LA FEMME ET LES HAUTES ETUDES. 23 I
Malheureusement pour le succès de leur cause, c'est devant un aréopage exclusivement féminin que la chose se passe. Qui pourrait dire s'il n'aurait pas suffi, de convoquer les hommes à cet aimahle défilé pour les transformer sur l'heure en fervents apôtres du cUvided skirt ? Il nous paraît qu'en cette affaire la Rational Dress Association manque à la fois de courage et de logique. Car enfin, si elle tient à faire triompher ses principes, son premier soin devrait être de fournir au public l'occasion d'en apprécier les avantages.
Nous oserons lui donner un conseil : qu'elle parvienne seulement à les faire adopter, ces principes, par trois couturiers parisiens. Gela vaudra mieux pour « la cause » que tous les meetings du monde à Westminster Town Hall.
La Femme et les hautes études.
Le congrès annuel de la British Médical Association vient de s'ouvrir à Brighton. Le docteur Withers-Moore, qui présidait, a pris pour texte de son discours inaugural la question si controversée de « la Femme et les hautes études ».
Disons tout de suite qu'il faudrait bien se garder de voir dans ses conclusions des arguments contre une forte et saine éducation secondaire, pour les filles comme pour les garçons. Nous n'avons malheureusement pas encore sujet de nous inquiéter des dangers, peut-être un peu chimériques, signalés par le docteur Wither s-iîoore : ses remarques s'appliquent uniquement
à une classe de femmes que nous ne connaissons guère en France jusqu'à ce jour, quoiqu'elle soit déjà nombreuse en Angleterre, aux Etats-Unis et en Russie, celle des étudiantes qui se jettent dans les hautes études avec une telle fougue, qu'elles y laissent leur santé avec les attributs les plus charmants de leur sexe, — en admettant qu'elles les aient jamais possédés. Et même pour celles-là il faut faire d'absolues réserves sur la valeur de la théorie du docteur Withers-Moore, théorie qui n'a présentement aucune base expérimentale, qui peut seulement être considérée comme un aperçu original et que nous résumons simplement à titre de curiosité.
Est-il bon pour l'humanité, s'est demandé le président du congrès de Brighton, que les femmes soient admises à concourir et à lutter avec les hommes dans un certain nombre de carrières que l'usage et parfois la législation elle-même leur ont fermées jusqu'ici? Est-il bon que nous ayons des femmes médecins, théologiens, avocats, mathématiciens, astronomes, publicistes, ministres d'Etat, — voire des femmes commandants d'armée?. . . Faut-il, oui ou non, encourager et favoriser cette évidente tendance des idées contemporaines, préparer les femmes à cette lutte, leur fournir systématiquement, pour y entrer, les mêmes armes qu'aux hommes ? La justice l'exige-t-elle, et le devoir des femmes envers l'espèce le comporte- t-il? Voilà ce qu'on se propose d'examiner.
Tout d'abord, le docteur Withers-Moore est frappé de ce fait que, si la femme est admise au combat pour la vie, c'en est fait de la « chevalerie » et de la « courtoisie », qui sont sa meilleure sauvegarde : elle peut s'attendre à être traitée « en combattant », c'est-à-dire le