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AU BERCEAU DE SHAKSPEARE

venus se perdre. Le gardien m'a montré sur une vitre la griffe de '^^^alter Scott ; sur une autre celle de Chateaubriand : je l'ai cru sur parole, mais je n'ai pas su les voir. Ces noms éclatants ne sont plus là que des atomes dans l'immensité.

On redescend pour entrer par une porte latérale dans une annexe consacrée au musée shakspearien. Ily a là un pupitre d'écolier qui est dit avoir été le sien ; un fauteuil où il se serait assis; l'enseigne du cabaret du Faucon où il allait boire, le soir, avec ses amis ; et ce qui vaut mieux, unebelle collection de livres en touteslangues se rapportant à lui et les éditions princeps de ses œuvres. Titre original du Marchand de Venise :

La très excellente histoire d'un certain marchand de Venise et de la matiière atroce dont le juif Shyllock exigea de lui une livre de chair pour sa dette, avec le plaidoyer de lady Portia et plusieurs autres incidents émouvants, par M, William Shakspeare.

C'est ainsi sans nul doute qu'était rédigée Taffiche, à la porte du théâtre, avec les noms en vedette et la livbe DE CHAIR en capitales. Car, après tout, ce Shakspeare si grand n'était qu'un fabricant de drames à sensation, comme tant d'autres. Il avait du génie, — voilà toute la différence.

En quittant la maison natale, on passe au coin de Chapel Street et de Chapel lane. devant le site où s'élevait l'habitation que Shakspeare s'était fait construire [Neio Place, la maison neuve) et où il mourut en 1616. On longe celle de la Guilde de Sainte-Croix, dont la cloche, d'un timbre charmant, est la même qu'il entendait matin et soir. On traverse la Town Hall ou maison mu-

nicipale, où son père remplit longtemps les fonctions d'alderman (conseiller), où lui-même ne comptait que des amis. On visite l'école bâtie sur l'emplacement de celle où le fils du cardeur de laine apprit à se servir d'un outil autrement puissant que le peigne paternel. Puis, à un mille environ de Stratford. en s'en allant vers l'ouest à travers préH et guérets, on trouve le cottage d'Anne Hathaway, la rusée commère, qui sut conquérir le cœur et la main du poète et se faire conduire par lui à l'église de Luddington, où ils furent mariés par Thomas Hunt, le vieux maître d'école. Et enfin, en revenant à Stratford, on arrive à l'église de la Trinité, pittoresquement placée sur la rive droite de l'A von, et où se trouve le tombeau de Shakspeare.

Pourquoi pas à Westminster ? Certes, si jamais fils de la Grande-Bretagne eut droit aux honneurs de son Panthéon, c'est celui-là. Mais un article du testament de William Shakspeare exprimait la volonté formelle d'être inhumé à Stratford-sur-Avon, et cette volonté a été respectée. Peut-être la curieuse épitaphe qu'il avait composée lui-même et qu'on voit gravée sur la pierre du tombeau a-t-eUe eu sa part dans cette observation rigoureuse de son vœu :

Ami. pour Vamour de Jésus, garde-toi d'exhumer lapoussièrc qui est enfermée ici. Béni soit celui qui respectera cette pierre. Maudit, celui qui déplacera mes os.

Cette pierre tombale est dans le chœur, à gauche de l'autel, directement au-dessous d'une fenêtre contre laquelle se dresse le monument commémoratif. Le monument se compose d'une niche à colonnes de marbre noir où se trouve un buste du poète, en pierre peinte,

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vêtu d'un justaucorps rouge et en train d'écrire sur un coussin de môme couleur. On pense que le tout a été élevé par les soins de la veuve de Sliakspeare, deux ou trois ans après sa mort. L'inscription, assez longue et partie en latin, partie en anglais, commence comme suit :

Par le jugement, un Nestor ; par le génie, un Socrate ; par rarl, un Virgile. La terre le couvre; le peuple le pleure; V Olympe le possède...

Cette épitaphe montre au moins que la famille et les amis du poète n'avaient pas attendu, pour le mettre à son rang, le jugement de la postérité. Quoique le buste n'ait pas grand mérite artistique, il y a toute raison de le croire ressemblant : c'est celui d'un homme de cinquante ans, robuste et bien charpenté, avec un front superbe, de beaux yeux clairs, une mâchoire puissante, la barbe et les cheveux châtains. Autour de la tombe de Shalsspeare se trouvent celles de sa femme, de sa fille unique Susanna, de Thomas Nash, son gendre. Il n'y eut de ce mariage qu'une fille, qui épousa sir John Barnard et mourut sans enfants en 1670 : avec elle finit donc la descendance directe du poète.

Telles sont les reliques conservées avec un soin pieux par Stratford-sur-Avon et qu'un courant continu de dévots vient visiter de tous les points du globe. Au lieu de s'affaiblir avec le temps, comme tant d'autres religions, il semble que le culte de Shakspeare ne fasse que grandir. Toute l'Amérique passe maintenant au sanctuaire, après -s Royaume-Uni. Des chapelles secondaires s'élèvent même à côté du temple, et l'on peut déjà dire que le dieu a ses saints. Dans une auberge de

Stratford, que visitent tous les pèlerins yankees, on a mis sous verre un fauteuil et l'on conserve un tisonnier de fer dans une gaîne de velours. Ce fauteuil et ce poker sont ceux dont se servit "Washington Irving quand il fit le voyage d'Europe et visita la tombe de Shakespeare.

La concurrence allemande et le commerce britannique.

Le Spectator, commentant les dernières statistiques du commerce extérieur de la Grande-Bretagne, fait observer que les droits prohibitifs opposés à ses marchandises par certaines puissances n'ont rien à voir dans la stagnation présente des affaires. Il ne croit pas non plus que la cause en soit dans le prix exorbitant de la main d'oeuvre ou dans la fréquence des grèves, comme l'allèguent certains chefs d'industrie. La preuve en est à ses yeux que le pays où les produits manufacturés de l'Angleterre trouvent le moins de débouchés est précisément l'Union américaine, où la main-d'œuvre est plus chère que partout ailleurs et où les grèves sont presque constantes. Pour bien juger la question, dit le journal anglais, il faut considérer surtout les pays qui n'ont point d'industrie propre et dont le marché, en quelque sorte neutre, est le véritable champ de bataille des nations productrices. C'est là qu'on peut voir les véritables causes du malaise dont se plaint l'industrie britannique ; elles tiennent surtout à la prépondérance commerciale que tend de plus en plus à prendre l'Allemagne.

En Autriche, par exemple, les tarifs prohibitifs s'appliquent également aux produits anglais et allemands.

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