberlain sur la question agraire, avec M. Parnell sur la question irlandaise et a mis ses collègues en demeure de se prononcer sur l'heure. Vous avez vu le résultat : 329 voix contre 250, soit 79 de majorité, à sa première requête, sur un amendement condamné par M. Goschen et le marquis de Hartington, aux applaudissements des tories, et qui ne devait pas, au dire de M.M. Jesse Collins et Joseph Arch eux-mêmes, réunir plus de cent adhésions.
Voilà donc, par la force des choses, M. Gladstone rappelé à la direction des affaires avec une majorité formée des radicaux, des parnellistes et des quatre cinquièmes environ du parti libéral, contre une minorité où plusieurs libéraux modérés se trouvent côte à côte avec les conservateurs. Entendons-nous bien vite sur ce point : si l'on examine de près le scrutin de division, on ne trouve guère, parmi les dix-huit libéraux passés aux tories, que cinq ou six membres marquants, déjà enga-
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gés par des déclarations plus ou moins formelles au cours de la période électorale : lord Hartinglon, sir Henry James, sir John LubLock, MM. Goschen, Courtney, ^^'estlake. Le gros des troupes libérales s'est rallié à M. Gladstone, et dans plus d'un cas les membres de celte majorité ont voté sur ce point contre leur sentiment personnel. C'est Là un fait d'une importance capitale, car il montre à quel point l'influence du Grand OUI Man est irrésistible. Avant huit jours, la plupart des dissidents seront revenus à lui, car nothing siicceeds like siiccess, rien ne réussit comme le succès, en Angleterre spécialement. Il faut s'attendre, dans la presse, à de belles palinodies.
Vous jugerez sans doute qu'il peut être d'un haut intérêt, dans ces circonstances, de connaître la nature exacte des projets de M. Gladstone relativement à l'Irlande. En solliciter le programme de l'illustre homme d'Etat lui-même, à l'heure présente, il n'y avait pas à y songer. J'ai eu l'idée de m'adresser à un de ses amis dévoués, membre modeste, mais laborieux, de la majorité libérale, dont je connais de longue date les opinions comme un reflet fidèle de celles de son chef. Je l'ai prié de me faire l'histoire de l'évolution gladstonienne en ce qui touche au Home Ride. Voici ce qu'il m"a dit, résumé à grands traits.
— M. Gladstone avait prévu le triomphe électoral des parnellistes aux élections de 1885. Il était depuis longtemps déjà arrivé à la conviction qu'un traitement palliatif peut seul apaiser les maux de l'Irlande, tandis qu'un traitement chirurgical risquerait de les exaspérer de plus en plus. Comme chef du parti libéral, il a inauguré cette politique en 1868 par l'acte de disestablish'
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ment derEgiisc i^ protestante) d'Irlande, et débarrassé ce royaume catholique de l'un des fardeaux les plus humiliants laissés par la conquête. En 1870, il s'attaquait au problème plus grave et plus impérieux de la réforme agraire. Malheureusement, la question n'était pas arrivée à maturité, et les mesures adoptées par le Parlement, tout en apportant une réelle amélioration au sort des classes agricoles d'Irlande, ne pouvaient être regardées par personne comme définitives et suffisantes. Le Land Bill de 1871, destiné à développer ces mesures et à faire disparaître le régime féodal par l'institution graduelle, en Irlande, d'une classe de paysans-propriétaires, analogue à celle que vous avez en France, fut un pas de plus dans cette direction. Vous voyez que ces mesures, dans leur ensemble, m.arquent un plan d'apaisement bien défini, remontant à dix-huit ans au moins. Mais, dans cet intervalle, la question irlandaise a revêtu des aspects nouveaux. Une transformation des plus curieuses s'était produite dans les esprits à la suite du disestablishment de TEgiise d'Irlande. Le parti conservateur protestant, qui avait résisté avec passion à cette mesure, ne la vit pas plutôt passer dans les faits qu'il fî.t cause commune avec les catholiques pour revendiquer l'autonomie parlementaire enlevée à l'Irlande, il y a quatre-vingtsix ans. On rappela grâce à quels moyens Pitt avait réussi à faire voter l'acte d'union par un Parlement irlandais composé de gens à sa solde. On ne négligea rien pour tourner vers la restauration de l'autonomie politique les imaginations jusque-là plus spécialement occupées des questions agraires, municipales et religieuses. La rancune avait assurément une grande part à ce chan-
i^eraent de front des landlords protestants. Mais il pouvait aussi y avoir chez eux la conviction grandissante 'juo les questions irlandaises ne peuvent être efficacement traitées et résolues que par les Irlandais. Quoi (]u'il en soit, vous savez quels développements rapides prit dèi lors ce mouvement. En 1870, l'association du Home Riilc était fondée par Isaac Butt, à travers des phases diverses. Elle vient d'aboutir,' au bout de quinze a us, à envoyer à la Chambre des communes quatrevingt-six députés autonomistes sur cent trois, qui représentent l'Irlande au Parlement britannique...
— Vous dites autonomistes. Xe serait-il pas plus juste de dire séparatistes ?
— Je ne le crois pas. Dans mon opinion, le parti parnelliste ne compte pas, avec son chef, plus de quatre ou cinq députés réellement séparatistes... M. Gladstone a pensé, avec raison, qu'une pareille manifestation électorale devait tout primer dans les conseils du gouvernement. Cela étant, à quelle solution s'arrêter? Il n"y en a que deux de possible ; ou une résistance sans pitié, appuyée de lois draconiennes et, au besoin, de mesures extraparlementaires ; ou de larges concessions sans délai aux vœux de l'Irlande. Non seulement la première de ces solutions répugne au caractère de M. Gladstone, mais il estime que l'impuissance de la coercition est surabondamment démontrée. De 1801 jusqu'à ce jour, chaque année, ou peu s'en faut, a été marquée par une loi de répression contre l'Irlande, et le résultat est sous nos yeux. Est-il possible à un homme de bon sens d'espérer qu'un nouveau Crimes Act réussisse à faire ce que les autres n'ont pas fait? Évidemment non. Tout ce qu'on