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AU BERCEAU DE SHAKSPEARE

sonnage quasi mythique, au même degré qu'Homère ou le Bouddha. Ici, c'est une personnalité réelle, presque un contemporain, tant sa trace est encore fraîche et son souvenir vivant.

Tout, à Stratford, nous parle de lui. C'est là qu'il est né et qu'enfant il a joué avec les autres galopins du village. L'école où il apprit à écrire et déclina rosa, la rose, est toujours au coin de High street. Ces vieilles maisons en pisé, toutes couvertes de lierre, l'ont vu passer cent fois. Ce cottage vermoulu fut celui d'Anne Hathaway, sa femme : c'est là qu'il lui fit la cour et se maria. Cette vénérable église dont la flèche s'élance si hardiment vers le ciel, au fond d'une avenue d'ormeaux aussi vieille qu'elle, est ceUe où il fut haptisé et où reposent ses ossements. Voilà les jardins de la maison qu'il s'était fait construire pour y passer les dernières années de sa vie et voici ceux de la famille Lucy, où il braconnait dans sa jeunesse, ce qui l'obligea un beau jour de décamper, pour ne pas être pendu, et de s'enfuij à Londres, où il se fit acteur et devint William Shakspeare. Xon seulement tout cela est d'hier, en quelque sorte, puisque sept à huit existences d'homme à peine nous en séparent, mais le cadre est le même, le nom des choses et des gens n'a pas changé, et le soir, quand la ville dort, il suffit du plus léger effort d'imagination pour se figurer qu'on est encore au temps où le maître des maîtres y respirait.

En France, où tout change si vite, nous n'avons aucune idée de ces coins paisibles de la Grande-Bretagne, qui gardent encore après deux ou trois siècles le parfum des choses de jadis.

Ajoutez que, de son vivant même, Shakspeare était dans son village quelqu'un de grand et d'important; qu'il a toujours été pour le pays une source d'honneur et de prospérité; que la tradition de sa vie s'y est maintenue intacte et sans interruption. Les vieillards d'aujourd'hui ont entendu conter à leur grand-père les fêtes du jubilé organisé par Garrick à Stratford-sur-Avon, en 1769 ; Garrick lui-même n'était qu'à trois générations de ceux qui avaient connu Shakespeare. Tout cela peut expliquer comment cette grande mémoire, par une exception presque unique, emplit encore sa ville natale, et pourquoi cette ville est devenue pour le monde anglosaxon, ce qu'elle devrait être pour tous les lettrés, — la ville sainte et la kasba littéraire.

La maison où naquit le poète, en 1564, se trouve à gauche du marché, dans Henley street. Elle était à cette époque tenue à bail depuis douze ans par son pcre, John Shakspeare, peigneur de laine de son état, qui l'acheta bientôt au prix de mille francs, et elle se composait alors de « deux corps de logis, deux jardins et deux vergers, avec leurs dépendances ». L'acte sur parchemin est au musée. Plus tard, elle passa aux mains d'un boucher, mais la municipalité de Stratford y fit placer un écrileau en bois, attaché à une potence en fer, constatant que « l'immortel Shakspeare est né dans cette maison ». Cet éciiteau s'y voyait encore en 1847. Il est actuellement déposé à l'intérieur, dans le musée formé par les soins du Birth-place Committee ou Comité de la souscription nationale qui a servi à acquérir l'immeuble, à le restaurer et à l'entretenir.

Les travaux de restauration paraissent avoir été con-

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