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LA SAISON DU '< YACHTING

tention d'avoir voulu systématiquement insulter ses lecteurs. Malheureusement pour lui et pour eux, son vœu, traduit littéralement, signifiait que son gros livre deviendrait le vade-mecum de « tous les gens prétentieux et vulgaires. » Si ce mémorable exemple n'est pas fait pour guérir nos auteurs de la manie d'écrire un mot étranger sans en avoir bien pesé la valeur, — il faut véritablement renoncer à la cure.

Que n'empruntons nous plutôt aux Anglais quelquesunes de leurs bonnes habitudes, celles du yachting, par exemple ?

La saison du « yachting ».

Le départ de M. Gladstone pour une croisière maritime de quelques semaines, à bord du fameux yacht de sir Thomas Brassey, le Sunbeam, est un de ces petits événements qui soulignent une coutume le plus en plus répandue chez nos voisins les Anglais, — celle d'aller tous les étés respirer l'air de la mer, non pas sur une côte, mais à bord d'un navire et au cours d'un véritable voyage.

La navigation de plaisance, quoique en grand progrès en France depuis quelques années, est encore loin d'avoir pris le développement qu'elle a atteint en Angleterre. Une expédition comme celle de M. Gladstone nous paraît presque extraordinaire, à l'âge de l'illustre homme d'Etat : elle est chose toute naturelle aux yeux de ses compatriotes, qui voient tous les jours leurs médecins prescrire un voyage en Australie, aller et retour, comme

le meilleur des traitements pour un homme surmené de travail, un tuberculeux, un enfant débile ou une femme anémique. Le nombre des Anglais de toute classe et de tout âge qui passe annuellement un mois ou deux en pleine mer — s'il était possible de l'évaluer exactement — serait fait pour étonner nos habitudes plus casanières. Pour cinq ou six grands yachts vraiment dignes de ce nom qu'on compte dans nos ports, on en trouve des centaines sur les côtes britanniques: mais les propriétaires de yacht ou leurs amis ne son t pas les seuls à se donner le plaisir d'une croisière d'agrément : plusieurs compagnies maritimes organisent tous les ans, à un prix très abordable, des voyages circulaires soit en Méditerranée, soit aux eûtes de la Norvège, soit même aux îles de l'Atlantique; des milliers de touristes font d'étape en étape le périple de la Grande-Bretagne et de l'Irlande ; d'autres s'enrôlent comme volontaires à bord des bateaux de pêche ou de cabotage : de cent façons diverses, le goût national pour la mer trouve à se satisfaire.

Il se manifeste aussi avec éclat dans les perfectionnements apportés à la construction des yachts de course, qui a fait en Angleterre, depuis un quart de siècle, de prodigieux progrès. Ces embarcations spéciales, qui servent uniquement dans les régates, sont au yacht de voyage ce que le pur-sang des champs de courses est au cheval de selle ordinaire. Tout y est sacrifié à la vitesse, et presque chaque année voit quelque innovation plus ou moins heureuse dans la forme de la coque, la répartition du poids et la force de la voilure. D'une manière générale, on constate une tendance marquée à allonger

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