LE DERNIER BOCHE
Je songe au grand jour où ils nous quittei'ont,
Où, entre deux rangées de trembles ou de sapins,
Leurs canons et leurs fourgons
Rouleront vers le Rhin,
Où, par tous les chemins
Des Ardennes et des Flandres,
De la Meuse à TEscaut, de TYser à la Dendre,
De la mer à la Lys,
Se traîneront leurs pieds meurtris.
J'évoque le revers de leur physionomie,
Et, sous leur casque,
Leur nuque apoplectique,
Et la danse comique
Des basques
De leur tunique,
Et leurs lourds talons
Qui ont perdu leurs éperons.
Je rêve du grand jour où l'ennemi
Sortira du pays,
Tandis qu'une tempête de chansons et de cris,
De drapeaux et de fanfares, Saluera de son joyeux tintamarre Son départ !
Que ce soit un uhlan, que ce soit un chasseur,
Un dragon, un hussard, un artilleur,
Qu'importe !
Que ce soit en été, que ce soit en hiver
Sous un ciel gris, sous un ciel clair,
Au soleil ou sous la pluie,
Qu'importe !
Que ce soit bientôt, que ce soit plus tard,
Dans un mois ou dans dix.
Qu'importe !...
Pourvu qu'il nous soit donné de voir.
Du seuil de notre porte —
Tandis que les cloches
Sonneront l'hallali —
Le dos gris
Du dernier Boche.