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AU BEÎÎCEAU DS SHAKSPEARE

duits avec intelligence. On n'a refait, de la façade, que les parties tout à fait ruinées, en respectant religieusement la disposition intérieure. L'édifice se présente donc, avec un aspect quelque peu rajeuni, à peu près tel que le montrent les gravures de 1769 et 1792. C'est un assez long bâtiment à bois apparents et toit mansardé, percé de larges fenêtres à petites vitres serties de plomb et pourvu d'un auvent au-dessus de la porte principale. La façade esta l'alignement sur Henly street ; un terrain gazonné et planté de vieux arbres entoure la maison.

On sonne : la porte vous est ouverte par un vieux gardien qui commence par percevoir le droit d'entrée d'un shilling et vous fait ensuite visiter toutes les pièces. La première, où l'on entre de plain-pied, au rez-dechaussée, est l'ancienne cuisine de Shakspeare : vieille cheminée à manteau de chêne en ogive, sol dallé de pierres raboteuses, un coffre de bois et quelques chaises ; au coin de la cheminée, le « buffet à lard » percé dans la muraille. La cuisine était alors comme aujourd'hui dans les familles rurales à la fois le vestibule, la salle à manger et le salon ; il est certain que William Shakspeare enfant a dû bien souvent rêver devant cet âtre, dans le grand fauteuil de bois ; ou assis sur un escabeau', aux pieds de quelque vieille mère-grand, écouter les contes et légendes populaires dont son œuvre est pleine.

En face de la cheminée, une fenêtre s'ouvre sur les champs. Tout auprès, un vieil escalier de chêne conduit le visiteur à la chambre du premier étage où la tradition veut que le poète soit né. En arrière de cette chambre

s'en trouve une autre plus grande, mais de plafond moins élevé, dont le seul ornement est un beau portrait de Shakspeare. d'une authenticité très vraisemblable (le Stratfovt portrait' , conservé dans un cofîrefort de fer.

Ces deux pièces sont absolument nues, éclairées par de larges fenêtres et couvertes d'une antique charpente de chêne dont la solidité ne laisse rien à désirer. Des placards avertissent les visiteurs de ne rien inscrire sur les murs. Mais la défense a été peu respectée. Des milliers ou plutôt des millions de noms couvrent toutes les parois, toutes les poutres, toutes les solives et jusqu'aux vitres des fenêtres. Ces inscriptions à la plume, au crayon, au couteau, au diamant, se croisent dans tous les sens, empiétant les unes sur les autres au point de prendre Faspect d'une prodigieuse toile d'araignée étendue sur toutes les surfaces accessibles. C'est véritablement extraordinaire. Rien ne m'a jamais donné une pareille impression de fourmillement humain.

Une seule génération d'admirateurs ne pourrait pas inscrire un tel plébiscite d'amour sur les trois cents pieds carrés d'un plafond et de quatre murs : il en faut cinq ou six, se succédant tour à tour; une race entière de cent millions d'êtres venant de tous les points de la rose des vents et passant là depuis deux siècles en flots ininterrompus. Ces noms sont si pressés, si innombrables, si surchargés, qu'ils perdent toute individuahté, même quand ils sont illustres : c'est à se croire dans une vallée de Josaphat de toutes les gloires. En cette chambre nue, où il est né, Shakspeare fait l'elTet d'un océan où tous les fleuves et tous les ruisseaux sont

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