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LA SUGGESTION HYPNOTIQUE

à l'Académie des sciences morales et politiques. Elles semblent être moins familières aux lecteurs anglais,, car M. Myers se croit obligé pour leur édification de reproduire un certain nombre d'exemples de suggestion en quelque sorte classiques. Il en ajoute deux ou trois tirés de sa pratique personnelle :

« Je dis à un sujet hypnotisé : — Vous ne pouvez pas ouvrir les yeux !... 11 les garde fermés. — Riez!... Il rit. — Tous vous appelez Nabuchodonosor. Quel est votre nom? Nabuchodonosor... Je le réveille et je lui dis : — Tous étiez hypnotisé, et il vous a été impossible de ne pas obéir à mes suggestions. — Pas le moins du monde, réplique-t-il. J'ai fait exactement ce que j'ai voulu. J'ai tenu les yeux fermés parce que j'étais las de vous regarder. J'ai ri de vos prétentions. J'ai prétendu m'appe- 1er Nabuchodonos.or, tout simplement pour me moquer de vous. — Fort bien, vous avez voulu vous amuser, mais maintenant c'est une affaire terminée. Vous allez tâcher de désobéir à mes suggestions, si cela vous est possible. — C'est entendu... Je le rendors et je lui demande son nom. Il reste silencieux. J'insiste. Il finit par répondre avec effort et comme en hésitant : — Nabuchodonosor... Je le réveille alors et je lui demande les motifs qui l'ont conduit à me faire cette réponse. — Ma foi, dit-il, j'ai pensé que je pouvais aussi bien m'appeler Nabuchodonosor que de tout autre nom... »

Des faits de ce genre établissent clairement la possibilité d'annuler la volonté chez un sujet hypnotisé, en substituant à son libre arbitre celui d'une tierce personne.

Passons à la mémoire. Ici encore, M. Myers emprunte

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ses exemples au travail de M. le professeur Beaunis, publié par la Revue philosophique d'août et septembre 1885. En voici deux :

. Mlle A. E... venait d'entrer. Je lui dis : — Dans une minute, vous prendrez ces deux bustes (sur la cheminée) et vous les mettrez à la place l'un de l'autre... A la soixantième seconde, elle agit suivant ma suggestion, et rinslant d'après n'avait plus le moindre souvenir de .on arte. Mme H. A..., qui l'accompagnait, me dit : - Je suis bien sûre que je ne me serais pas montrée si ,lo,ile. - Fort bien, répliquai-je : dans une minute, vous prendrez un sou dans la poche droite de mon gilet et vous le mettrez dans la poche de votre robe... Quand la minute se fut écoulée, Mme H. A..., après un moment d'hésitation, se leva, vint à moi, prit le sou dans ma poche et le mit dans la sienne. Un instant plus tard, je lui dis • -Videz votre poche! Elle me regarda avec surprise, mais obéit; en trouvant le sou, elle parut étonnée et le mit dans son porte-monnaie. Quelqu un lui dit • - Ce sou n'est pas à vous, il appartient a M. Beaunis à qui vous venez de le prendre... Il lui fut impossible de se rappeler cet acte si récent, et elle ne parut pas le moins du monde convaincue que le sou ne fut pas sa propriété. »

De ce fait et de plusieurs autres analogues, M. Myers conclut que la mémoire n'est pas « une impression sur papier blanc, prise à mesure que nous avançons dans la vie : c'est un manuscrit paUmpseste, où le texte le plus récent est assez lisible, mais qui peut laisser reparaître toute sorte d'écritures inconnues, si l'on apphque les réactifs nécessaires. »

LA SUGGESTION HYPNOTIQUE. igS

Peu d'oLservations, reniarque-t-il avec raison, sont faites pour porter un aussi rude coup aux vieilles conclusions métaphysiques. Que de pages on a écrites pour démontrer que la persistance d'un seul souvenir à travers tous les changements physiques de l'individu met hors de doute la personnalité humaine ! Et, en somme, il semblait assez raisonnable d'admettre cette continuité de la mémoire, à la condition pourtant qu'on ne tînt pas compte des années antérieures à tel souvenir spécial, ni de celles où ce souvenir s'est effacé, ni des états de sommeil ou de rêve où le sujet n'en a pas conscience. Mais ici encore l'hypnotisme a mis au premier plan des faits qui passaient jusqu'ici pour de simples curiosités. Les phénomènes de mémoire allouante qu'on observait autrefois tout à fait exceptionnellement dans certains cas de blessure ou de maladie peuvent maintenant être reproduits à volonté chez des sujets bien portants, et en appliquant cette analyse soit à des souvenirs anciens, soit à des souvenirs récents. On peut môme développer artificiellement le souvenir de faits imaginaires, en des conditions telles que ce souvenir dépend uniquement de l'expérimentation et non point du sujet. Quel terrible argument contrôla personnalité, telle qu'on la concevait naguère ! . . .

Arrivons enfin au caractère. Certes, si quelque chose parait inséparable de l'individu, c'est son caractère propre, cet ensemble d'habitudes, d'opinions, de manières d'être, déterminé en partie par l'hérédité, en partie par l'expérience. Eh bien, ici encore l'hypnotisme fournit le moyen de modifier instantanément, soit d'une façon passagère, soit d'une façon continue, le caractère propre

de riiidividu, de le faire agir de la manière la plus opposée à celle qu'il adopterait dans Tctat normal. M. D..., par exemple, fumait et Jjuvait de la bière au i>oint de mettre sa santé en péril. M. Licbault Tliynoptise et lui suggère de ne plus fumer et de ne ijIus boire de bière. Dès lors, le sujet suit avec docilité le programme qui lui a été tracé et Thypnotisme obtient de lui ce que n'ont jamais pu faire ni ses propres efforts volontaires ni les remontrances de sa famille.

Les expériences hypnotiques jettent donc un jour nouveau sur la nature intime de la volonté, de la mémoire et du caractère humain; elles montrent que la personnalité n'est véritablement ni définie, ni permanente, ni stationnaire ; que le sentiment du libre arbitre est essentiellement flottant et illusoire, la mémoire multiple et intermittente; que le caractère est une fonction de ces quantités variables et peut être modifié du tout au tout j)ar des moyens exclusivement physiologiques.

^'oilà donc une méthode de localisation cérébrale qui pourra conduire ou non à des indications anatomiqucs, mais qui est, en tout cas, singulièrement commode pour les recherches psychologiques, et l'on peut dire infaillible. La suggestion une fois arrivée au cerveau hypnotisé, ce cerveau se charge lui-même de choisir le centre d'action qui doit être stimulé ou rester impressionné. Quand on a été témoin de phénomènes de cet ordre, on hésite véritablement à assigner des limites à ce qu'il sera possible de tirer de la suggestion. Pourquoi n'arriverait-on pas notamment à isoler ou à suspendre les diverses espèces de sensibilité, sensorielle, thermique, tactile, ou même des facultés plus spéciales

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