‹ A LondresChapitre 34 sur 94 · LA SUGGESTION HYPNOTIQUE. I · texte numérisé non relu

LA SUGGESTION HYPNOTIQUE. I

commencer, évidemment, par discuter les définitions du moi données par Hume, Mill, Spencer, Kant, Scliopenhauer, Maine de Biran, Wundt et les autres, et par indiquer la connexité de ces définitions avec la théorie nouvelle. Mais il s'agit ici en quelque sorte d'un simple programme. Contentons-nous donc de la définition adoptée par la philosophie du sens commun, telle qu'elle a été formulée par Reid, il a un siècle, dans son traité des Facultés intellectuelles de Vhomme. On peut la considérer comme exprimant la moyenne des vues acceptées à cet égard :

« La conviction que l'homme possède de sa propre identité, nous dit Reid, n'a pas besoin des secours de la philosophie pour s'affirmer ; aucune philosophie ne pourrait même l'affaiblir sans produire d'abord un certain degré d'insanité... Mon identité personnelle implique l'existence continue de cet être indivisible que j'appelle moi. Quoi que puisse être ce moi, c'est quelque chose qu^ pense, qui déhbère, qui décide, qui agit et qui sent. Je ne suis ni pensée, ni action, ni sentiment. Je suis quelque chose qui pense, qui agit et qui sent. Mes pensées, mes actions, mes sentiments, changent constamment : leur existence n'est pas continue, mais successive; ce moi, dont ils dépendent, est permanent et reste toujours dans le même rapport avec ces pensées, ces actions, ces sentiments successifs que j'appelle miens... L'identité de l'individu est parfaite. Elle n'admet pas de degrés du moment où elle existe. Il est impossible qu'un individu soit partiellement le même et partiellement différent. La personne est une monade indivisible. L'identité personnelle n'admet pas d'ambiguïté. Elle est le fondement de tous les droits, de tous les devoirs, de toutes les responsa-

A LONDKKS.

bilités. Aussi la notion que nous en avons est-elle fixe et précise. »

Voilà assurément une formule très nette du verdict obtenu par la méthode d'induction et de la conclusion à laquelle nous arrivons en nous considérant comme un tout complet et indivisible, à peu près à la façon dont l'enfant regarde sa poupée. Mais, supposons qu'au lieu de procéder ainsi et d'accepter comme démontré ce qui est, après tout, une pétition de principe, nous nous considérions non pas comme l'enfant considère sa poupée, mais en nous plaçant au point de vue dufabricant.il sait, lui, de combien de pièces elle se compose, par la raison qu'il les manucfacture séparément. Eh bien, quels seront alors les éléments irréductibles d'où nous pourrons remonter à notre apparente unité psychique?

Nous partirons de la cellule type, douée d'irritabilité réllexe. Nous supposerons ensuite plusieurs de ces cellules juxtaposées et parvenues à ce qu'on désigne sous le nom de « conscience coloniale », c'est-à-dire à l'état où le groupe d'organismes élémentaires forme, au point de vue de la locomotion seule, un individu complexe, quoique chaque polype conserve son autonomie pour ce qui ne se rapporte pas à l'action collective. Puis, nous arriverons à une ébauche de cerveau pour l'ensemble colonial, ébauche qui ne sera pas encore à l'abri des erreurs intellectuelles, car il arrivera à la tête de manger la queue, si elle se trouve par malheur à sa portée. Elevons-nous plus haut encore : l'organisme complexe forme définitivement une unité; mais cette unité résulte d'une coordination parfaite, non d'une création soudaine: c'est une unité d'agrégation, pas autre

LA SUGGESTION Hn^iNOTiQUK. igq

chose. L(?s cellules de mon corps sont miennes en ce sens qne, pour leur propre bien-être et leur sécurité, elles sont convenues d'exécuter les.ordres démon cerveau! Mais ces serviteu]-s n'en ont pas moins une vie propre : ils peuvent, par exemple, s'hypertrophier sans que je puisse rien pour les en empêcher.

On dira : Mais ma conscience témoigne que je suis une simple entité. Cela signifie simplement qu'une cœnesthésie stable existe présentement en moi; un nombre suffisant de mes centres nerveux agissent de concert; je suis gouverné, si l'on veut, par une majorité normale! Mais donnez-moi sur la tôte un bon coup de bâton qui réduise au silence deux ou trois de ces centres, et voilà tout le reste qui s'éparpille en « groupes parlementaires », avec le délire et la démence comme résultat. Ma mémoire prouve que je suis cette année le même homme que l'an dernier, objectez-vous ? Pas le moins du monde. Gela prouve simplement que ma circulation sanguine s'est opérée avec régularité et que la nutrition cérébrale a reproduit exactement les impressions transmises par le passé aux éléments nerveux. Mon organisation est la véritable base de ma personnalité. Je ne suis toujours qu'une colonie de cellules. L'inconscient et l'inconnaissable d'où mes pensées et mes sentiments dérivent leur unité est au-dessous et non pas au-dessus de ma conscience. Cette unité résulte de ma substructure protoplasmatique, et non point de je ne sais quel principe transcendant.

Est-il bien vrai d'ailleurs que cette identité du moi reste parfaite? Sans doute, nos goûts, nos caractères, sont à peu près permanents; les capacités spéciales pour

le plaisir, pour la peine, pour l'action, pour la perception, qui nous individualisent, ne changent pas arbitrairement ou subitement, mais elles grandissent avec ,^ou. s'altèrent et vieillissent avec nous; a beaucoup d'égards, on ne saurait dire que le moi de l'homme de soixante ans soit le môme qu'il avait à six, ou à douze ou

à vingt-cinq. ,

Telle est, sommairement esquissée, la théorie ae la per'^onnalité humaine vers laquelle semble tendre pre- , lentement l'enquête des psychologistes physiciens. ^ ^ 4près M. Ch. Richet et M. Beaunis en France, après M Gurnev en Angleterre (dans la iYaîiona/ i^erf.ir, IbSb), après le baron de Prel en Allemagne (dans sa Philo- ^phic cler mystlk, Leipzig, 1885) M. Myers va rechercher iusqu'à quel point les trois éléments de la personnahte humaine -la volonté centrale, la mémoire continue et le caractère homogène - conservent leurs contours définis dans les expériences analytiques rendues possibles par l'état d'hypnotisme.

L'hvpnotisme, nous dit-il, est encore dans 1 enfance, mais toute psychologiequinetientpascomptedecetordre

de faits doit désormais être considérée comme surannée. Étudions d'abord la volonté. Les annales de l'hypnotisme ne sont, pour ainsi dire, composées que d'exemples de suggestion, mettant hors de doute la possibilité de substituer à la volonté du sujet hypnotisé celle de 1 operateur. Ces choses sont depuis longtemps chez nous dans le domaine public. M. Liégeois, professeur à la Faculté de droit de Nancv, en a même signalé la haute importance, au point de vue de la responsabilité pénale et même civile, dans le travail qu'il a lu en avril et mai 18».

Page 1