M. GLADSTONE ET SES PROJETS. I4I
pourrait en attendre, ce serait la prolongation d'un intolérable état de crise... Dès lors, quelle décision prendre ? M. Gladstone a pensé qu'il n'y en a qu'une de pratique et de sage, c'est de se rallier carrément à la politique du. Home Raie.
— Croyez-vous qu'il soit arrivé de lui-môme à cette décision ?
— Non. Il y tendait, quand un homme d'Etat en qui il a pleine confiance a achevé de le convaincre : lord Spencer, ex-vice roi d'Irlande. Après plusieurs années passées à étudier sur les lieux mêmes le problème irlandais avec tous les moyens d'informations possibles et tous les pouvoirs en main, lord Spencer est revenu converti au Home Rule, et il a fait passer sa conviction dans l'esprit de M. Gladstone.
— Ce mot de Home Rule est très élastique : il peivt signifier soit un Parlement séparé pour Tlrlande, soit de simples concessions en matière municipale ou provinciale. Dans quel sens M. Gladstone l'entend-il ?
— Dans le sens le plus large. Et cela pour deux raisons : la première est que son tempérament le porte aux mesures complètes (sweeping, balayantes) ; la seconde est que, si l'on se rallie au Hoine Rule, il faut au moins s'assurer les avantages de cette politique en se conciliant les parnellistes : or, les parnellistes n'acceptent rien de moins que la restauration du Parlement irlandais.
— C'est dans ces termes que s'est fait l'accord dont le vote de mardi soir et le renversement du ministère tory )nt été la suite?
— Sans doute. Un Parlement irlandais entièrement indépendant, nommant ses ministres et légiférant sur
toutes les questions locales, tel est le premier article du ti-ailé. M. Gladstone ne marchande pas : il ne compte même pas réserver le droit de veto au Parlement britannique: pour la Chambre des communes de Dublin comme pour celle de Westminter, ce droit ne sera exercé que par la couronne, sur l'avis des seuls ministres irlandais.
— Permettez-moi de vous dire que je trouve cela prodigieux. Il me semble presque impossible que la présente Chambre des communes et surtout la Chambre des lords ratifient un pareil arrangement.
— C'est ce que nous verrons. Vous ne croyez pas assez au pouvoir que possède M. Gladstone, quand une conviction s'est implantée dans son esprit, delà faire passer dans celui de ses auditeurs.
— J'y crois beaucoup ; mais j'entends ce qu'on me dit de tous côtés, et c'est pourquoi je doute encore.
— Patience. Attendez quelques jours. Vous voyez quelle majorité M. Gladstone, au premier signe, a pu grouper sur l'amendement Jesse CoUins, qui n'excitait parmi nous, croyez-le bien, aucun enthousiasme. Sur la question irlandaise, les uns se décideront par conviction, les autres par lassitude, les autres enfin à titre expérimental.
— Fort bien. Mais je ne puis admettre que M. Gladstone songe à faire avaler à la Chambre des communes la dissolution de TUnion britannique.
— Il n'y songe pas non plus !... Les députés irlandais continueront à venir siéger avec nous dans des circonstances ^déterminées, pour les affaires « impériales ». Mais ils régleront chez eux tout ce qui a trait au gouver-