LA SUGGESTION HYPNOTIQUE. IQ
encore?... Il ne faut pas désespérer de séparer les courants intellectuels de l'être de ceux qui se rapportent à la nutrition. Tout devient désormais possible. Nous sommes en possession de la baguette magique : il ne reste qu'à en apprendre tous les usages.
Mais, sans perdre son temps à prophétiser, on peut se tenir déjà pour satisfait des résultats acquis. En psychologie comme en tout, la grande force est de se mettre en possession de faits positifs. Si nous sommes des êtres multiples, sachons-le sûrement, ne fut-ce que pour tirer de cette multiplicité les avantages qu'elle comporte. Si nous pouvons si aisément nous modifier sous l'action des circonstances extérieures, apprenons à nous perfectionner. Tant que nous nous déclarerons des atomes incompressibles, nous serons impuissants à régir notre structure moléculaire. Tant que nous ne saurons pas reconnaître ce que nous sommes, nous resterons incapables de devenir ce que nous pouvons être :
« Nous avons ainsi, dit pour conclure M. Myers, la consolation de trouver que l'hypnotisme peut non seulement disséquer notre entendement, mais dans une certaine mesure l'améliorer. Aux yeux de bien des gens, ce sera un pauvre contrepoids à l'abaissement de la dignité et delà destinée humaine, tel qu'il semble résulter de notre argumentation... Mais pourquoi ne pas espérer, au contraire, qu'un grand nombre de questions supposées définitivement closes, soit dans le sens théologique, soit dans le sens matérialiste, ne vont pas être rouvertes par ces recherches? Qui nous dit même que ces questions n'arrivent pas pour la première fois à la portée de l'investigation scientifique? Peut-être sommes-nous en
train d'épeler les premiers élémenls de ces problèmes qae tant de prédicateurs ont cru résoudre avec une prosopopée, tant de philosophes avec une formule, tant de physiologistes avec un sourire ironique ! »
Il est également permis de partager les espérances de M. Myers ou de les considérer comme chimériques. Mais, de toute façon, le plus sûr est évidemment de s'en tenir aux faits, de les étudier de bonne foi, de les développer sans haine et sans crainte, en témoin intègre et loyal. S'il y a une conclusion qui s'impose toujours et l'on peut dire de plus en plus aux esprits attentif?, c'est l'immutabilité des lois naturelles. A quoi bon se fâcher contre les choses? a dit le tragique grec ; elles n'en ont cure. Contentons-nous de les creuser de notre mieux, sans trop d'espoir d'arriver au fond, mais avec l'ambition légitime d'en approcher le plus possible.
LE PROFESSEUR SEELEY SUR NAPOLEON l". I qy
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Le professeur Seeley sur Napoléon P'.
L'étude que publie sur Napoléon le regius professeur d'histoire moderne à l'Université de Cambridge. M. John Robert Seeley^ est surtout intéressante par les jugements généraux qui en forment la conclusion. Sur la biographie même du premier Bonaparte, l'auteur devait nécessairement avoir peu de documents nouveaux à produire dans un simple précis. Aussi le véritable chapitre du livre est-il le dernier, celui qui a pour titre : « La place de Napoléon dans l'histoire. »
Après avoir passé en revue la carrière d'un personnage historique, nous dit en substance le professeur Seeley, on désire naturellement se faire une idée d'ensemble de son caractère et de ses talents. Ce n'est pas chose aisée pour Bonaparte, et personne n'a été aussi diversement jugé. Qu'on rapproche seulement les opinions portées sur lui par Thiers et par Lanfrey, par Gœthe et par Hazlitt, par Jefferson et par Southey. Sa
1. A Shorl Hislory of Napoléon tke fîrst, by John Robert Seeley. A Londres, chez Seeley and G".
igB A LONDRES.
carrière se ijrôle à toutes les exagérations du panéryrique et à toutes celles de l'invective. La série de ses succès est la plus merveilleuse qu'il y ait dans l'histoire, et ce merveilleux même est fait pour paralyser le jugement. Mais, à l'étudier de près, ce qu'il y a surtout de surprenant dans cette fortune, c'est qu'elle soit échue à un pareil homme. Aussi le premier pas vers un jugement impartial doit-il être la séparation des facteurs. Il faut examiner d'abord comment Napoléon fut à la fois servi et modelé par les circonstances: puis, considérer ce qui lui est véritablement propre et personnel. Procédant à ce double examen, le professeur Seeley estime que la fin du dix-huitième siècle a vu commencer un mouvement de transformation de tous les grands Etats européens, jusque-là inorganiques, en organismes conscients. Ce mouvement s'est d'abord manifesté en France. Une telle avance a nécessairement donné à l'esprit français un élan prodieux et un profond sentiment do sa force; d'où un immense avantage sur les autres Etats, au point de vue militaire^ et un entraînement irrésistible vers les grandes entreprises à main armée. Le chef de ces entreprises se trouva être Bonaparte, mais aurait pu tout aussi bien être un des nombreux généraux qui sortirent des guerres de la Révolution. D'autre part, l'avantage qu'avait eu la France au début de ces guerres était, de sa nature, temporaire sinon accidentel. Aussi l'œuvre de Napoléon a-t-elle duré moins que sa vie même, tandis que l'histoire nous montre l'œuvre d'Alexandre, celle de César, de Charlemagne, de Pierre le Grand, de Frédéric II, leur survivant au cours des siècles.
LE PROFESSEUR SEELEY SUR NAPOLÉON l^"".
Lldéc vulgaire est que Bonaparte, à peine maître de la France, s'aLandonna à ses instincts militaires et se jeta à corps perdu en des guerres de concxuête. Rien de moins conforme à la réalité. En fait, la guerre n'avait pas cessé de faire rage en Europe depuis 1792, et l'avènement de Bonaparte au pouvoir fut au contraire marqué par quatre ans de paix sur le continent et un an de trêve avec l'Angleterre : à toiles enseignes que le premier consul se posa alors comme le pacificateur du monde et l'ami de la civilisation. On suppose aussi qu'il forma vers 1803 le dessein formel de conquérir l'Europe. Mais, s'il avait pris une décision pareille, il n'aurait jamais procédé comme il le fit, et il aurait surtout évité avec soin de s'engager simultanément contre l'Angleterre et contre les puissances continentales. La vérité, c'est qu'il médita d'abord d'écraser l'Angleterre, parce que la politique traditionnelle de la France, depuis cent ans, et les coups personnels que lui avait portés la marine anglaise, l'exigeaient également — et qu'il accepta la guerre continentale seulement comme un pis aller. Talleyrand le constate formellement en 1803. « L'Angleterre, écrit-il, peut obliger la France à conquérir l'Eiirope. » Or, c'est un caractère constant dans la la carrière de Napoléon, qu'il a toujours deux plans, et qu'il est toujours prêt à se rejeter sur le second, si le premier échoue. Son but était, vers 1803, de s'attaquer à l'Angleterre seule et de l'écraser, spécialement pour ne pas lui laisser Malte. Ce plan échoua, parce que Pitt revint au pouvoir et reforma une coalition européenne. Dès lors. Napoléon se vit condamné à se rabattre sur son plan subsidiaire : au lieu de vaincre directement
l'Angleterre, soumettre directement le continent, et par ce moyen l'Angleterre. Or, en dernière analyse, ce second plan devait échouer comme le premier, après avoir été un instant près de réussir.
Tout autre général français, Moreau par exemple, arrivé au pouvoir suprême en brumaire, se serait trouvé aux prises avec la môme difficulté, aurait trouvé impossible de souscrire à l'abandon de Malte, et probablement aurait, lui aussi, rompu la paix d'Amiens. Mais ses résolutions n'auraient pas eu sans doute le même caractère de violence. Il aurait apprécié à sa valeur la supériorité navale de l'Angleterre et tenté de ruiner son pouvoir par des moyens moins dangereux. Lui aussi, il aurait problablement remporté de sérieux avantages contre les puissances germaniques, mais il se serait bien gardé déjouer une partie comme celle d'Austerlilz. L'idée de vaincre l'Angleterre, en écrasant d'abord l'Europe, lui aurait paru une pure insanité. La France n'aurait donc eu avec lui ni Austerlitz, ni léna, ni Friedland; Moreau n'aurait pas distribué de couronnes à ses frères et n'aurait pas épousé une archiduchesse. Mais il n'en aurait pas moins été le pluspuisssant souverain de l'Europe, et, sans entrer à Vienne, il aurait éclipsé l'Autriche en groupant autour de lui la confédération du Rbin. 11 y a mieux ; un Moreau n'eut probablement pas commis la faute de vouloir fonder une monarchie; préférant le rôle de Washington, il se serait contenté du pouvoir, pendant un terme limité, pour le transmettre ensuite à un de ses compagnons d'armes. A le supposer aussi peu désintéressé que Napoléon, s'il avait institué un trône héréditaire, il se serait arrangé pour le rendre tolérable à
l'Europe. Les Bourbons étaient oubliés sans retour; selon toute apparence, sa dynastie durerait encore et régnerait sur un empire qui comprendrait au moins, avec la France actuelle, la Belgique et la rive gauche du Rhin. On voit comment l'histoire a dû une sorte de déviation au caractère personnel de Bonaparte.
Ce Napoléon, que l'imagination populaire se représente volontiers comme l'incarnation même du succès, échoua misérablement dans toutes ses entreprises. Il n'eût même pas le facile mérite de conserver à la France les acquisitions territoriales de la Révolution, et la laissa plus petite qu'il ne l'avait trouvée. Henri II lui avait conquis les Trois-Evêchés, Louis XIV l'Alsace et la Franche-Comté, Louis XV la Lorraine et la Corse, la première République la Belgique et la rive gauche du Rhin. Seul, de tous les maîtres de la France moderne, Napoléon I" ]ui infligea d'irréparables pertes de territoire, que le triste héritier de son nom et de son système devait encore aggraver.
Le grand mythe gladstonien.
Une polémique récente sur la genèse de l'univers, entre M. Gladstone et le professeur Huxley, vient de donner lieu, dans le Macmillan' s Magazine^ à une amusante fantaisie, qui rappelle un peu le fameux « Comme quoi Napoléon n'a jamais existé », du bibliothécaire d'Agen. Titre : « Le grand mythe gladstonien, chapitre détaché de la Mythologie post-chrétienne, du professeur Boscher; à New- York, l'an 3886. »
Au nombre des mythes post-chrétiens de la race teu-
tonne qui s'était établie eu Angleterre, nous dit l'auteur anonyme de cette bluette, il n'y a peut-être pas de figure plus imposante et plus mystérieuse à la fois que celle de Gladstone ou .Mista Gladstone. Les monuments littéraires de l'époque ayant à peu près complètement disparu, nous ne pouvons reconstruire le mythe gladstonien que par la méthode comparative, c'est-à-dire en rapprochant les vieux rituels, les hymnes, les imprécations et autres textes religieux, qui nous restent, des traditions populaires, des épitaphes et des œuvres d'art. Les résultats de cette comparaison doivent ensuite être étudiés h la lumière des Yédas, des monuments égyptiens, et généralement de tout ce qui semble, aux yeux du vulgaire, à la fois le plus obscur et le plus éloigné du sujet. Les secours de la philologie ne doivent pas être repoussés non plus, sous le vain prétexte que Longus ou Longinus a déclaré les conclusions de cette science sujettes à caution. En réalité, la philologie est notre véritable fil conducteur dans le labyrinthe des mythes post-chrétiens.
Aussi l'analyse philologique du nom de Gladstone a-telle été tentée successivement par Rotli, Kuhn, Schwartz et autres descendants de nos glorieux prédécesseurs en érudition, lloth voit dans glad le mot écossais gled, qui signifie épervier ou faucon : il rappelle à ce propos le faucon Indra du Rig-Véda et le dieu égyptien Osiris, à tête d'épcrvier, qui personnifiaient incontestablement le soleil. De leur cùté, Kuhn et Schwartz donnent surtout de l'importance à la finale stone, qui se retrouve dans un fragment attribué à Shakespeare, tfie ail dreadcd thunderstone, « la foudre redoutée de tous. » Les deux émi-
nents philologues en concluent que Gladstone était en principe réclair de la foudre, et par extension le génie des tempêtes...
... Notre humble avis personnel, c'est que Gladstone, au point de vue philologique, est proprement « la pierrefaucon, » combinant à la fois les attributs du faucon Indra, ceux d'Osiris et ceux de la pierre solaire de Delphes, qui se retrouve également dans le rituel des funérailles égyptiennes. Quant à la ridicule théorie qui voudrait faire de Gladstone, avec Falkenstein, un simple nom de lieu et une corruption du primitif gledstane, elle n'a pu être avancée que par des gens ignorants des plus simples éléments du sanscrit.
... Il semble que les adorateurs du soleil-faucon ou du faucon-soleil, sous le vocable gladstonien, aient été dans l'habitude de saluer son lever, chaque matin, par des manifestations imprimées d'adoration et de respect, qui rappellent dans une certaine mesure les hymnes à Osiris Parmi les épithètes appliquées au dieu dans ce qui nous* reste de ces monuments, nous relevons celles &'' universel, étonnant, ami des hommes^ subtil, fécond, illustre, éclatant, radieux, clair, et beaucoup d'autres, qui ne peuvent guère s'appliquer qu'au soleil.
A la vérité, on trouve aussi dans une imprécation fragmentaire bien connue ce renseignement inattendu que Gladstone est le « bien-aimé de la Divine-Figuredu-Nord, c'est-à-dire du Grand-Czar-Blanc. Circonstance qui a intrigué au plus haut degré le monde savant, jusqu'à ce qu'enfin un texte niûllerien (de Max Millier), récemment exhumé, en a donné l'explication. Ce texte met, en effet, hors de doute que le Grand -Lièvre-Blanc
adoré par les Indiens-Peaux-Rouges n'était aulrc chose que l'Aurore. Inutile de rappeler à de vrais savants que le Grand-Lièvre-Blanc (en dialecte algonquin Manibozho) devient Grand-Czar-Blanc en anglais de l'ère de Victoria. De sorte que la Divine-Figure-du-Nord ou Czar-Blanc, mythologiquement associée à Gladstone, se trouve en dernière analyse être la même que le Grand-Lièvre, ou dieu de l'Aurore, du peuple algonquin.
Ailleurs, Gladstone est accusé de n'avoir « ni conscience ni sentiment de l'honneur », et de changer si fréquemment d'avis ou d'aspect qu'on serait tenté d'attribuer à la lune, plutôt qu'au soleil, un caractère aussi variable. Mais, comme Roth Ta fort bien vu, cela s'explique de reste quand on se rappelle les particularités du climat de l'Angleterre et les rares apparitions qu'y fait le soleiL Les preuves abondent, au surplus : sur une des routes de l'Ouest, entre les emplacements présumes de Londres et de Bristol, des fouilles récentes ont mis au jour un monument des plus intéressants; l'inscription en est quelque peu effacée, maison peut afTirmer pourtant qu'elle se compose des trois signes ou lettres : G 0 M, qu'on a voulu lire Grand 0kl Man, sous prétexte que tel était le surnom familier d'un obscur politicien du temps. L'hypothèse a peu de poids : encore est-elle moins ridicule que la version 60 M, c'est-à-dire « soixante milles de Londres », uniquement basée sur ce qu'en effet le monument en question se trouvait à cette distance de la capitale précitée. Ce sont là de simples coïncidences qui n'ont aucune valeur archéologique. Les hommes du métier admettront tous que notre version a la valeur d'une équation : G 0 M ^ Gladstonio Opthno Maximo...
... Nous trouverions, s'il le fallait, d'autres preuves encore dans les fragments qui nous montrent Gladstone « en opposition n, ce qui est un terme emprunté à l'astronomie. On y voit qu'il se trouvait alors « plus libre de ses mouvements et moins responsable », et qu'il « rendait la position intenable pour ses adversaires », expressions d'une mythologie trop transparente pour - exiger un commentaire. Ne voyons-nous pas constamment, d'ailleurs, Gladstone opposé à Huxley? Or, Huxley, tous les philologues le savent, est , d'après la loi de Grimm, identique à Huksley : c'est un être brillant enveloppé dans une cosse [hmk, cosse, gaine), probablement la nuit, ou un nuage orageux. La discussion entre Huxley et Gladstone au sujet de la création est visiblement une répétition de la dispute de Wainamoinen avec Jonkahainen, dans le Kalevvala des Finnois. Délivré de sa cosse, Huxley devient, avec Beaconsfield, le champde-lumière, ou ciel-radieux...
Diverses œuvres d'art représentent Gladstone une hache à la main : je parle surtout de certaines pierres taillées et d'un grand nombre de vases dits « pots à conîtures. » D'autres fois, il est représenté avec une vache i ses pieds, comme Apollon Smintheus et le dieu japonais le l'Abondance... Une ou deux inscriptions permettraient )eut-être d'établir un rapprochement entre cette vache it la génisse lo des mythes grecs. (Consulter à ce sujet e Prométhée d'EschvIe. )
2û6 -^ LONDRES.
Le professeur Huxley sur le tabac.
L'Association britannique pour l'avancement des sciences se partage sur la question du tabac, comme sur beaucoup d'autres, en deux camps bien tranchés : les partisans et les adversaires de la plante importée par Nicot. Appelé à se prononcer en ce grave débat, le professeur Huxley a fait comme suit, d'après le Médical ami siirgical Reporter, l'histoire de son expérience personnelle.
Pendant quarante ans de ma vie, a-t-il dit en siibslance, le tabac a été pour moi un affreux poison. [Applaudissements des ennemis du poison]. Tout jeune, à l'époque où j'étudiais la médecine, j'essayai de fumer. Vains efforts, à chaque nouvelle tentative, l'ennemi me terrassait et me laissait gisant sur le carreau. {Xouvcaux applaudissements). J'entrai dans le corps médical de la flotte, et là encore j'essayai de fumer. Ce fut pour me voir une fois de plus vaincu par le tabac. Aussi l'avaisje en haine mortelle. Je crois bien que j'aurais alor; appuyé avec enthousiasme toute mesure dirigée contn le tabac ouïes fumeurs. [Acclamations frénétiques).
Il y a quelques années, je voyageais en Bretagne ave^ deux ou trois amis. Un jour qu'il pleuvait à verse, nou dûmes nous réfugier dans une misérable auberge d village. La perspective d'une après-midi à passer 1 n'avait rien de réjouissant, et la pluie semblait ne pa vouloir s'arrêter. Mes compagnons se mirent à fume) et, en dépit de tout, ils avaient l'air si satisfaits de lei sort que je me dis : ma foi, je vais essayer de faire cornu: