LA FEMME ET LES HAUTES ETUDES
plus rudement du monde. Esl-il bien certain, pourrait-on se demander à ce propos, que la femme ait attendu le présent mouvement des idées pour être « admise » à ce combat? La fatalité des choses ne l'y a-t-elle pas déjà jetée désarmée, et ne convient-il pas, à tout hasard, de corriger cette évidente injustice? Mais ne nous laissons pas entraîner à discuter la théorie du docteur Moore, contentons-nous de l'exposer.
Il admet, en somme, et ici le terrain devient plus sohde et plus véritablement médical, que tout travail intellectuel, — toute dépense de forces résultant des hautes études, — est nécessairement pour la femme une réduction d'énergie dans sa fonction propre, celle qui consiste à perpétuer l'espèce, autant que possible en la perfectionnant. Ces hautes études empêcheront précisément de devenir mères celles qui auraient fait les meilleures mères : en tout cas, elles en. feront des mères inférieures (au point de vue physiologique); et, d'autre part, aucune éducation ne leur fera réaliser ce que leurs fils auraient pu faire. Par exemple, — pour fixer l'argument sous forme d'exemple, — la mère de Bacon, si intelligente qu'elle fût, n'aurait jamais pu écrire le Novum organum, et à supposer qu'elle eût reçu l'éducation nécessaire pour le tenter seulement, elle ne serait jamais devenue la mère de Bacon... De même pour celle de Goethe. L'argument est spécieux; il est difficile pourtant de ne pas y voir une pétition de principe. Car, après tout, comment être certain, avant d'en avoir fait l'expérience au cours des siècles, qu'aucune femme, avec une éducation suffisante, ne pourrait écrire le Novum organum?
L'argument, peut-être contestable quand il s'agit dehommes exceptionnels et de leurs œuvres, est plu> sérieux appliqué à la moyenne de l'humanité. De hautes autorités estiment, en effet, que plus l'éducation de la femme est raffinée, plus ses enfants sont faibles. Herbert Spencer dit notamment dans ses Principes de biotorjie que le travail physique rend les femmes moins prolifiques : puis il ajoute : « La même stérilité relative ou absolu est généralement aussi le résultat des travaux intellectuels. Quoique l'éducation des filles riches ne soit paencore ce qu'elle devrait être, si l'on considère qu'ellesont beaucoup mieux nourries que celles des classes pauvres et qu'à tous égards leur hygiène est ordinairement meilleure, on ne peut attribuer leur infériorité au point de vue de la reproduction qu'à la dépense intellectuelle à laquelle elles sont astreintes et qui réagit très sensiblement sur le physique. Cette infériorité n'éclate pas seulement dans la fréquence plus grande de la stérilité proprement dite et dans l'abaissement de la limite d'activité reproductrice; elle résulte aussi de l'incapaci lé très générale de ces femmes à la fonction secondaire de la mère, celle qui consiste à allaiter son enfant. La définition complète de la maternité est le pouvoir de porter à terme un enfant bien développé et de fournir à cet enfant son aliment naturel pendant la période normale. C'est une double fonction à laquelle sont généralement peu propres les filles au sein plat qui survivent à une éducation à haute pression. En admettant même qu'elles eussent la moyenne ordinaire d'enfants, elles devraient encore être considérées comme relativement infécondes. » De son côté, sir Benjamin Brodie