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L AUTEUR DES « LETTRES DE JUNIUS. » D

la plus grande somme possible de concordances entre les opinions politiques, les actes, les idées do ce candidat, et les indications tirées des Lettres de Junius. D'autres se sont surtout attachés au style. Plus récemment enfin, on s'est principalement occupé de l'écriture des manuscrits conservés par Woodfall, pour la comparer à des documents d'origine certaine. Le résultat de ces travaux a été, en cent ans, une liste de quarante-deux personnages successivement considérés par les uns ou par les autres comme ayant écrit les Lettres de Junius. Voici cette liste par ordre alphabétique , d'autant plus curieuse que les données du problème étaient forcément très limitées et que tous les candidats devaient nécessairement répondre à certaines conditions de temps, de nationalité, de résidence, d'opinions, de talent notoire ou supposé :

Adair. — Isaac Barré. — H. M. Boyd. — E. Burke. — Butler. — Lord Gamden, — Lord Chatham. — Lord Ghesterfield. — De Lolme. — Lord Ashburton Dunning. — S. Dyer. — H. Flood. — Docteur Philip Francis (père du suivant). — Sir Philip Francis. — E. Gibbon. — Richard Glover. — H. Grattan. — W. Greatrakes. — G. Grenville. James Greuville. — G. Hamilton. — James Hollis. — Sir Williams Jones. — John Kent. — Général Ch. Lee.

— Ch. Lloyd. — Lord Lyttleton. — L. Macleary. — Duc de Portland. — Th. Pownall. — Sir Robert Rich. — J.Roberts. — Ph. Rosenhagen. — Lord George Sackville.

— Lord Shelburne. — Lord Temple. — Horne Tooke. — Horace Walpole. — John Wilkes. — A. Wedderburn. — J. Wilmot. — D. Wray.

Cette liste dressée, la critique anglaise et américaine

s'est remise à l'ouvrage, et, en procédant par éliminations successives, a fini par la réduire à six noms, sur lesquels s'est principalement porté désormais l'effort de la controverse. Ces six noms sont ceux de sir Philip Francis, de lord Sackville, du colonel Isaac Barré, de sir Robert Rich, de Pownall et de single-speech Hamilton {\l-àm\\{oi\ au-discours-umque] .

Parmi ces six candidats, celui qui a pour lui les suffrages les plus nombreux, et aussi la plus grande somme de preuves apparentes, c'est le premier, sir Philip Francis. Macaulay a écrit : « Les titres de lord Lyttleton à passer pour Fauteur des Lettres sont supérieurs à ceux de Burke et de Barré, et au moins aussi bons que ceux de lord Sackville et de single-speech HamilLon. Mais les motifs invoqués en faveur de sir Philip P^ rancis sont autrement forts et reposent sur des coïncidences telles qu'il n'en faudrait pas plus pour faire condamner un accusé en cour d'assises. »

Ces coïncidences, que Féminent historien trouvait si péremptoires, sont les suivantes : 1° Fécriture de Junius ressemble beaucoup à celle de Francis et en reproduit les caractères distinctifs; 2" Junius est familier avec des expressions techniques qui reviennent fréquemment sous la plume de Francis ; 3° il est particulièrement au fait des affaires du département de la guerre; 4" il assistait durant l'année 1770 aux débats de la Chambre des lords et rapporte presque textuellement certains passages des discours de Chatham; 5° il était évidemment des amis de lord Holland ; 6" il se montre très mécontent de la nomination de Charnier au sous-secrétariat de la guerre. Or, toutes ces remarques sont applicables à sir

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Philip Francis. Né en 1740 à Dublin, élevé à Londres sous les yeux de son père, entré dans la vie politique sous les auspices de lord HoUand, Pliilip Francis avait d'abord été attaché à la légation britannique en Portugal, puis au département de la guerre. 11 s'y trouvait en 1769, c'est-à-dire au moment où commença la publication des Lettres de Junius, et en sortit en 1772^ précisément à la suite de la nomination de Charnier. On sait à n'en pas douter qu'il assistait aux séances de la Chambre des lords et prenait des notes sur les discours de lord Chatham. Entré au service de la Compagnie des Indes, il alla en 1774 siéger au conseil du Bengale, fît une opposition acharnée à Warren Hastings, se battit en duel avec lui, et ne revint en Angleterre qu'en 1778. En 1784, il fut envoyé au Parlement par le bourg de Yarmouth, reçut en 1806 l'ordre du Bain et mourut en 1818. Tous ces détails biographiques cadrent d'une manière frappante avec les circonstances relevées dans les Lettres de Junius. Si l'on y joint que sir Philip Francis était grand auteur de brochures — « le meilleur écrivain politique du temps », au jugement de Burke — et qu'il a laissé des pamphlets sur toutes sortes de sujets, il faut bien convenir que le corps de preuves invoqué en sa faveur est des plus sérieux.

Il n'y a qu'une dissonance, mais elle est grave : c'est que le talent, le souffle de Junius ne se retrouvent nulle part dans les œuvres signées par sir Philip Francis. Ce sont des brochures aussi plates, aussi peu intéressantes que le premier leader venu dans les journaux du temps. Pas une seule fois la griffe du lion n'y est visible, comme elle le serait nécessairement et au moins par

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éclairs dans les productions les plus inférieures d'un vraiment grand écrivain. Les Lettres de Jiiniits, après un siècle écoulé, sont aussi belles qu'à l'heure de leur apparition. Dans les Lettres sur la Compagnie des Indes, dans les Ikmarrives sur le procès de Warren Hastings. dansvingt autres pamphlets ou discours parlementaires de sir Philip Francis, il n'y a pas une page, pas une ligne, qui soit restée debout. Si l'on considère, d'autre part, qu'en 1760 ce même sir Philip Francis, attaché au secrétariat de la guerre et âgé de vingt-neuf ans, n'avait encore rien publié, il faudrait admettre que du premier coup, dans la première « Lettre de Junius », ce novice se soit affirmé comme un maître, et par contre que, la dernière « Lettre de Junius » écrite — à trente-deux ans — ce maître soit subitement et irrévocablement tombé au niveau d'un gazetier quelconque.

Ce n'est pas tout : le même homme qui a caché avec tant de soin son identité quand il s'agit d'un chefd'œuvre, n'hésite pas à signer tout un fatras de tartines insipides!... Le phénomène, on en conviendra, serait peu ordinaire et aurait de quoi surprendre.

Aussi se sent-on fort disposé, après avoir lu les lumineux articles de haute critique consacrés à ce sujet par "Wentworth Dilke, le grand-père de l'ex-ministre Charles Dilke, à conclure avec lui que les titres de sir Philip Francis, peut-être suffisants en cour d'assises, ne le sont pas aux yeux des lettrés. « Ce qu'il faut en cette affaire, écrivait-il, ce sont des preuves, et on ne nous en donne pas. Nous ne saurions accepter comme tel ce qui est aussi hautement improbable, simplement parce que c'est à la rigueur possible. Si ces preuves se pro-

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