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LA SAISON DU « YACHTING. « 27 J

de plus en plus ces petits navires, à augmenter la force de leur quille de plomb, à développer dans des proportions monstrueuses la surface de toile qu'ils présentent au vent. Ce sont de véritables machines à rafler les prix offerts par les sociétés nautiques et qui n'ont plus rien de commun avec le yacht proprement dit : proportions, aménagement et équipages sont absolument différents ; dans la plupart des cas, on n'y trouve même pas une cabine, et le propriétaire d'un de ces cutters de cinquante à quatre-vingts tonneaux, s'il veut suivre de régate en régate la fortune de sa nef, se voit réduit à installer sa couchette sur une des piles de voiles de rechange qui occupent tout l'espace disponible.

Les joies du triomphe aux régates de Douvres, de Belfast, de Kingstown ou de Torbay, ne sont pourtant pas de celles qu'on peut se procurer à peu de frais. Un beau yacht de course à membrures d'acier et doublure de cuivre coûte environ quarante mille francs s'il jauge vingt tonneaux, quatre-vingt-dix mille francs s'il en jauge quarante, et cent soixante-quinze mille francs s'il approche de cent tonneaux. Il lui faut tous les ans un jeu de voiles neuves dont le prix va de cinq à vingt mille francs. Les frais généraux sont aussi très élevés et ne peuvent guère être inférieurs à vingt-cinq mille francs par an, car un bon capitaine se paye presque aussi cher qu'un bon jockey, et l'équipage même d'un yacht de course doit être un équipage de choix. On cite à ce propos l'exemple du marquis de Ailsa, propriétaire du fameux petit cutter le Foxhound (le Lévrier), de trente-cinq tonneaux : il avait formé son équipage de pêcheurs émérites enrôlés sur la côte de sa magnifique

terre de l'Ayrshire, au bord de la Clyde; tous ces hommes étaient de vrais loups de mer et des matelots incomxjarables sur leurs bateaux dépêche : ils n'eurent pourtant aucun succès aux régates, en dépit de la supériorité évidente du Foxhound, et le marquis de Ailsa se vit forcé, à son vif regret, de recourir à des « jockeys de mer » proprement dits; dès lors et pour deux ou trois ans, il enleva tous les prix. Ces équipag'es spéciaux sont principalement fournis par Colchester, où les pêcheurs, la saison des huîtres finie, s'exercent tout particulièrement à la manœuvre des courses en mer. Leur salaire à bord d'un yacht est généralement de trente-cinq francs par semaine, avec un trousseau complet par saison, une alimentation des plus substantielles, de la bière à discrétion et une prime de vingt-cinq francs par course gagnée, de douze francs par course courue. Quant au capitaine, il gagne ordinairement cinq à six mille francs dans sa saison, plus dix pour cent de tous les prix qu'il remporte. Il faut dire que ses fonctions ne sont point une sinécure et que son habileté professionnelle, sa résistance à la fatigue, la sûreté de son coup d'œil, doivent être tout à fait hors ligne. De ces qualités dépend non seulement le succès, mais souvent la vie même de son équipage, car les grandes régates en mer, avec de nombreuses embarcations luttant de vitesse dans un espace limité, sous une masse énorme de voiles et par des temps parfois très rudes, sont loin d'être sans dangers.

Aussi peut-on dire avec raison que ces courses sont la meilleure des écoles pour former ces manœuvriers consommés dont la navigation à vapeur tend à faire disparaître la race. Il est évident qu'un bon capitaine de

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yacht, rompu aux évolutions de la course à la voile, deviendrait le plus aisément du monde, le cas échéant, un excellent officier de torpilleur. De même, l'émulation que les grandes régates britanniques créent entre les constructeurs de yachts est un puissant élément de progrès pour l'architecture navale. Les ingénieurs ont ainsi l'occasion d'expérimenter à peu de frais les perfectionnements que leur suggère la théorie ou la pratique, et ces expériences ont nécessairement leur application dans la construction des croiseurs de guerre ou des navires de commerce à grande marche. A tous les points de vue, lec( yachting » d'agrément ou de course est donc un genre de sport qu'il faudrait souhaiter de voir prendre chez nous des développements analogues à ceux qu'il a pris chez nos voisins.

L'air de mer.

Un voyage en mer tend de plus en plus à prendre place parmi les agents thérapeutiques, dit à ce propos The Lancel. Peu de navires quittent maintenant les ports anglais sans emmener un certain nombre de passagers qui se sont embarqués uniquement pour respirer pendant quelques semaines l'air de la mer; à bord des clippers américains à voiles qui soutiennent encore la lutte contre les steamers, il n'est pas rare de compter quinze à vingt convalescents. Nos hommes d'Etat, nos gens de lettres, ont appris à estimer à sa juste valeur hygiénique et thérapeutique une bonne saison de yachting ; on n'en est plus à compter les annonces qui proposent chaque année aux malades un tour sur les

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mers les plus tempérées, avec toutes les aises et tous les agréments possibles.

Il est incontestable que cette mode nouvelle est basée sur les arguments les plus solides, et que les résultats atteints la justifient de tout point. L'air de la mer est le tonique et le restaurant par excellence; et nulle part on ne peut, aussi bien qu'à bord d'un navire au long cours, en récolter tous les bienfaits. Ce qui le rend alors sans rival, c'est sa pureté absolue, son immunité complète de toutes les causes de contagion si actives à terre. On trouve de l'air pur, incontestablement, au milieu des déserts ou sur le sommet des montagnes : mais il est peu probable qu'il soit là aussi pur qu'en plein Océan. C'est que toutes les sources d'infection atmosphérique, la putréfaction, la combustion et le reste, cessent en mer d'avoir une action appréciable. Entre la plaine liquide et le ciel, les vents jouent librement, balayant tous les germes de corruption. Et l'on ne peut vraiment donner trop d'importance à une telle immunité, si l'on accepte, comme il le faut bien, les conclusions de la science moderne. Ce siècle trouve dans les germes morbides la cause ou l'explication d'une liste effrayante de maladies; il voit dans l'impureté de l'atmosphère la condition la plus favorable à leur développement; il est incontestable que, dans un air idéalement pur. toutes les affections dérivant d'un germe ou d'un ferment deviendraient impossibles, et l'on peut dire de l'hygiène contemporaine que son programme est de débarrasser l'air respirable de toutes les conditions favorables à l'activité des germes (ce qu'on doit considérer comme chimérique).

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